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De la Manif des femmes au réveil national?

28/02/2017 09:24 EST | Actualisé 28/02/2017 09:24 EST

Pourquoi as-tu organisé la Manif des femmes? Puis à quoi ça servait de faire ça à Montréal, ce n'était pas une marche des américaines? Qu'est-ce qu'on à voir avec ça nous au Québec?

Je suis restée un moment sans oser clairement répondre à ces questions, sans expliquer pourquoi moi l'immigrante, la Franco-Égyptienne, j'ai ressenti le besoin inné d'organiser le rassemblement du 21 janvier.

Aujourd'hui, la réponse est limpide: arrêtons de nous déchirer!

Cette marche a été pour moi l'opportunité rêvée de montrer ce que le Québec, la terre que j'ai choisie pour passer le reste de mes jours, a de plus beau: une diversité sans limites, des esprits brillants et des communautés fortes, ouvertes et libres.

De part et d'autre du pays des manifs des femmes se sont mises en branle, mais la nôtre a été particulière. Elle n'a pas été politique, elle n'a pas été instrumentalisée, elle a juste été l'œuvre de femmes, qui, par leurs mots, leur volonté de rassembler, d'expliquer, de faire connaître leurs combats rendent le Québec plus inclusif et plus intelligent.

À l'heure de l'horreur, de divisions toujours plus fortes, d'incompréhensions persistantes, nous devons nous parler. Nous, les minorités, les racisées, les exclues marginalisées, les Autres... devons nous faire entendre et nous faire connaître.

« Le savoir, c'est le pouvoir », alors face à un monde de plus en plus ignorant, avançons dans le dialogue et dans l'ouverture, sans compromis, sans déni.

Tant que nos pratiques et surtout celles de notre classe politique ne changeront pas, les femmes ne pourront pas mener efficacement leurs luttes contre le racisme, l'islamophobie, la xénophobie et la misogynie qu'elles vivent quotidiennement.

La semaine dernière, les mosquées ont ouvert leurs portes à qui le souhaitait. De nombreuses citoyennes et citoyens de tous horizons ont répondu à l'appel. La société québécoise est en quête de sens, elle est tiraillée, désorientée et s'habille de paradoxes. Certes, elle cherche à connaître ce qui lui est méconnu sans pour autant chercher à comprendre. Certes, elle manifeste ou porte de grands actes de solidarité, mais ne questionne pas sa classe politique. Certes, la société québécoise demeure porteuse d'espoir, mais porte un voile sur ses yeux. Le seul voile qui nous gêne !

. Reconnaître le travail de femmes qui tous les jours luttent contre les discriminations, qui sont opprimées, qui mènent leur combat politique, social et personnel avec force, acharnement et intelligence.

Alors, le premier travail que nous devons faire est bien celui-ci : apprendre à mieux se connaître. C'est ce que la Manif des femmes de Montréal a tenté de faire. Reconnaître le travail de femmes qui tous les jours luttent contre les discriminations, qui sont opprimées, qui mènent leur combat politique, social et personnel avec force, acharnement et intelligence.

Ces femmes qui bâtissent le Québec d'aujourd'hui, une pierre à la fois, sont le moteur de notre société, de notre pays ! Si la marche de femmes de Montréal a été aussi inclusive socialement, culturellement, linguistiquement c'est bien parce qu'au Québec plus qu'ailleurs au pays nous sommes conscientes et prêtes à nous libérer des oppressions, nos sœurs noires et autochtones en tête de cette marche !

Cette libération nous devons la faire collectivement, dans le dialogue et toujours la tête haute.

Les femmes ont toujours su rassembler, éduquer et construire. Les femmes sont tournées vers le futur. Nos combats ne sont pas neufs, ils ont aujourd'hui une forme différente. Au-delà du rassemblement, nous devons maintenant agir en menant deux grands chantiers. D'abord, il me parait essentiel de créer une plateforme réellement inclusive et intersectionnelle menée par les femmes marginalisées et opprimées qui réfléchissent au féminisme d'aujourd'hui, tout en s'appuyant sur les féminismes d'hier. Ce travail sera long et non sans douleur, mais une réflexion fructueuse ne peut se faire sans ouvrir la boite de Pandore.

Le second combat que nous devons mener est d'autant plus important puisque les femmes [racisées] en sont les premières victimes, c'est celui du racisme systémique. Arrêtons de relancer constamment le débat sur la laïcité ou les accommodements raisonnables. La classe politique dans son ensemble est porteuse d'un manquement grave : ils parlent pour nous ! Émilie Nicolas l'une des porte-paroles de la Coalition pour l'Égalité et contre le Racisme systémique l'a très justement exprimé « Nous, on propose de parler de la réalité des personnes racisées. De mémoire, ça n'est jamais arrivé au Québec qu'on mette en priorité la réalité des personnes racisées. La commission Bouchard-Taylor, ç'a été de parler de nous [les personnes racisées]. Là, on veut parler AVEC nous. » Il est fondamental de sortir de la torpeur, du non-dit, et d'avoir désormais le courage d'affronter les VRAIES questions.

Monsieur Couillard, Monsieur Lisée, Monsieur Legault, le Québec est fort de sa diversité, écoutez-la et laissez-la agir! C'est l'heure du réveil !

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