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Le Mali n'est pas encore sorti de la tourmente

04/11/2013 11:10 EST | Actualisé 04/01/2014 05:12 EST

L'événement récent impliquant la mort de deux journalistes français de RFI au nord du Mali rappelle que l'instabilité et l'insécurité dans cette région du Sahel demeurent préoccupantes. À lire la presse internationale, la résurgence des groupes armés jihadistes dans la région de Kidal au Mali semble causer tout un émoi. Pourtant, pour ceux et celles qui suivent de près la situation malienne, la violence à Kidal n'a rien de bien étonnant.

De prime abord, il est faux de croire qu'à la suite des présidentielles de l'été dernier on puisse observer le retour à la démocratie tant espéré par la France et la communauté internationale. Effectivement, l'élection d'Ibrahim Boubacar Keïta, communément appelé IBK, n'a pas réussi à convaincre les rebelles Touaregs qu'un vrai dialogue pouvait avoir lieu. L'échec de l'accord de Ouagadougou signé le 18 juin dernier, ainsi que la perte de contrôle de Kidal par Bamako aux mains du MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad), contribuent au cynisme répandu à l'égard des élections prématurées. D'ailleurs, les politologues vous le diront : des élections précipitées ne garantissent d'aucune façon la stabilité démocratique.

Suite aux élections présidentielles, la France a pourtant vanté le taux de participation national, qui dépassait la barre du 50%. Cependant, si on regarde le taux de participation à Kidal, on constate qu'à peine 12% de la population aurait pris part aux élections. Difficile donc d'endosser les propos suivants prononcés par François Hollande au lendemain de la victoire d'IBK : « Cette élection consacre le retour du Mali à l'ordre constitutionnel, après la victoire obtenue sur les terroristes et la libération du territoire.»

Ceci dit, bien que le Mali ait cessé de faire les manchettes jusqu'à tout récemment, les choses ne se sont pas calmés. Le retour d'AQMI (Al-Qaida au Maghreb Islamique), de MUJAO (Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest) et d'Ansar Dine a de quoi préoccuper non seulement les autorités maliennes, mais aussi la communauté internationale. Il est certain que la situation se complique au Mali, avec le MNLA, le HCUA (Haut Conseil pour l'Unité d'Azawad) et le MAA (Mouvement Arabe pour l'Azawad) revendiquant l'indépendance du nord malien. Pourtant, la communauté internationale ne doit en aucun cas fermer les yeux sur le Mali, sous prétexte que la démocratie malienne est restaurée. Car à voir comment le gouvernement gère la situation à Kidal, on est loin d'espérer qu'une solution au conflit fasse les manchettes dans un avenir proche.

En effet, plusieurs acteurs internationaux se penchent de plus en plus sur le cas du Mali. Amnistie Internationale a pour sa part constaté dans un communiqué publié le 23 octobre dernier, que des meurtres extrajudiciaires avaient été exécutés par des membres de l'armée malienne. De son côté, la semaine dernière, la Cour pénale internationale a envoyé la Gambienne Fatou Bensouda afin de mener son enquête sur des crimes de guerre commis par des militaires ainsi que par des groupes armés, lors de la crise suivant le putsch de mars 2012. Tout au plus, des comités des droits de l'homme ont dénoncé la levée de mandats d'arrêts contre des chefs des groupes armés jihadistes Touaregs.

Ainsi, bien que l'enlèvement et l'exécution de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon, deux journalistes de RFI, soient déplorables et inespérés, il est malheureusement difficile d'en être surpris. Qu'entend faire le gouvernement malien suite à cette nouvelle consternante? Cela restera à voir. En l'occurrence, il faudrait que la communauté internationale prenne conscience que les élections présidentielles n'ont aucunement réglé le conflit du nord malien.

L'instabilité à Kidal demeure préoccupante, certes. Les affrontements entre le MNLA et l'armée malienne sont inévitablement inquiétants. Cela dit, les mouvements terroristes transnationaux au Sahel, dont MUJAO, AQMI et Ansar Dine, constituent une des plus grandes menaces en Afrique de l'Ouest, qui s'étend au-delà des frontières maliennes. Et ce n'est pas la tenue d'élections législatives en novembre qui permettront au Mali de combattre cette menace inestimable.

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