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Un mort sur la conscience, un silence sur la mer

29/03/2015 08:16 EDT | Actualisé 29/05/2015 05:12 EDT

Le contexte auquel nous sommes confrontés oblige plus que jamais un combat qui doit se faire à l'extérieur des structures. Au départ, il m'était impératif d'écrire sur les associations étudiantes, sur leur forme et leur vocation, pour y réfléchir et les critiquer. Comme il est bon, à mon sens, de critiquer toute chose. Mais j'écris ceci dans un moment de silence morne, de vide et de rigidité qui me peine. J'ai commencé à perdre foi en un renouveau.

À droite comme à gauche, le printemps n'arrive pas. Mais la violence et la répression, qu'elles soient physiques, policières, médiatiques, moralisatrices ou paternalistes, germent déjà. L'angoisse de celui qui se questionne éclot encore plus rapidement.

On demande partout de regarder le monde dans sa rationalité. D'être réaliste. Pensons alors comme on se doit de le faire à notre époque. Soyons placés face à la réalité.

Il est possible que ce contexte d'austérité vienne à bout de nous tous. Qu'il réussisse à replacer dans l'ordre voulu la distribution des richesses, des pouvoirs, voire même des luttes. L'austérité remportera peut-être une victoire matérielle et physique. La répression l'emportera possiblement face à une communauté désintéressée d'elle-même, qui n'ose plus se penser ni même agir. Ne serait-ce que pour sa survie.

Mais de l'austérité naitra, comme ailleurs, une résistance lourde et difficile, scindée, mais déterminée.

De l'austérité naitra aussi des enfants laissés à l'extérieur de la garderie, privés peut-être de soins. Privés peut-être des bancs de l'université. Heureusement arrivera ce moment où nous ne lèguerons aucune dette à ces enfants, illettrés et irréfléchis.

Vous me répondrez que ce n'est pas la même austérité qu'en Grèce, mais je ne peux m'empêcher le parallèle. Un morceau infime m'intéresse singulièrement. C'est celui de cet homme qui meurt de protester contre les tarifs du transport en commun. Hypocrisie ignoble d'un peuple qui désire se soustraire du pétrole et du chômage, mais qui maintient le collectif derrière un champ de mines autoritaires. Il s'est défenestré d'un autobus. Pour éviter un contrôle de l'État. Pour éviter d'être contraint dans sa pure existence. L'amende était plus violente que le choc de sa tête sur le pavé. C'est cela qu'il faudra comprendre comme abject pour mener les gens dans la rue.

Mais le dimanche 15 mars, il n'y avait personne à la manifestation contre la brutalité policière. Tous mangeaient du Oikos et espéraient gagner le voyage à Mykonos offert par Jean Coutu. De l'austérité grecque, on n'a rien retenu. De sa lutte et de celle de tous les peuples frappés, on ne garde que le sable et le bleu du ciel. Sublimation parfaite.

Et si on ne retient rien et que l'on continue à cautionner un pacifisme abject et une discussion qui ne mènera qu'à la perpétuation de la domination structurelle, nous échouerons à vivre en société.

Ce printemps, il faudra faire comprendre dans un silence de mort la violence sanglante de ceux qui ne disent rien. On essayera pendant des mois peut-être de faire voir à celui qui se prive de vin pour l'austérité que son voisin devra s'humilier pour un pain. Il faudra tenir responsables tous ceux qui ne feront rien pour leurs sœurs et leurs frères qui meurent, qui pleurent et que l'on matraque encore et encore. Il faudra se battre contre vous si vous ne voulez pas que l'on marche pour vous.

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