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De la pertinence de l'exercice démocratique

14/04/2014 12:06 EDT | Actualisé 13/06/2014 05:12 EDT

L'élection de lundi provoque réactions, de droite, de gauche, mais surtout citoyenne. Pour expliquer l'absurdité du résultat, on cherche un coupable : le système uninominal à un tour? La bipartisanerie? Et les solutions vagues : la proportionnelle? La proportionnelle mixte? Et tout cela à quoi bon? Le problème est, quant à moi, beaucoup plus profond : il se trouve dans la représentativité, dans l'implication citoyenne aux quatre ans. Sans avoir la prétention d'appeler à la révolution, je peux au moins agir en écrivant ceci.

Nous nous sommes entêtés, encore une fois, à reconduire la même farce démocratique. Le vote. Alors que l'Occident réitère, et ce, depuis des centaines d'élections déjà, la Sainte Démocratie, il se voit confronter aux dogmes qu'elle cautionne, malgré elle peut-être : la représentation et la finalité historique.

Force est d'admettre qu'il est devenu impossible de remettre en question la démocratie et son noyau dur : le pouvoir (ou l'autorité au sens auquel on l'entend publiquement). Car non, la démocratie ne se fonde pas uniquement sur le principe bien pensant du peuple au centre de ses décisions. L'héritage historique place la démocratie comme système politique immuable, qui, le moins pire soit-il, devient autocratie dans son immobilisme par l'amas de lois, de réglementations, toujours additionnées, les unes enchaînées aux autres pour faire rétrécir la clôture autour des libertés individuelles. Devons-nous continuer à accepter le cadenas législatif? L'abjecte se retrouve dans l'acte : se déplacer, aller cautionner le banquier, le policier et l'instituteur biaisé; c'est cela se rendre à l'urne.

On ne peut s'obstiner à croire que le vote est le feu sacré de l'État. Il fonctionne sans le peuple. D'ailleurs, ce dernier ne se retrouve plus dans l'État, ces représentants le font et la nuance est précise, mais foncée. La scission existe alors entre l'État et le peuple. Les initiatives, les projets de loi et les investissements venus dudit peuple doivent être approuvées que par ses propres représentants. N'y a-t-il pas plus absurde? Les deux parties sont alors vouées à une grande solitude.

Il faudra commencer à penser plus loin que l'urne. La démocratie, dans un système international unilatéral, semble être la seule option viable pour soutenir un État. Or, il faudra commencer à réfléchir au-delà du vote. Le scrutin, c'est l'absence de choix, c'est la représentation, c'est le vecteur des inégalités entre le peuple et son élite. Il y a une hiérarchisation malsaine dans le fait de subordonner sa liberté aux mains de gens qui n'ont que l'envie de monter aux trônes. On se doit de refuser la représentativité, pour être au milieu de l'exercice politique ou du moins, pour pouvoir s'en soustraire par choix.

L'implication politique doit cesser de se faire par le vote, ou simplement à l'intérieur d'un système et de ses barrières archaïques. Pour réformer, il faut créer un endroit neuf, il faut reconstruire, non pas changer la couleur des murs. En refusant de se rendre à l'urne, on nie l'existence d'une instance plus grande que l'individu. L'État, constitué à part des êtres, ne se légitime plus par le peuple, car devant l'universalisation de la quête pour la démocratie, on ne peut plus dépasser ce statut et tout cela principalement à partir du moment où l'on considère la démocratie comme finalité historique.

Et voilà le problème, c'est de contraindre le contemporain à réfléchir dans le canevas que l'Histoire impose. Ce n'est pas dans l'intérêt actuel de réflechir, mais il est important de réaliser qu'un concept aussi certain et juste, pour plusieurs, peut avoir acquis l'arrogance d'être considéré comme certitude et Raison. La démocratie, dans sa forme la plus moderne devient autocratie dans la mesure où elle défend sa vertu comme irremplaçable. Il est primordial de se tenir droit devant le dogme, devant ses appels de la tradition et de son cumul historique.

À ceux qui tenteront de légitimer le vote par le changement interne, justifiant l'action électorale en supposant ce n'est que par celle-ci que l'on puisse modifier le cours de l'Histoire, il est possible d'y opposer une logique simpliste, mais efficace : L'État et la somme internationale de ces États obligent l'Homme à se mobiliser à l'intérieur des frontières de ce principe, maintenant universalisé, de l'État. On ne travaille donc jamais à l'extérieur de l'État en voulant le réformer ou en refusant le vote, car nous sommes contraints à vivre soumis sous son toit. On le réfléchit simplement en niant son dogme. L'extérieur n'existe plus, il faut l'imaginer pour avancer. C'est seulement ça, l'abstention.

On ne peut pas alors reprocher à quelqu'un d'agir de l'extérieur si cet extérieur n'est pas. Ou n'est plus. L'État et pour circonscrire le cas qui nous intéresse, la démocratie Occidentale, ne peut être surpassée. Ne pas aller voter, c'est tenter de s'extraire d'un déterminisme qui impose une restriction par l'étalage de possibilités. S'abstenir, c'est refuser les possibilités pour avoir tous les choix.

La véritable démocratie se retrouve à l'extérieur de la représentation et du mur historique et il y a, par contre, cette issue, vraisemblablement trop complexe pour les élites. Au moment où les citoyens décideront de ne pas céder à la représentativité en confiant une part de liberté (déjà bien encadrée pour une liberté), on aurait une politique centrée sur des idées, toujours portées par les passions et les émotions. Il faut remettre les idées au centre du principe du fonctionnement de la Cité. Non en les situant encore au-dessus des passions et de l'amour, mais en les donnant au bien commun en travaillant tous à les réaliser. Par des assemblées publiques, les décisions clés et les solutions réelles aux problèmes tangibles et quotidiens émaneraient. Nous pourrions envisager alors solutionner les maux par la proximité, par le goût du bonheur et par l'effet de communauté.

Et il n'y a pas d'utopisme, il n'y a que le cynisme. Mais le cynisme actuel ne frappe pas seulement la politique, il frappe l'envie de vivre. Il frappe les existences, elles oublient d'être. Ce n'est pas ça, une vie. Ce n'est pas l'État, ce n'est pas le vote, ce n'est pas l'épargne ni la volonté d'un futur propre. Le cynisme frappe le présent, car on ne se préoccupe que de demain. Ne pas voter, c'est être libre maintenant et décider maintenant. Pour qu'il y ait demain, il faut qu'aujourd'hui vive, ce qu'il oublie de faire.

S'abstenir, c'est être citoyen. C'est se redonner la chance d'être sans intermédiaire. C'est une des dernières voies de la liberté, choisir de ne pas avoir à choisir.

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