Alexandre Dumas

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Douze semaines pour en arriver là!

Publication: 07/05/2012 00:00

Je suis habité par une drôle d'impression aujourd'hui, en constatant, ne serait-ce que de façon fragmentaire, la nature de l'entente intervenue entre les associations d'étudiants et le gouvernement du Québec; l'aboutissement symptomatique de douze semaines de conflit et de boycottage qui m'apparaissent aujourd'hui comme une simple fin de récréation.

Cette drôle d'impression me rappelle, ironiquement, cette tristement célèbre signature, en août 1990, d'une tout aussi drôle de trêve qu'avaient paraphée les autorités civiles, le ministre des Affaires autochtones du temps, John Ciaccia en tête, avec un jeune autochtone masqué, pubère de surcroît, et pire encore, qui n'était même pas encore majeur.

Se pourrait-il que les associations d'étudiants et leurs leaders en soient arrivés à jouer le jeu de la bête politique 101 en mettant fin au boycottage des cours sur la seule foi d'une entente qui ne comporte rien de plus que ce qu'on aurait pu accepter, de part et d'autre, en tout début de conflit qui, à tout prendre, n'en était peut-être pas un en clair? Se pourrait-il aussi que nos élites politiques aient été tentées de récupérer ce conflit pour se bâtir un capital de sympathie, à défaut de dire jouer sur le terrain glissant de l'électoralisme de mauvais aloi?

Encore eut-il fallu que les parties puissent faire montre d'un minimum de réalisme et de souplesse plutôt que de carburer à l'entêtement puéril qui ne mène qu'à des voies, c'est malheureusement classique, voire empirique, sans issue, pour ainsi dire à des culs-de-sac condamnables.

C'est le constat désolant qu'on peut faire, douze semaines plus tard, faut-il encore le répéter, qui alimente cette drôle d'impression qui pourrait rapidement traduire énormément d'amertume et de déception. Encore plus désolant si l'on tient compte des impacts économiques néfastes qu'ont engendré ces perturbations sociales en matière de sécurité publique notamment, comme en manque à gagner pour les petits commerçants du centre-ville qui ont vu leur achalandage baisser dramatiquement au jour le jour dans bien des cas.

Douze semaines pour en arriver là! «La hausse des droits de scolarité de 1778$ sur sept ans est maintenue (254$ par année ou 127$ par session). L'entente ne fait pas mention de ce sujet. Un conseil provisoire des universités sera créé. Il sera formé de six membres désignés par la Conférence des recteurs, quatre représentants étudiants, quatre du milieu syndical, deux du patronat, un des cégeps et un du ministère de l'Éducation. La ministre désignera le président.» Ce conseil provisoire aura pour mandat d'évaluer «les hypothèses d'utilisation optimale des ressources financières des universités» et de démontrer «les économies récurrentes pouvant être dégagées».

Qu'arrive-t-il en décembre 2012 si, dans le cadre des travaux de ce conseil provisoire, on ne réussit pas à réinjecter dans la réduction des frais afférents et dans les services aux étudiants, les dollars prétendument consacrés aux mauvaises pratiques administratives présumées du milieu universitaire? J'ose à peine l'imaginer.

J'espère tout au moins qu'on aura pendant ce temps renoué, d'un côté comme de l'autre, avec les principes élémentaires de la négociation raisonnée. Et qu'au surplus, nos dirigeants auront appris à composer un peu mieux avec la réalité parfois explosive de la mobilisation commandée par l'effet multiplicateur exponentiel des nouveaux médias dont on n'a visiblement pas tenu compte dans la lecture initiale des forces en présence et dans l'établissement du rapport de force qui s'ensuit normalement.

En résultante, nous ne pourrions que nous réjouir du fait que cette mobilisation sans précédent aura eu comme premier effet de nous servir une dure et coûteuse leçon; d'un côté comme de l'autre de la barricade, pour employer une expression consacrée. Au risque d'être taxé d'être paternaliste, je me risque à clamer : fini le laxisme institutionnalisé de nos élus; fini aussi l'attentisme qui nourrit le confort relatif dans lequel se vautrent trop souvent les générations montantes au pays de la facilité, de la consommation compulsive, et de la bêtise insidieusement envahissante de l'ère du 2.0.

On peut légitimement, du point de vue du citoyen, contribuable de surcroît, se poser la question sans faire preuve d'ostracisme envers qui que ce soit: douze semaines pour en arriver à ça? Les parties en cause devront se draper d'humilité avant de crier victoire.

 
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