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Racisme systémique et souveraineté: quand le PQ joue son avenir

Qu’il le veuille ou non, le PQ est associé à la fierté de la Nation québécoise, à la défense de la langue française et à la confrontation avec Ottawa. C’est son ADN politique.

02/08/2017 05:00 EDT | Actualisé 02/08/2017 11:11 EDT
krblokhin via Getty Images
Depuis cinquante ans, le mouvement souverainiste québécois a été associé au camp progressiste, à la gauche, voire même au socialisme, et ce, pour des raisons historiques.

Dans un message sur les médias sociaux, le militant Haroun Bouazzi a remercié ouvertement Québec Solidaire, les jeunes du PLQ, le parti municipal Projet Montréal ainsi que deux ténors du Parti Québécois – Alexandre Cloutier et Paul St-Pierre Plamondon - en raison de leur soutien à la commission sur le racisme systémique que souhaite lancer le gouvernement Couillard.

Soulignons le choc, peut-être même la stupeur, qui devrait saisir n'importe quel nationaliste lucide de voir associés QS, le PLQ, Projet Montréal ainsi que deux têtes d'affiche du mouvement souverainiste par un militant multiculturaliste qui a ouvertement combattu la Charte des valeurs du gouvernement Marois. Ce qui pourrait être considéré comme une simple anecdote est en fait révélateur du réel problème qui gangrène le mouvement souverainiste.

L'alliance mortifère

Depuis cinquante ans, le mouvement souverainiste québécois a été associé au camp progressiste, à la gauche, voire même au socialisme, et ce, pour des raisons historiques. Les revendications sociales et nationales des Canadiens français devenus Québécois se sont naturellement jointes dans une lutte commune. Ainsi, la libération nationale et l'émancipation économique se sont trouvées en quelque sorte fusionnées dans un même projet politique : la souveraineté du Québec.

Depuis l'alignement du camp progressiste québécois sur les thèmes du multiculturalisme canadien – défense systématique de la diversité ethnique, de l'immigration massive, des revendications des minorités religieuses et sexuelles, etc. – le mouvement souverainiste s'est trouvé en quelque sorte coincé dans sa propre alliance avec la gauche sociétale. Depuis l'élection de Justin Trudeau, cet enfermement dans les thèmes progressistes n'a fait que radicaliser l'indifférenciation qui existe entre la doctrine officielle de l'État canadien et les aspirations progressistes des souverainistes québécois.

Au jeu du politiquement correct, jamais le mouvement souverainiste ne remportera la bataille des idées.

La stratégie reposant sur une embrassade de tous les enjeux progressistes est également inepte. Au jeu du politiquement correct, jamais le mouvement souverainiste ne remportera la bataille des idées. Justin Trudeau fera sans problème la couverture du Rolling Stones en étant présenté comme un chef d'État modèle, tandis que Jean-François Lisée sera toujours suspecté de promouvoir un nationalisme rance et moisi même si son parti tombe dans la surenchère progressiste en proposant une loi protégeant les droits des immigrants transgenres.

La commission sur le racisme systémique, une chance pour le PQ

Rappelons l'évidence : le mouvement souverainiste est dans son fondement même un projet qui contient une essence conservatrice. Il s'agit en effet de faire du Québec un État souverain au nom d'un peuple habitant un territoire national, ayant une histoire nationale et parlant une langue nationale. Quiconque au Canada anglais ou parmi les minorités immigrantes a très bien compris sur quoi reposait ce combat. C'est d'ailleurs la raison de leur hostilité intrinsèque à notre lutte nationaliste. Nous voulons un pays où nous serons maîtres chez nous. On dirait que seule l'élite souverainiste semble l'avoir oublié.

D'ailleurs, la commission sur le racisme systémique que vient d'annoncer le gouvernement Couillard est une bénédiction pour le Parti Québécois. Ce sera l'occasion pour lui de se démarquer radicalement de QS, de tuer symboliquement la CAQ en adoptant des positions plus fermes, et de se présenter comme le seul parti se portant résolument à la défense des Québécois.

Remarquons que la dénonciation de la commission sur le racisme systémique par Jean-François Lisée démontre que le virus progressiste n'a pas encore totalement englué tous les cerveaux de ce parti. Cela révèle aussi que, s'il est possible d'identifier un courant multiculturaliste au sein du PQ – dont les figures de proue sont Alexandre Cloutier et Paul St-Pierre Plamondon – il est objectivement impossible d'identifier leur équivalent dans un camp conservateur qui n'existe tout simplement pas.

Éviter le désastre électoral

Afin d'éviter la catastrophe électorale et politique, il est primordial que le Parti Québécois sorte de son alliance mortifère avec la gauche qui nuit à la défense concrète de la Nation. Il faut dénoncer de manière virulente cette inféodation du souverainisme aux postulats de l'antiracisme officiel décrété par nos ennemis politiques dans le but de diluer un peu plus la conscience nationale du peuple par un procès d'autoflagellation médiatisé permanent.

Car, qu'il le veuille ou non, le PQ est associé à la fierté de la Nation québécoise, à la défense de la langue française et à la confrontation avec Ottawa.

Devant le désastre électoral qui s'annonce, il est temps plus que jamais que le Parti Québécois ouvre ses horizons et sorte radicalement de son alliance systémique avec la gauche. Car, qu'il le veuille ou non, le PQ est associé à la fierté de la Nation québécoise, à la défense de la langue française et à la confrontation avec Ottawa. C'est son ADN politique. C'est également son créneau électoral.

En faisant de la surenchère systématique sur les enjeux progressistes, non seulement il risque de perdre des électeurs plus conservateurs, mais il légitime la pensée de ses adversaires solidaires et libéraux en se soumettant à leur vocabulaire. Il s'agit donc d'une double défaite.

La commission sur le racisme systémique est une bénédiction pour le PQ car cela pourrait lui permettre de commencer sa rupture – qui sera douloureuse, mais nécessaire – avec la gauche québécoise. Pour cela, il devra notamment revenir sur cette absurde promesse de mettre en place une « police contre le racisme », véritable inquisition moderne qui condamnerait un commerçant ayant décidé d'embaucher Monique plutôt que Aïcha. Sortir de l'alliance avec la gauche multiculticulturaliste commencera par une contestation radicale de la bien-pensance antiraciste.

Devant cette croisée des chemins, le mouvement souverainiste a deux choix : soit il s'enfonce dans le progressisme à tout crin et devient une pâle copie du Parti libéral du Canada en défendant le communautarisme ethnosexuel, l'immigration massive et les thèmes propres à la gauche sociétale, risquant ainsi de ne plus être politiquement identifiable pour l'électorat. Soit il reprend conscience de son rôle historique, sort du politiquement correct imposé par les médias progressistes, affronte directement la propagande de l'État fédéral et se positionne en champion de son électorat traditionnel, les nationalistes québécois.

Soyons clairs : le Parti Québécois du XXIe siècle sera nationaliste ou risque de ne plus être du tout.

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