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Un demi-milliard $ et 13 propositions pour notre système d'éducation

17/11/2014 10:57 EST | Actualisé 17/01/2015 05:12 EST

L'avenir du Québec passe par la recherche, l'innovation et la formation de nos jeunes. Pour être parmi les pays les plus prospères de la planète dans 10, 20 ou 30 ans, nous devons avoir la jeunesse la mieux formée et les enseignants les mieux qualifiés, du primaire à l'université.

C'est pourquoi nous devons chercher à construire, chez nous, le meilleur système d'éducation au monde.

Cela passe par une plus grande valorisation de la réussite, de la persévérance scolaire et du rôle des enseignants, mais aussi, nécessairement, par un réinvestissement massif dans notre système d'éducation.

Depuis 2007, l'État québécois se prive chaque année de rentrées fiscales de plusieurs centaines de millions $, en vertu de la réduction progressive de la taxe sur le capital des institutions financières, complètement abolie depuis 2011.

Je propose de rétablir cette contribution à un niveau équivalent à celui de 2007, ce qui nous permettrait de dégager 500 millions $ pour le trésor québécois. (Pour les explications, lire mon autre blogue.)

La totalité de cette somme devrait être investie en éducation, dans une série de 13 chantiers que j'estime prioritaires pour le Québec. Des propositions qui constituent, à mes yeux, un premier pas pour nous projeter dans le peloton de tête des nations les plus formées, instruites et technologiques du globe.

La lutte au décrochage et la valorisation du rôle de nos enseignants (155 millions)

Chantier #1 : Développer une politique nationale de la persévérance pour le primaire et le secondaire.

Le Québec a déjà fait des pas de géants en matière de décrochage scolaire. D'à peine plus de 30% dans les années 60, notre taux de diplomation au secondaire a atteint les 70% dans les années 2000.

N'empêche, près de 30% des Québécois célèbrent toujours leurs 20 ans sans diplôme, C'est une proportion beaucoup trop élevée. Je partage l'objectif « 20/20 » du ministère de l'Éducation, c'est-à-dire de réduire notre taux de décrochage au secondaire sous la barre des 20% d'ici à l'année 2020.

Pour y parvenir, je propose de développer une véritable politique nationale de la persévérance et d'y investir une enveloppe de 100 millions $.

Cet argent devra servir, entre autres, à réduire le nombre d'élèves par classe dans les milieux défavorisés, à ajouter des éducateurs spécialisés dans les écoles, à augmenter l'aide aux devoirs, à bonifier l'offre d'activités sportives, culturelles et parascolaires, à développer des mesures ciblées en partenariat avec les nations autochtones, etc.

Chantier #2 : Offrir davantage de formation continue à nos enseignants

La valeur d'un système d'éducation, en bout de course, dépend de la qualité de ses professeurs. C'est pourquoi une part de l'enveloppe dédiée à cette politique nationale de la persévérance devra servir à augmenter la formation continue offerte à nos enseignants.

Je souhaite que nos professeurs aient accès à davantage de perfectionnement professionnel tout au long de leur carrière.

Chantier #3 : Investir dans l'accompagnement des étudiants avec des difficultés d'apprentissage au cégep

Selon la Fédération des cégeps, le nombre d'étudiants en difficulté a explosé de 477% entre 2007 et 2012 dans les 48 cégeps du Québec, passant de 1300 à 7500.

Pour persévérer et réussir, ces étudiants ont besoin de plus de soutien et de ressources à leurs dispositions. Je propose d'octroyer 10 millions $ supplémentaires pour leur fournir des outils d'apprentissage adaptés et embaucher du personnel spécialisé.

Chantier #4 : Créer des bourses à la persévérance universitaire

Le Québec est présentement aux prises avec le plus haut taux de décrochage universitaire en Amérique du Nord. De tous les étudiants qui amorcent un baccalauréat au Québec, pas moins du tiers n'obtiennent jamais de diplômes. C'est énorme lorsqu'on se compare à l'Ontario (12%) ou au Canada (20%). Et ça nous coûte cher, en talent comme en argent.

Pour renverser la situation, je propose de créer 30 000 bourses de persévérance universitaire d'une valeur de 1500$ chacune, lesquelles seraient destinées aux étudiants les plus à risque de décrocher (jeunes provenant de milieux défavorisés, étudiants-parents, étudiants de première génération)

La bourse serait versée annuellement, dès la fin de la première année de baccalauréat, aux étudiants ayant conservés une moyenne d'au moins B+.

De telles primes à l'effort ont prouvé leur efficacité dans d'autres pays, notamment aux États-Unis, faisant augmenter le taux de diplomation d'environ 5% chez les clientèles ciblées.

L'accessibilité aux études et l'aide aux étudiants défavorisés (200 millions $)

Chantier #5 : Augmenter les seuils d'accessibilité à l'aide financière aux études (AFE) pour viser la gratuité scolaire effective pour 50% des familles québécoises

À ce jour, tous les étudiants dont les parents ont un revenu combiné inférieur à environ 51 000$ ont droit à la « gratuité scolaire effective », c'est-à-dire qu'ils reçoivent au moins autant de bourses du gouvernement du Québec que ce qu'ils paient pour acquitter leurs frais de scolarité.

Le gouvernement du Québec devrait avoir comme objectif de hausser ce seuil jusqu'au revenu médian des familles du Québec, environ 72 400$, et d'ainsi offrir la gratuité scolaire effective à 50% des étudiants québécois.

Viser la gratuité pour 50% des familles les moins riches, c'est dire aux Québécois qu'ils peuvent aller à la poursuite de leurs rêves, peu importe leur situation financière.

Je propose d'injecter 100 millions $ dans le but de nous rapprocher de cette cible.

Chantier #6 : Éliminer les iniquités historiques de l'aide financière aux études

En ce moment, les personnes qui perçoivent des indemnités pour victimes d'actes criminels ou des pensions alimentaires, entre autres, voient leurs montants d'aide financière aux études être déduits en conséquence. De telles aberrations de notre système de prêts et bourses devront absolument être corrigées à l'occasion d'un réinvestissement dans l'AFE.

Chantier #7 : Augmenter les frais de subsistance pour le calcul de l'aide financière aux études

À l'heure actuelle, l'AFE estime qu'un étudiant n'habitant plus chez ses parents doit assumer des « frais de subsistance » de 819$/mois pour son logement, sa nourriture, ses dépenses personnelles et son transport. Les prêts et bourses qui lui sont versés sont calculés sur cette base.

Les associations étudiantes estiment à juste titre qu'il s'agit d'un montant insuffisant, puisqu'il n'a pas suivi la hausse du coût de la vie au Québec au fil des ans.

Nous devons investir avec l'objectif de ramener ces frais de subsistance à environ 900$/mois. Moins un étudiant a de soucis financiers, plus il peut se concentrer sur l'essentiel : sa réussite scolaire.

Chantier #8 : Augmenter l'aide aux étudiants-parents

Un rattrapage est également nécessaire pour l'aide consentie aux étudiants-parents, qui se retrouvent plus souvent que les autres dans des situations financières précaires.

En ce moment, l'AFE accorde 246$/mois par enfant à titre de frais de subsistance. La cible que je nous fixe est de majorer ce montant à environ 400$/mois, pour que la conciliation études/famille demeure un choix possible et valorisé au Québec.

La mobilité étudiante et l'occupation du territoire (35 millions $)

Chantier #9 : Créer des bourses de mobilité étudiante collégiale pour favoriser l'occupation des cégeps en région

D'ici 2020, la clientèle des cégeps du Québec diminuera de 22 000 étudiants. Le déclin se ressentira principalement dans les régions éloignées et en périphérie des grands centres. Pour citer la Fédération étudiante collégiale du Québec, « alors que les cégeps en régions se vident, les cégeps dans les grands centres accueillent de plus en plus d'étudiants. »

Si la tendance se maintient, il sera difficile pour nos cégeps en régions de continuer à offrir une formation intéressante. Et les coûts pour l'État seront considérables : pendant qu'on fermera des établissements en région, on devra payer pour de nouveaux bâtiments, de nouveaux laboratoires et de nouveaux équipements dans les centres urbains.

C'est pourquoi il faut inciter nos jeunes à se déplacer hors des grands centres pour effectuer leurs études. Je propose d'offrir des bourses de mobilité pour ceux et celles qui choisiront d'étudier 1) dans un collège d'une région dont la population étudiante est décroissante, ou 2) dans un programme -- dispensé dans un collège d'une région -- dont l'effectif est en deçà du seuil de viabilité.

Nous devons nous donner un réseau d'éducation dont la qualité se déploie à la grandeur de notre territoire, et qui contribue ainsi au développement social et économique de toutes les régions du Québec.

Chantier #10 : Bonifier le montant mensuel versé pour le transport des étudiants provenant de régions éloignées

Plusieurs étudiants au Québec n'ont pas la chance d'habiter à proximité d'un cégep ou d'une université. Pour poursuivre leurs études, ils sont contraints d'assumer d'importants frais de transport.

Les montants versés à cet égard par l'AFE mériteraient d'être bonifiés. La grandeur de notre territoire ne doit jamais devenir un frein pour un étudiant qui souhaite faire des études supérieures.

La recherche et le développement (100 millions $)

Chantier #11 : Hausser l'investissement en recherche et développement dans les universités et favoriser l'innovation par la recherche en entreprise

Le Québec investit chaque année 2,5 % de son PIB en recherche et en développement, ce qui le situe dans la moyenne des pays de l'OCDE, tout juste derrière les États-Unis (2,7%) et au-dessus du Canada (2%). C'est un bon point de départ, mais il y a toujours place à l'amélioration.

Nous devons chercher à rejoindre le peloton de tête composé de la Suède, de la Finlande et du Danemark, qui investissent entre 3% et 4% de leur PIB en R-D.

Un investissement de 100 millions $ permettrait dès maintenant de rehausser significativement les budgets des Fonds de recherche du Québec, de même que les subventions versées aux entreprises qui font de la recherche et de l'innovation.

Face à la compétition internationale, c'est notre capacité à innover et à développer des créneaux d'excellence qui nous permettra de nous distinguer.

La qualité de notre formation universitaire (10 millions $)

Chantier #12 : Créer un Comité indépendant d'évaluation des universités

À l'heure actuelle, chaque université est responsable d'évaluer la qualité de ses programmes de formation.

J'estime que le Québec devrait centraliser cette tâche et la confier à un Comité indépendant d'évaluation des universités, qui veillerait aussi à la reddition de comptes des universités et à la qualité de leurs services.

Les pays scandinaves qui ont opté pour une telle formule ont vu leurs universités devenir plus performantes. Nous pouvons nous inspirer de leur modèle pour mettre en place de meilleures mesures de contrôle.

Chantier #13 : Développer une politique internationale pour attirer les meilleurs étudiants et chercheurs internationaux au Québec

Le Québec doit reprendre sa place sur l'échiquier de l'éducation internationale. Nos défis sont multiples: augmenter l'attraction et la rétention d'étudiants internationaux au Québec, favoriser les séjours à l'étranger de nos étudiants, développer des partenariats de recherche avec des universités de partout dans le monde.

Pour que nos universités attirent les meilleurs talents et développent des prix Nobel, pour que nos chercheurs deviennent de véritables ambassadeurs du Québec à l'étranger, nous devons nous doter d'une véritable stratégie d'éducation internationale, comme le font les nations avec lesquelles nous voulons rivaliser.

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