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Une Charte des valeurs québécoises pour l'égalité des sexes, présomption légitime?

21/09/2013 09:47 EDT | Actualisé 21/11/2013 05:12 EST

Le fameux débat à propos de « nos valeurs » peut devenir redondant, je le concède, mais attention! Ce qui suit ne servira pas tellement à se positionner en faveur ou en défaveur du nouveau projet de loi péquiste, mais plutôt à dénoncer un certain message véhiculé par ses instigateurs et leurs partisans.

Jusqu'ici, le sujet ne m'inspirait pas particulièrement. Je n'étais pas favorable à une interdiction de signes religieux « ostentatoires » dans la fonction publique, sans en être par ailleurs des plus outrée. Du moins, pas jusqu'à l'exclusion de Maria Mourani du caucus du Bloc Québécois, et de ce que cela pourrait engendrer pour le mouvement souverainiste. Je ne l'étais donc pas initialement: je présumais de la bonne foi du gouvernement.

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En dépit d'une certaine maladresse, il est possible de déceler une noble intention derrière la volonté de promouvoir la laïcité : le désir de ne pas répéter les erreurs du modèle européen, possiblement lui-même à l'origine de sa montée xénophobe caractéristique. Prenons les exemples on ne peut plus banals de la crise identitaire en France et du fameux 17% de suffrage en faveur du Front national au premier tour des dernières élections, ainsi que celui de l'émergence de partis d'extrême droite en Scandinavie et aux Pays-Bas. Bref, mon scepticisme ne m'empêchait pas de comprendre les motivations de ce projet de loi.

Cependant, lorsque je vois le procédé médiatique qui en découle, je suis perplexe. Le raisonnement derrière la Charte de Drainville m'effraie plus que la Charte en soi. On peut désormais lire ceci sur une publicité gouvernementale qui apparaît dans les stations de métro:

«Église, synagogue, mosquée.

Tout cela est sacré.

Neutralité religieuse de l'État.

Égalité hommes-femmes.

C'est tout aussi sacré.

Parce que nos valeurs, on y croitf».

Le message démontre parfaitement l'argument que l'on retrouve dans la presse, à la télévision et sur les médiaux sociaux: cette Charte des valeurs trouve sa pertinence dans la défense de l'égalité hommes-femmes. De surcroît, on établit d'office, sans justification apparente, un lien entre l'interdiction du port du voile dans la fonction publique et le sexisme, comme s'agissait d'antagonismes fondamentaux. Pourquoi?

N'est-ce pas étrange étant donné que ce projet de loi s'annonce comme étant l'adversaire de tous les signes religieux visibles, sans égard à la religion et au sexe? L'égalité des genres est-elle un «meilleur vendeur»? En quoi le port du voile y nuit-il incontestablement? J'ai l'impression que nous prenons les citoyens pour des abrutis que l'on ne pourrait convaincre efficacement que par une formule magique douteuse...

Cela n'est pas sans rappeler les procédés des partis d'extrême droite européens évoqués plus haut, même si de toute évidence nous sommes loin d'être dans une situation semblable. On peut notamment évoquer le Dansk Folkeparti, le Parti du peuple au Danemark, le parti de Geert Wilders au Pays-Bas, les nationalistes flamands en Belgique et le Front national qui instrumentalisent l'égalité hommes-femmes pour la mettre au profit d'un programme xénophobe, ce dernier étant fondé sur la peur d'un complot islamique en Occident.

L'interdiction du port du voile en France prévoyait en partie d'estomper cette xénophobie, or elle a précisément contribué à stigmatiser les femmes voilées en France. Et il en est de même ici : le texte de loi touchera notamment les employées des centres de la petite enfance. Celles-ci, que l'on voudrait accuser de prosélytisme, sont pourtant loin d'être opprimées par l'homme. Ce sont en grande partie des femmes extrêmement éduquées qui ont quitté leur pays d'origine et qui n'ont pas été en mesure de se faire reconnaître une équivalence de leur diplôme dans la province. Cet emploi qui leur garantit une stabilité financière et sociale sera-t-il alors mis en péril au profit de la soi-disant égalité des sexes?

Je ne soutiens pas l'hypothèse que Québec est en voie de se métamorphoser en une société xénophobe. Cependant, il serait peu prudent que le gouvernement persiste à calquer ce procédé politique européen. N'oublions pas que les valeurs égalitaires sont déjà protégées par nos deux Chartres.

Cela ne signifie pas qu'il n'y a plus aucun sexisme dans la société québécoise, mais ce sexisme a une certaine dimension occidentale (mais ça, c'est une autre histoire), et par-dessus tout, aucune minorité n'en a le monopole. En quoi ce projet de loi lui ferait office de bouclier?

P.-S.: Pendant qu'on y est, l'argument type «une femme se ferait lyncher si elle ne portait pas le voile en Iran, à eux de faire comme nous ici». Quoi? Ne se pourfend-on pas en tentant de se comparer au système d'un État dont on ne cautionne justement pas les valeurs?

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