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Qui va représenter la communauté LGBTQI?

10/02/2017 06:00 EST | Actualisé 10/02/2017 06:00 EST

Il y a longtemps qu'une instance publique n'avait pas autant porté atteinte à la communauté LGBTQI dans notre province. La décision annoncée par la Commission de la représentation électorale du Québec de faire disparaître la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques porterait grandement préjudice à la communauté LGBTQI, car elle la priverait de la seule circonscription où elle est en mesure de faire élire à l'Assemblée nationale une personne issue de ses rangs et/ou qui la représente. En effet, Sainte-Marie-Saint-Jacques, qui comprend entre autres le village gai, est la seule circonscription de la province où les personnes issues de la diversité sexuelle ont un poids démographique suffisant pour faire pencher le vote selon les enjeux qui les préoccupent.

Il ne s'agit pas, bien entendu, de dire que les gens issus de ce milieu sont insensibles aux enjeux mis de l'avant par le reste de la population ou qu'ils votent d'un seul bloc pour le même parti, mais c'est la seule circonscription où les membres des divers partis sont majoritairement issus des milieux LGBTQI et peuvent faire entendre leur voix. Les militant(e)s d'une association de circonscription peuvent, par exemple, s'assurer de faire des propositions au programme de leur parti respectif et, surtout, d'élire un(e) candidat(e) qui porte leurs enjeux. Quiconque qui s'est un tant soit peu impliqué dans un parti politique sait toute l'importance que cela revêt, surtout lorsqu'il s'agit de défendre les droits d'une population qui a longtemps été marginalisée et qui, à certains égards, continue de l'être (on en voit la preuve aujourd'hui).

Outre le peu de sensibilité aux personnes issues de la diversité sexuelle que sous-tend cette décision du CRE, elle apparaît d'autant plus absurde et arbitraire qu'elle ne tient compte ni de la démographie ni du tissu social. Le redécoupage des cartes électorales, on le sait, se fait généralement en fonction des changements démographiques. Or, la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques compte 42 287 électeurs et n'est pas la moins populeuse de la métropole. À titre comparatif, celle d'Outremont en comprend 39 580 et il semble donc plus logique de la refondre dans une autre, comme il avait été initialement prévu.

On dirait que lorsque vient le temps de sacrifier quelque chose, il est bien plus naturel, pour la Commission de la soi-disant représentation électorale, de s'en prendre aux gens les plus vulnérables de notre société.

Mais plutôt que de fondre la voix des riches ménages hétérosexuels d'Outremont (revenu moyen de 76 000$, selon le site du DGEQ) dans celle des riches ménages hétérosexuels de Mont-Royal (revenu moyen de 78 00$, selon le site du DGEQ), on a finalement préféré supprimer les voix du milieu LGBTQI et des populations moins favorisées de Centre-Sud (revenu moyen de 56 000$, selon le site du DGEQ) et les noyer dans celle des très riches de Westmount-Saint-Louis, l'une des populations les mieux favorisées de la métropole (revenu moyen de 88 000$, selon le site du DGEQ) et qui les représentent en rien. On dirait que lorsque vient le temps de sacrifier quelque chose, il est bien plus naturel, pour la Commission de la soi-disant représentation électorale, de s'en prendre aux gens les plus vulnérables de notre société : les pauvres, les gens des régions dévitalisées, les homosexuel(les). Ils valent bien moins à ses yeux que les riches immuables d'Outremont.

C'est, disons-le, faire preuve de peu de considération pour la représentativité de notre population que d'ajouter une énième circonscription à la « majorité silencieuse » en supprimant la seule circonscription LGBTQI du Québec.

Enfin, si cela peut encore changer quelque chose, quoique j'en doute, j'invite ceux et celles qui seraient indigné(e)s par une telle décision à manifester leur désaccord sur le site Internet de la Commission : http://lacarte.electionsquebec.qc.ca/fr/votre_opinion.php