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Non, la burqa ou le burkini ne sont pas que des «morceaux de linge»

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Dans un billet de blogue paru le 25 août intitulé « Le burkini de la colère », Rachel Chagnon, directrice de l'Institut de recherches et d'études féministes de l'UQAM, défend le «droit des femmes» à porter ce «morceau de linge». Si les choses pouvaient être aussi simples...

En moins de deux ans, près de 240 personnes ont été tuées en France au nom d'une conception radicale de la religion musulmane, laquelle n'a fait que monter en puissance ces dernières années dans les sociétés démocratiques occidentales. Mais, hélas, l'islam radical ne se réduit pas au djihadisme.

Je lis, effaré, que «l'injonction contre le burkini est un faux débat» ouvrant la porte au «racisme». Des quartiers entiers peuplés de femmes dissimulées derrière leurs tchadors et rasant les murs, est-ce l'idée que l'on se fait du «droit des femmes» en Occident au XXIe siècle? Il ne faudrait pas légiférer, de peur que ces femmes soient «stigmatisées». Avant que la France ne prohibe les signes ostensibles religieux des écoles publiques (Loi du 15 mars 2004), n'avons-nous pas entendu que si nous n'autorisions pas des filles de douze ans à venir voilées au collège, elles seraient déscolarisées? Cela n'a pas eu lieu. Aujourd'hui, on tente de nous faire croire qu'en prohibant le burkini de quelques islamistes, les musulmanes seraient interdites de baignade en France ! De qui se moque-t-on?

N'avons-nous pas pour mission de défendre et de promouvoir le féminisme? Le féminisme a-t-il encore pour objectif l'égalité entre les sexes? La première question qui vaille est donc la suivante : le burkini est-il compatible avec l'égalité des sexes? Non. Au nom de quoi faudrait-il s'abstenir de lutter contre un étendard politique de l'inégalité alors que nous tâchons de lutter collectivement contre tout ce qui entrave le chemin vers l'égalité? De la représentation des femmes en politique aux violences conjugales, du harcèlement sexuel aux inégalités salariales, du sexisme ordinaire aux disparitions des femmes autochtones en passant par la «culture du viol» dans les universités, nous progressons parce que nous sommes attentifs, exigeants, voire intransigeants sur les principes que nous défendons. Par quel miracle le voilement de plus en plus extrême du corps des femmes dans l'espace public échappe-t-il à cette exigence ?

En quoi le fait de vouloir prohiber ou limiter le port du burkini relève-t-il du racisme ? Nous ne sommes pas face à des oppositions ethniques, mais à des clivages politiques et idéologiques. Djemila Benhabib est-elle raciste lorsqu'elle déclare que «le burkini compromet la sécurité et la paix d'esprit de toutes les musulmanes» et que «l'ordre salafiste, qui n'était qu'à la mosquée, nous surveille maintenant jusque sur la plage» ? Chahdortt Djavann est-elle raciste lorsqu'elle définit le voile comme « l'étoile jaune de la condition féminine » ? Kamel Daoud est-il raciste lorsqu'il écrit, dans le New York Times, que « l'une des grandes misères du monde musulman est son rapport maladif à la femme » et que « l'été, en Algérie, des brigades de salafistes et de jeunes de quartier surveillent les corps, surtout ceux des baigneuses en maillot » ? Boualem Sansal est-il raciste quand il affirme que « la démocratie, comme la souris, va se faire avaler par le serpent » ? Aalam Wassef est-il raciste quand il écrit qu' « interdire les burkinis dont le nom s'amuse jusqu'à la nausée de la burqa des talibans n'est pas un acte islamophobe », mais « le signe que nous n'avons pas peur de dire qu'islam et wahhabisme sont deux choses radicalement distinctes, et que le second menace le premier depuis plus de deux siècles » ? Abnousse Shalmani est-elle raciste quand elle déclare que « depuis toujours, le voile a été l'étendard de l'islam politique » ? À un moment donné, les féministes doivent aussi prendre leurs responsabilités.

Dès qu'il s'agit de près ou de loin du voile islamique, nombre de féministes font preuve d'une immense paresse intellectuelle, appellent à rester neutres et se cachent derrière le « libre choix ». Le premier ministre Philippe Couillard n'a-t-il pas déclaré lui-même que l'intégrisme faisait partie « des choix personnels de chacun » ? Dans ce cas...

«En réduisant le burkini à un « morceau de linge », nous tournons le dos à l'idéal féministe et refusons de prendre au sérieux l'offensive intégriste dont souffrent nos démocraties et pléthore de pays dans le monde.»

Enfin, « n'avons-nous aucune confiance en le jugement féminin ? » ai-je lu sous la plume de Rachel Chagnon. Mais qu'entend-on par « jugement féminin » ? Marine Le Pen accèdera probablement au second tour de l'élection présidentielle dans neuf mois. Dans un débat qui l'opposera sans doute à un homme, faudra-t-il avoir « confiance en le jugement féminin » ? J'en doute. Ne réhabilitons pas des thèses essentialistes qui n'ont jamais servi la cause des femmes.

J'ai le plus grand respect pour les féministes. Elles m'ont ouvert les yeux sur des enjeux essentiels. Mais je ne comprendrai jamais que l'on puisse à ce point faire fausse route s'agissant de l'islam radical. Tolérer ici le burkini, c'est refuser de voir la dimension internationale et protéiforme du fléau qui nous frappe. En réduisant le burkini à un « morceau de linge », nous tournons le dos à l'idéal féministe et refusons de prendre au sérieux l'offensive intégriste dont souffrent nos démocraties et pléthores de pays dans le monde. C'est une prise de position catastrophique.

Prétendre que le voile, la burqa ou le burkini ne sont que des « morceaux de linge », c'est-à-dire rien, est une manière d'euphémiser et d'adoucir à l'extrême la violence islamiste. Alors qu'il ne viendrait à l'esprit de personne de comparer le viol à une simple relation sexuelle, l'excision du clitoris à une égratignure, les violences domestiques à des maladresses ou le harcèlement sexuel à un flirt.

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