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Agressions sexuelles de Cologne: réponse à Dalila Awada

27/02/2016 09:04 EST | Actualisé 27/02/2017 05:12 EST

«Démagogues», «xénophobes», «racistes», essentialistes, «islamophobes» et «violents», voilà les qualificatifs dont vous affublez ceux et celles qui ne partagent pas votre analyse des agressions sexuelles collectives de Cologne.

«Que mille hommes, environ, prennent possession de l'espace public et, avec lui, des femmes présentes, semble inimaginable. Je n'ai pas souvenir, dans ma vie, d'avoir connu un tel précédent [...] Ce que cette affaire de Cologne a démontré, c'est que quand ce sont des étrangers qui sont en cause alors les priorités changent.» Voilà ce que déclarait l'une des grandes voix du féminisme français, Élisabeth Badinter, à la fin du mois de janvier. Et la plupart des citoyens pensaient la même chose.

Il y a quelques jours, la sociologue Liliane Kandel (ancien membre du Mouvement de libération des femmes, auteure de Féminismes et nazisme chez Odile Jacob en 2004) écrivait ceci : «L'on rappela que les violences contre les femmes "ont lieu dans tous les pays, dans tous les milieux, dans tous les espaces", que les femmes "ne sont pas en sécurité où que ce soit dans le monde", que "la culture du viol est largement répandue sur la planète". L'on affirma que les violences de Cologne étaient liées "non à l'islamisme, mais au masculinisme, idéologie sans frontières", et que "les cultures européennes ne sont pas moins misogynes que les cultures moyen-orientales". Cologne n'était finalement qu'un point de détail, un avatar de plus de l'immémoriale violence patriarcale [...] Ces militantes ne voient-elles pas qu'elles en arrivent à effacer les différences entre États de droit et régimes totalitaires ?»

Vous faites l'impasse sur plusieurs centaines de victimes pour lesquelles vous n'avez aucun mot. Pire encore, vous présentez les agresseurs comme les réelles victimes de ce qui s'est passé à Cologne.

À mon tour, je vous pose alors la question. Ne voyez-vous pas que vous en arrivez à effacer les différences entre démocratie et totalitarisme ? Si des hordes d'Européens avaient fait subir le même sort à des femmes arabes, nul doute que vous n'auriez pas tenu le même discours.

De surcroît, vous parlez d'un «imaginaire socio-politique obscurci du monde musulman». Je vous répondrai que la réalité planétaire de l'islam d'aujourd'hui - dans les pays du Moyen et du Proche-Orient, du Maghreb, d'Afrique, d'Asie, du Golfe persique ou d'Europe - parle d'elle-même.

L'état de la démocratie en terres islamiques, le poids des traditions, l'omniprésence de la religion, la condition des femmes, le sort des homosexuels, le niveau de pluralisme, la liberté de conscience, la liberté sexuelle et la pauvreté qui y règnent sont peu propices à un imaginaire «éclairci» du monde musulman, encore moins, comme c'est mon cas, quand on a voyagé dans plusieurs de ces pays et qu'on a vu à quel point, en seulement une décennie, ceux-ci ont régressé.

La sociologue algérienne Marieme Helie Lucas écrivait au lendemain des événements de Cologne qu'«en Europe, les "musulmans" ne peuvent être vus que comme des victimes, des minorités opprimées - ce qui justifie apparemment tout comportement agressif et réactionnaire de leur part - , alors qu'il suffit de franchir quelques frontières pour voir quel est, lorsqu'ils sont en majorité, ou au pouvoir, leur programme politique envers la démocratie, les laïques, les tenants d'autres religions et les femmes ». De cela, vous ne parlez jamais.

Vous n'évoquez jamais ces nombreuses femmes européennes, québécoises ou arabes, qui se réclament d'un féminisme universaliste et laïque, et qui ne transigent pas sur les principes en fonction de l'origine ethnique ou de la religion des acteurs en question.

On est féministe ou on ne l'est pas. Mais on ne peut pas être féministe à géométrie variable.

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