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La star du cinquième étage

15/05/2016 09:02 EDT | Actualisé 16/05/2017 05:12 EDT

Ma femme étant Japonaise, j'ai récemment passé deux mois au pays du soleil levant. L'Occidental moyen est soumis à une panoplie de codes qu'il ne connaît pas ou très peu. Voici donc mon expérience dans un hôpital japonais.

Tout a commencé la semaine dernière alors que fiston vomissait sans raison. La clinique fut notre première ressource, mais comme ses globules blancs se multipliaient de vertigineuse façon, nous fûmes redirigés à l'hôpital du canton. «Kinki» qu'on l'appelle. Pas mon gars, mais l'hôpital en question.

Première constatation; un immense choc culturel pour un Québécois. En une heure et trente minutes, bébé avait été vu, des prises de sang ainsi que sa température avaient été prises, nous avions attendu trente secondes pour l'échographie, et deux minutes pour les rayons «X». De sorte que deux heures après notre arrivée, nous étions tous réunis dans une chambre privée. Allaité par maman et alité de surcroît. Cent vingt petites minutes s'étaient écoulées et nous étions rassurés sur son état de santé.

Voici venu le moment où je vous rassure vous, maintenant. Akira est ok! Son virus s'estompe et la fièvre est chose du passé. Si ce n'était que de moi ou des médecins québécois pressés de libérer un lit, il serait déjà sorti. Au Japon, ils se permettent de faire de la prévention et de s'assurer qu'il est nickel ton rejeton.

Un autre truc qui frappe le Québécois moyen, ce sont les lits vacants. Il y a bien sûr des lits avec des patients dedans et des lits avec pas de patients. Ces lits individuels sont donc prêts à accueillir des patients éventuels. On jurerait que c'est planifié... Les corridors sont donc libres de civières contrairement à chez nous où des gens semblent tous faire de la figuration pour le prochain épisode de «The Walking Dead».

Nous fûmes donc transférés après deux jours, dans l'une de ces chambres communes avec des lits inoccupés. Nous étions quatre familles sur une possibilité de six. Comme un seul parent était admis pour la nuit, nous veillions sur lui en alternance. Il était le seul bébé parmi les quatre et lorsque c'était mon tour, je redoutais que ses pleurs ne réveillent tout ce beau monde en pleine nuit.

Je le redoutais, car un bébé de deux mois et demi demande le sein comme bon lui semble. J'ai donc cru bon de mémoriser les deux mots japonais les plus importants de mon existence afin de tenter d'éviter de réveiller les trois autres mamans nippones et leur progéniture (ce n'est pas vraiment le rôle de papa ces trucs-là au Japon). «Miliku kudasai» Qui pourrait se traduire par: «du lait, s'il vous plaît»! Dès lors, dès que je pressentais son réveil, une chorégraphie bien orchestrée s'ensuivait. J'appuyais sur le bouton panique, qui, au bureau des infirmières communique. Je commençais à changer sa couche. L'infirmière se pointait et je lui murmurais la formule magique: «Miliku kudasai». Je terminais le changement de couche et l'infirmière revenait avec un biberon de «miliku» bien chaud. Bien sûr, je n'oubliais pas de lui faire faire son rot et je priais afin qu'il retourne faire dodo.

Mon fils est rapidement devenu la coqueluche de la pédiatrie avec ses yeux globuleux. Les infirmières espéraient toutes être affectées à notre chambre. Toujours un peu «show off», dès qu'il fut débranché de son soluté, je me suis mis à arpenter les corridors avec lui, prétextant l'endormir en marchant. La vérité c'est que ça me permettait d'être plus près de toutes ces auxiliaires aux visages couverts. Elles ne sont pas musulmanes, mais elles arborent toutes fièrement un masque anti-bactéries qui vient avec le kit de la parfaite infirmière nipponne, dissimulant ainsi leurs jolis minois. N'empêche, avec leurs yeux magnifiés par l'Asie, elles se révèlent dignes de n'importe quel fantasme associé à l'infirmière.

Sept nuits plus tard à dormir sur une chaise de plage transformée en lit de camp pour l'occasion, nous sommes de retour à la maison. Avec mes «gougounes», mes «shorts» et ma chaise de plage, j'me croyais presque sur une plage du sud ou au «Beach Club», la «cerveza» et les Lavallois en moins. «Kinki hospital» tu vas me manquer. Toi et tes infirmières diplômées.

DU MÊME AUTEUR

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