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Quel âge a le Canada? 150 ans?

27/01/2017 05:29 EST | Actualisé 27/01/2017 05:29 EST

Fondée en 1642, Montréal a bel et bien 375 ans. Mais quel âge a le Canada? 150 ans ? 409 ans? 70 ans? 85 ans? 483 ans?

Le Gouverneur général du Canada déclarait le 31 décembre dernier qu'il y a 150 ans, c'était le début d'une grande aventure, le Canada: «Canadians began a great experiment. We call it Canada». Pourtant, en mai 2008, le premier ministre Harper a affirmé que la « fondation de Québec en 1608 est aussi la fondation de l'État canadien ». Donc le Canada aurait 409 ans en 2017.

À moins que ce ne soit 70 ans ? En janvier 1947, le premier certificat de citoyenneté canadienne a été créé et décerné au premier ministre Mackenzie King. Jusque là, les Canadiens étaient des sujets britanniques. Pourtant depuis 1932, les Dominions britanniques, soit le Canada, l'Australie, l'Irlande, la Nouvelle-Zélande, etc., s'étaient vus reconnaître comme pays souverains par le Royaume-Uni en décembre 1931 (statut de Westminster). Le Canada, comme pays souverain, a officiellement 85 ans, et non pas 150. Ce n'est qu'à partir de janvier 1932 qu'il est devenu responsable de sa politique étrangère et a obtenu son autonomie.

Et pourquoi pas 483 ans ? En traversant le pont Jacques-Cartier, à la hauteur de l'île Ste-Hélène, sous le buste de Cartier, on peut y lire que le pont porte ce nom depuis le 1 septembre 1934, à l'occasion du 400e anniversaire de la naissance du Canada. Si le Canada est né en 1534, le Canada aurait 483 ans cette année.

À l'évidence, la Confédération de 1867 n'était pas le début du Canada, mais simplement un chapitre d'une histoire entreprise bien plus tôt et plus complexe.

Canada ou Canadas ? 483 ans, 409 ans, 150 ans

En 1534, Jacques Cartier nomme Canada le pays qu'il touche à la pointe de Gaspé. Quelques années plus tard, il participe à l'établissement d'une colonie française de grande ampleur à Cap-Rouge un peu en amont de Québec (1541 à 1543). Cette mission coloniale fut une réussite scientifique, politique et économique (Allaire, 2013): Les Français continuèrent de venir prélever des ressources, mais sans construire d'établissement permanent..

Le Canada de 409 ans : au cœur d'alliances franco-amérindiennes

La « fondation de Québec en 1608 est aussi la fondation de l'État canadien », disait donc Harper. Effectivement aux 17e et 18e siècles, il y avait bel et bien un gouvernement du Canada. Il faisait partie de l'Empire français.

La Nouvelle-France est apparue sur les cartes géographiques après les voyages de Cartier (1534-1543) et s'est développée entre 1603 et 1803. Elle englobait le Canada, qui comptait trois gouvernements, soit celui de Québec, de Trois-Rivières et de Montréal. De plus elle comptait l'Acadie, les Pays d'en Haut (les Grands Lacs) et la Louisiane.

Canada et Nouvelle-France ont constitué une Amérique fondée sur les alliances avec les peuples amérindiens. Ces alliances avaient été établies dès mai 1603, lorsqu'à Tadoussac des représentants du Roi de France (dont Champlain), avaient participé à des rencontres diplomatiques avec Innus, Algonquins et Malécites. Ces peuples amérindiens avaient exprimé l'acceptation que les Français « peuplât leur terre » et demandé l'appui de la France dans leurs guerres contre leurs ennemis iroquois. Ces alliances ont culminé en 1701 avec la Grande Paix de Montréal, signée en 1701 avec une quarantaine de peuples amérindiens.

1763 à 1867 : Réorganisations successives de l'Empire britannique

Après les « French and Indian Wars », scellées par la défaite, le Canada a été cédé en 1763 à l'Empire britannique. Il est devenu une petite partie de la Province of Quebec (1774) qui sera amputée suite à l'indépendance des États-Unis et subdivisée en 1791 en Lower et Upper Canada. Après la rébellion des Patriotes de 1837-38, rébellion majoritairement francophone dirigée contre les pouvoirs impériaux, le Parlement britannique réunit les deux Canadas (Acte d'Union, 1840).

Le Canada de 1867 : autre réorganisation et génocide « culturel »

Comme l'explique l'historien David Merren, la Confédération de 1867 n'est qu'une autre réorganisation administrative des colonies britanniques d'Amérique. Confronté à des pressions externes et internes, l'Empire britannique a repensé sa présence en Amérique. D'une part, il y avait les pressions de l'expansionnisme états-unien. Le cri de « l'Amérique aux Américains » du président Monroe invitait les Américains à bouter les Européens hors des Amériques. D'autre part, les pressions financières liées au développement des infrastructures de chemin de fer se faisaient de plus en plus lourdes.

Ces pressions ont amené l'Empire britannique à encourager ses élites coloniales (Canada-Uni, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick et Terre Neuve) à former un Dominion où les colonies regroupées pourraient prendre une plus large portion du fardeau administratif. La loi de la nouvelle constitution de l'Acte d'Amérique du Nord britannique de 1867 est ainsi votée par le parlement britannique et la population d'ici n'est pas directement consultée afin de ratifier l'accord.

Alors que le Canada développé dans la foulée de Champlain s'était construit sur la base d'alliances avec les peuples amérindiens, le Canada de 1867, comme Dominion de l'Empire britannique, s'est construit sans les peuples amérindiens. Pire, sous l'impulsion de son premier ministre J. A. MacDonald, les politiques mises en place ont mené à une chute catastrophique des populations amérindiennes dans l'ouest (famine organisée) (J. Daschuk, « La destruction des Indiens des plaines », 2013) suivie d'un génocide culturel des Amérindiens démontré dans le rapport de la Commission Vérité et réconciliation en 2016.

Canadas, célébrations et diversité des nations fondatrices

À l'évidence, 1867 ne marque pas le début du Canada. D'ailleurs, le premier ministre du Canada, Bennett, en août 1934, aux fêtes du 400e anniversaire du Canada à Gaspé, déclarait que le Canada s'était construit sur deux peuples fondateurs, Français et Anglais. Malheureusement, il oubliait les Amérindiens.

Depuis le rapatriement unilatéral de la constitution par Trudeau père en 1982, c'est le second peuple fondateur, incarné par la nation québécoise qui est ignoré. Aujourd'hui, le gouvernement de Trudeau fils fait enfin acte de contrition face aux Amérindiens, mais continue de méconnaître le second peuple fondateur en le dissolvant dans un discours multiculturel se clamant diversitaire.

La diversité est une notion complexe. Elle ne se réduit pas au décompte du nombre d'individus provenant d'ethnies différentes vivant sur un même territoire. Respecter la diversité d'un pays, c'est aussi respecter la diversité de ses nations fondatrices. Les nations « sont une nécessité comme conservatrices vivantes de cultures et d'identités, foyers de démocratie, résistances aux forces unanimes mues par le profit (Edgar Morin, L'humanité de l'humanité, p.277).

Le gouvernement du Canada dépensera 500 millions de dollars pour célébrer 1867. Évidemment, c'est trop quand les déficits gonflent. Il faudrait en profiter pour mettre de l'avant un peu de l'histoire complexe du Canada et de la diversité de ses nations fondatrices.

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