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L'effet Marois et le vote des femmes

17/08/2012 04:28 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT
PC

Depuis sa fondation, en 1968, le Parti québécois a toujours eu de la difficulté à obtenir une pluralité d'appuis auprès des Québécoises, que ce soit sous le leadership de René Lévesque, de Pierre-Marc Johnson, de Jacques Parizeau ou de Bernard Landry. Or, pour l'électorat féminin, le premier enjeu est d'ordre social, devançant nettement la question nationale. Pauline Marois semble être parvenue à lever l'embâcle qui empêchait une adhésion massive des électrices à son parti. Ce changement qui se dessine s'explique par l'engagement du PQ en faveur d'une meilleure redistribution de la richesse collective et par la position très prudente de Marois sur la tenue d'un prochain référendum.

Les femmes ont longtemps été une clientèle naturelle pour le Parti libéral. Au cours des années 1960 et 1970, ces dernières ont fait des avancées significatives pendant que le Québec prenait ses distances de l'Union nationale et mettait sur pied des programmes avant-gardistes en santé et services sociaux de même que dans le domaine de l'éducation. Ce furent les femmes qui bénéficièrent le plus de ces transformations. Les principales formations politiques s'entendaient quant au rôle à donner à l'État même s'il subsistait des différends sur la façon d'offrir aux citoyens de meilleurs outils pour assumer la gouverne : fédéralisme vs pleine souveraineté. Par crainte de grands bouleversements, les Québécoises ont eu tendance à endosser la cause fédéraliste.

Au-delà de la présence des femmes au sein des formations politiques, il y a bien sûr la question de la représentation des intérêts et des enjeux ayant une importance majeure pour l'électorat féminin. Ces enjeux portent généralement sur les questions sociales plutôt que sur l'économie et misent sur l'implantation de programmes permettant de donner aux femmes une chance égale d'obtenir un diplôme universitaire, d'avoir accès à des services sociaux de qualité et d'avoir accès au marché du travail. À ce chapitre, la création du réseau des centres de la petite enfance par Pauline Marois à la fin des années 1990 donne de la crédibilité à son leadership comme gardienne des valeurs de justice sociale.

Au cours des dernières années, le gouvernement libéral de Jean Charest a procédé à une transformation majeure dans la façon de financer et de gérer les programmes en santé, en éducation et en infrastructures. Il a instauré le principe de l'utilisateur-payeur comme la contribution-santé sans égard aux revenus ce qui pénalise lourdement les femmes qui sont généralement plus pauvres.

Avec ce désengagement de l'État dans les programmes sociaux, les femmes sont plus nombreuses à bouder le Parti libéral et elles s'inquiètent encore davantage de la volonté affirmée de la formation de François Legault de poursuivre la politique de réingénierie entamée par le PLQ en 2003 et dont les effets néfastes se font toujours sentir. Or, dans la foulée des compressions draconiennes proposées par l'Action démocratique de Mario Dumont, la CAQ veut maintenant couper plus de 2 milliards 500 millions de dollars dans les budgets de l'État en éducation et dans les services sociaux. Les électrices donnent des signes qu'elles s'opposeront à ce nouveau recul de l'État-providence.

De même l'électorat féminin s'inquiète des politiques de Jean Charest qui a pris à partie la jeunesse québécoise et qui a du mal à reconnaître sa mauvaise gestion du dossier de l'éducation. En santé, les femmes s'étonnent de ne pas voir le chef libéral monter aux barricades pour dénoncer les réductions annoncées dans les paiements de transfert d'Ottawa puisqu'elles seront les premières à en faire les frais. Quant à lutte contre la corruption et la collusion, les femmes ont été très engagées dans le mouvement de dénonciation qui a mené à la création de la Commission Charbonneau.

Une fois la question nationale mise de côté, l'électorat féminin est beaucoup plus enclin à endosser les valeurs défendues par la formation de Pauline Marois qui a, selon les derniers sondages, une longueur d'avance sur les autres partis avec un appui de plus de 40 % chez les femmes. En bref, le fait que la chef péquiste ait exercé de façon intègre les fonctions de ministre dans une dizaine de ministères et qu'elle n'ait pas pris l'engagement ferme de tenir un référendum ne sont sûrement pas étrangers à ce basculement graduel du vote des femmes en faveur du Parti québécois.

Pauline Marois en campagne