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Kingsman ou quand la misogynie est à son comble

Ce qui me tracasse ici c'est l'instrumentalisation du corps de la femme et la passivité de celui-ci dans le scénario.

27/09/2017 09:00 EDT
Fabrizio Bensch / Reuters
Il va sans dire que Kingsman est le stéréotype du scénario hollywoodien de bas étage.

Kingsman: The Golden Circle est donc un immense ratage. Une mégaproduction qui fait rire du début à la fin, mais de manière décourageante et certainement pas pour les bonnes raisons. La preuve indéniable que parfois les bonnes choses n'ont pas nécessairement besoin d'un deuxième tour de piste.

Ainsi se terminait l'excellente analyse de Jim Chartrand, bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques que vous pouvez lire ici.

Il va sans dire que Kingsman est le stéréotype du scénario hollywoodien de bas étage. Matthew Vaughn, le réalisateur, n'est pas allé piocher bien loin pour monter ce qui ressemble davantage à une caricature qu'à un film par sa grossièreté et son caractère misogyne.

L'histoire échafaudée en plus de deux heures tient à peine debout. Un cartel ayant à sa tête la méchante Poppy - seul rôle d'envergure pour un personnage féminin - détruit l'ensemble du réseau de l'agence de renseignement britannique Kingsman. Les seuls survivants, Merlin, Eggsy et Harry Hart - qui fut recueilli par une agence amie possédant une technologie absurde qui permet de réparer les dégâts que fait une balle tirée en pleine tête - doivent s'allier à cette même agence nommée Statesman, qui s'avère être l'équivalent de l'agence Kingsman aux États-Unis, pour arrêter les sombres projets du cartel.

Le scénario nous importe peu ici. D'autant plus que Chartrand le décortique avec une rare excellence. Ce qui me semble consternant et qui devrait être dénoncé avec envergure et avec force, c'est la place que prennent les femmes dans cette production.

En effet, hormis la méchante mégalomane Poppy qui a pour dessein de commettre un génocide planétaire, aucun rôle important et actif n'est distribué à un personnage féminin dans l'équipe des «gentils». Cet état de fait aurait pu être changé puisqu'au début du film, l'agente Roxy apparaît comme l'une des membres les plus compétentes et les plus intelligentes que comptent les effectifs de l'agence Kingsman. Cela dit, elle fut tuée dans une explosion grandiose qui a emporté le QG de l'agence avec elle. Dommage que Vaughn n'eut pas pensé à une autre technologie qui aurait permis de reconstituer les tissus désintégrés, cela aurait relevé de l'audace plutôt que de l'absurde cette fois-ci.

Malgré tout, ceci ne constitue pourtant pas le facteur le plus sexiste à mon sens - en dehors de toutes les blagues de mauvais goût qui ont fusé tout le long de la projection et de la connotation péjorative du seul rôle féminin d'envergure. Ainsi, l'autre agence, Statesman, véhicule et encourage une pratique pour le moins surprenante afin d'insérer un mouchard sur un suspect de sexe féminin, qui bien entendu ne fait pas directement partie de l'ennemi, mais fait accessoirement office de lien avec celui-ci.

Cela consiste à insérer une sorte de mini-condom dans le vagin des femmes qu'on voudrait instrumentaliser afin de repérer les méchants. Pour ce faire, c'est Eggsy, l'agent vedette, qui hérite de cette triste besogne. Celui-ci, après avoir charmé sa victime, fait mine de s'intéresser aux avances de ladite femme non sans remords, puisque celui-ci est en couple avec une autre femme. Lorsque la besogne est faite - la scène est très, très explicite et même, osons dire, ignoble - le gentleman se désiste à la dernière seconde, rattrapé par ses remords, et décide de ne plus poursuivre ce qu'il avait entamé.

Ce qui me tracasse ici c'est l'instrumentalisation du corps de la femme et la passivité de celui-ci dans le scénario : comme si cela allait de soi.

Ce qui me tracasse ici c'est l'instrumentalisation du corps de la femme et la passivité de celui-ci dans le scénario : comme si cela allait de soi. Le message envoyé aux spectateurs et aux spectatrices est d'une violence inouïe quant au consentement, à la culture du viol, et surtout à l'instrumentalisation du corps de la femme lors d'un rapport sexuel. La femme est perçue comme un objet, un outil dont on dispose à notre guise et qui sert les fins des héros de la manière la plus misogyne qui soit pour trouver les méchants.

C'est inadmissible.

C'est dans ce genre de dérapage qu'il est temps de sortir du placard la question de savoir quelle place devrait occuper le septième art dans les combats sociétaux en général et dans la collectivité en particulier et de se demander comment ce genre d'obscénité devrait être reçue par la critique.

L'art a pour mission principale de tisser des liens entre les membres de la communauté en offrant une image privilégiée de la société humaine pour lui constituer un imaginaire collectif. Celui-ci est en somme ce qui fait qu'un peuple est un peuple et que ses moeurs et ce qu'il appelle ses principes sont ainsi et non autrement. Inutile d'exposer ici des preuves pour établir des liens entre le comportement des individus et ce qui nourrit l'imaginaire de ceux-ci - imaginaire dont ils puisent, pour ainsi dire, l'ensemble de ce qui dicte leurs actions, individuelles ou collectives.

Il y avait dans la salle de cinéma archicomble autant d'adultes que de jeunes qui n'avaient pas plus de 12 ans. Quel message ont-ils reçu par ce genre de scène et de scénario malheureusement trop fréquents dans nos écrans ?