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Au départ de la philo, c'est inclusif !

Aujourd'hui, en tant qu'étudiant en philosophie, il m'arrive, dans un moment d'égarement, de me demander si j'avais fait malgré tout le bon choix en suivant mon instinct.

26/12/2017 09:00 EST | Actualisé 26/12/2017 09:00 EST
Cesar Okada via Getty Images

Lorsque j'étais au secondaire, en bon adolescent ayant perdu ses repères du fait de la toujours très déchirante immigration, j'avais senti le besoin de recourir à l'aide généreusement offerte par l'école publique : le service d'orientation. Très vite, la personne que j'avais rencontrée me conseilla ce que tout bon étudiant devait entendre dans une société néolibérale qui se respecte : « Il faut faire ce que tu aimes, mais il faut penser au marché du travail. »

Aujourd'hui, en tant qu'étudiant en philosophie, il m'arrive, dans un moment d'égarement, de me demander si j'avais fait malgré tout le bon choix en suivant mon instinct. Alors je doute.

Fort heureusement pour moi, certaines chroniques issues directement de nos journaux préférés viennent, de-ci de-là, me rappeler ô combien j'avais fait le bon choix de m'orienter vers ce domaine.

Un peu à la manière de ce que j'avais entendu dans le service d'orientation, je trouvais dans ce qui devait pourtant me désespérer, une source inépuisable et inégalable de motivation et dont je me sers au quotidien comme leitmotiv, du fait de la redondance de ces presque toujours très excellentes chroniques.

L'une d'entre elles, que vous trouverez ici, a été signée cette semaine par Richard Martineau au Journal de Montréal. Fidèle à ses habitudes - puisqu'on connaît le chroniqueur pour son acharnement à l'égard de tout ce qui est inclusif - ce fut cette fois au tour d'un communiqué de l'Association étudiante des études avancées en philosophie (l'AEEAP-UQÀM) d'être fustigée dans les colonnes réservées à cet effet.

À titre indicatif et pour résumer la chose très brièvement, ce communiqué, envoyé « à l'interne », invitait l'ensemble de la communauté représentant le département de philosophie à venir fêter la fin de la session autour d'un cocktail. Ce qui semble avoir heurté Monsieur Martineau, à part peut-être le fait de n'avoir pas été invité à cette rencontre dans un espace safe, c'est le fait que ce communiqué contenait des propos incitants à l'inclusion et à prévenir et condamner tout comportement contraire à celle-ci.

Cette chronique m'a interpellé plus que les autres pour deux raisons. D'abord, parce que d'une certaine manière, je suis directement concerné, puisque je suis étudiant en philosophie à l'UQÀM, et de ce fait, je suis au courant de ce qui s'y produit. Ensuite, parce que je trouve cette chronique malhonnête justement parce que je suis au courant de ce dont le chroniqueur a fait abstraction, je veux dire le contexte.

En ce qui concerne ce dernier point, il aurait été plus honnête en effet de mettre en perspective le contexte dans lequel cette lettre a été envoyée à l'interne et que j'ai moi-même reçu du reste avec plaisir. Puisque le chroniqueur ne s'est pas plié à la tâche exigeante qui fait de l'intellectuel ce qu'il est, c'est-à-dire mettre en perspective les faits dans leur contexte afin de les comprendre puis de les commenter, plutôt que simplement les juger, il convient de faire un bref rappel, sans pour autant rentrer dans les détails.

Depuis un certain temps que je trouve déjà très long, il se trouve que certaines personnes non identifiées, incapables de tenir un débat de manière décente, vandalisent le département de philosophie en général, et les affiches concernant les luttes féministes, l'inclusion et surtout les affiches dénonciatrices de certains comportements misogynes, racistes, haineux et j'en passe, en particulier. Cela aurait pu s'arrêter là si ce n'est les lettres de menaces qu'ont reçues deux collègues au sein du département. Plus encore, une autre collègue a été prise en aparté par un individu étranger au département dans l'enceinte même de celui-ci. Je vous épargne les autres détails indignes, répugnants et tout à fait inacceptables.

Autant ne pas commenter l'ambiance qui, un temps, a régné au département.

Monsieur Martineau prend tout de même le réflexe de se questionner sur la nature du message envoyé par l'association en ces termes :

« Je me pose une question existentielle : pourquoi prendre la peine de préciser que les blagues racistes, sexistes, homophobes et transphobes seront interdites ? »

Dois-je répondre à Monsieur Martineau qu'en premier lieu, il aurait pu répondre à sa question et éviter du même coup de tenir de tels propos en s'informant correctement sur la situation ? De même, en deuxième lieu, au département de philosophie, comme partout ailleurs où l'on a le courage de revendiquer un certain idéal, la communauté ne peut plus tolérer ce genre de comportement justement parce que se placer à l'avant-garde d'une idée progressiste, place en même temps les protagonistes de cette même idée en première ligne face à un certain acharnement maladif à tout ce qui incite la compréhension et fait appel à la réflexion ?

Plus encore, prévenir certains comportements et être inclusif en matière de bouffe par exemple, ce n'est pas, comme le dit le chroniqueur

« comme si un regroupement de végétariens prenait la peine de préciser à ses membres de ne pas apporter de ragoût de pattes de cochon à son party de Noël ! »,

mais plutôt une manière d'accepter qu'il y ait des gens en dehors de soi et de son égo qui n'ont pas forcément les mêmes habitudes que ce « soi » subjectif.

D'autant plus qu'un non-végétarien peut - peut-être sous le poids d'un effort conséquent pour certains - « se plier » et concéder quelques brocolis, poivrons et autres mets savoureux à son régime alimentaire le temps d'une soirée !

Le rôle du philosophe aujourd'hui, ce n'est pas de créer un climat étouffant comme on pouvait le lire dans les commentaires de cette chronique, mais de prendre en considération certaines différences et spécificités afin que nul ne se sente ni exclu ni seul et encore moins menacé par le fait même d'exister. Rôle qu'une majorité écrasante d'étudiantes et d'étudiants honore, par ailleurs, au quotidien dans le département de philosophie de l'UQÀM.

Alors, pour être à la hauteur de cette « époque formidable », tâchons de nous plier, chacun de son côté, aux exigences et à la rigueur nécessairement préalables pour être à la hauteur de ce que nous représentons. Cela éviterait bien des quiproquos et le gaspillage de beaucoup d'encre coulée inutilement.

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