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Assez de restructurite!

27/09/2014 10:04 EDT | Actualisé 27/11/2014 05:12 EST

Si le passé est garant de l'avenir, les probabilités que la restructuration du système de santé du ministre Barrette donne les résultats escomptés sont bien minces.

Le phénomène de l'engorgement des urgences au Québec est apparu dans les années 1970. Au fil des années, ce phénomène s'est aggravé et a pris une ampleur considérable.

En 1985, une étude de Spitzer et Sicotte analyse le problème de l'engorgement des urgences des hôpitaux de la région de Montréal et, en 1986, la ministre, Mme Thérèse Lavoie-Roux, annonce une série de mesures en vue de régler le problème définitivement.

Ça ne fonctionne pas. Le ministre Marc-Yvan Côté adopte donc une nouvelle loi sur la santé et les services sociaux en 1991. La réforme entraîne la création de régies régionales dans le but de décentraliser les budgets de la Régie de l'assurance maladie.

La réussite se fait toujours attendre. En 1995, Jean Rochon met donc en place une vaste réforme administrative du ministère de la Santé et des Services sociaux, et entreprend de réaliser ce qu'on a appelé le « virage ambulatoire » où la personne pouvant se déplacer n'est plus hospitalisée pour recevoir les traitements et les interventions qui lui sont nécessaires.

Le virage mène plutôt le système dans le fossé. En 2003, Philippe Couillard lance à son tour une réorganisation du réseau de la santé afin de mieux coordonner les CLSC ainsi que les CHSLD. C'est la naissance de 95 Centres de santé et de services sociaux (CSSS) au Québec, dans une optique d'optimiser les structures présentes et de réduire le personnel administratif de ces structures. Ces fusions ou regroupements devaient permettre de diminuer à hauteur de 43 % le nombre d'établissements publics et de réduire de 39 % le nombre de postes de directeur général d'établissement de santé. Il adopte aussi la loi 30 qui restructure les unités d'accréditation syndicales dans tous les établissements de santé.

Les résultats ne sont pas au rendez-vous. Le Dr Gaétan Barrette annonce donc qu'il veut défaire ce que son Premier ministre a mis en place il y a 11 ans. Il souhaite abolir les 18 agences de santé et de services sociaux de la province, fusionner les 182 centres de santé et de services sociaux (CSSS) qui ne seront plus que 28 et créer des Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), qui chapeauteront tout le réseau, à raison d'un CISSS pour chacune des 16 régions sociosanitaires du Québec, exception faite de Montréal qui disposera de 5 CISSS.

Cette restructuration, si elle ne fonctionne pas, aura néanmoins l'avantage électoral de donner l'impression que le ministre libéral a du courage, livre la marchandise et fait des efforts pour mieux gérer le système... jusqu'à la prochaine restructuration qui, selon moi, devrait survenir vers 2020.

Si la restructuration de 2020 est menée par le Parti conservateur du Québec, vous pouvez compter sur un genre de changement que n'ont jamais apporté ni le Parti libéral ni le Parti québécois.

Je modifierais la rémunération des hôpitaux pour encourager et mieux financer les hôpitaux performants, je ferais appel à des entreprises de calibre mondial pour gérer nos hôpitaux publics, j'encouragerais de nouvelles formes de gestion et de propriété d'hôpitaux (en coopératives, en OSBL et en hôpitaux à but lucratif), je permettrais la mixité en santé pour donner le choix aux médecins de pratiquer dans le public et dans le privé et je légaliserais l'assurance privée pour accorder aux citoyens qui le désirent le droit de financer l'achat de soins dans le réseau parallèle privé.

Ce ne serait pas une autre restructurite aiguë, mais bien une nouvelle façon de concevoir le rôle de l'État dans la prestation des soins au Québec - ce qu'aucun des partis représentés à l'Assemblée nationale ne semble être capable d'imaginer aujourd'hui.

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