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Peu de capital de risque québécois au Fonds de solidarité

15/01/2016 10:38 EST | Actualisé 15/01/2017 05:12 EST

Le Fonds de solidarité FTQ a annoncé récemment un rendement de 1 % pour le semestre terminé le 30 novembre 2015.

C'est bien peu.

Peut-être pour détourner les regards de ce piètre rendement, les habiles relationnistes du Fonds ont utilisé une large section du communiqué de presse pour vanter plutôt le capital de développement du Fonds dans les entreprises québécoises. On y lit notamment ceci: «Le Fonds a investi 324 millions au Québec en capital de développement risqué non garanti au cours du semestre. Afin que le Fonds puisse continuer d'appuyer la croissance des entreprises québécoises et les projets d'épargne retraite des travailleurs de la classe moyenne, les crédits d'impôt accordés à nos actionnaires sont essentiels.»

On a par contre passé sous silence tous les investissements du Fonds qui ne sont pas du capital de risque dans des entreprises québécoises... et ils sont nombreux !

Ainsi, selon les relevés financiers publiés par le Fonds même, sur une cagnotte d'investissements de 11,5 G$, le Fonds a investi 2,8 G$ à la bourse, notamment dans des américaines et multinationales comme Google, Amazon, Apple, AT&T, Exxon, GE, Intel, Microsoft, Nestlé et Proctor & Gamble, ou dans des grandes entreprises canadiennes non-québécoises comme Rogers, Suncor, Telus, ManuVie et la plupart des grandes banques canadiennes.

Le Fonds a aussi investi un autre 2,4 G$ dans des obligations de grands emprunteurs, particulièrement le gouvernement du Canada, de l'Ontario et du Québec et de grandes entreprises canadiennes.

Ainsi donc, 45,2 % du capital du Fonds est placé dans des grandes entreprises ou des gouvernements. Le reste, c'est supposé être en grande partie du «capital de développement».

Un calcul sommaire indique que le coût total des crédits d'impôts pour les fonds de travailleurs s'est élevé jusqu'à maintenant à la faramineuse somme de près de 5 milliards de dollars. Le Fonds ne cesse de justifier cette subvention massive indirecte en disant qu'elle permet au Fonds d'investir en capital de «développement», qui se chiffre à 5,4 G$.

Sauf qu'une grande partie de ce 5,4 G$ se retrouve investi dans des entreprises qui ne sont pas en «développement». Selon ses propres données, le Fonds a investi plus d'un milliard de dollars dans des compagnies publiques québécoises comme Aimia, Cogeco, Bombardier, Osisko, Transforce, Transcontinental et WSP. D'autres grandes entreprises québécoises, privées celles-là, ont bénéficié du capital de «développement» du FSTQ (Manac, Terminaux Montréal Gateway, Osisko, Agropur, Atrium Innovations, SSQ Assurance, Coop fédérée, TMX, Rona, Colabor) qui ne sont pas du tout «en développement». Enfin, le Fonds a investi des centaines de millions dans le Fonds immobilier de solidarité FTQ qui compte 38 projets en développement, 38 immeubles sous gestion et 18 millions de pieds carrés de terrains. Imaginez, les contribuables subventionnent indirectement le Fonds pour qu'il investisse dans des centres d'achats à Laval et des condos dans Griffintown !

En analysant les rapports financiers du Fonds de solidarité FTQ, l'IEDM a découvert que dans les faits, le Fonds n'investissait que 11 % environ dans les entreprises en démarrage. Cette estimation a d'ailleurs été corroborée par Patrick McQuilken, porte-parole du Fonds de solidarité, qui, selon un article de TVA Nouvelles, a «confirmé que «les investissements du Fonds en "capital de démarrage" ne représentaient en effet que 15% de son actif».

Alors la prochaine fois que vous entendrez une annonce du Fonds qui vous laisse croire que le Fonds investit surtout son argent dans des petites PME québécoises, ou le président d'une grande entreprise du «Québec inc.» qui a encaissé des dizaines de millions de dollars en «capital de développement» défendre les crédits d'impôts des fonds de travailleurs, ou le ministre fédéral des Finances Bill Morneau renverser la décision qu'avait prise le gouvernement conservateur de réduire ces crédits d'impôts parce qu'ils contribuent peu au développement de nos petits entrepreneurs québécois, j'espère que vous entendrez aussi le ronronnement de la machine à boucane syndicale qui tourne à plein régime pour maintenir le statu quo de ces subventions indirectes, un bel exemple de notre modèle québécois !

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