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L'échec annoncé de la politique «Priorité emploi»

07/10/2013 03:49 EDT | Actualisé 07/12/2013 05:12 EST

«La vision gouvernementale de l'économie peut se résumer en quelques courtes phrases. Si ça bouge, taxons-le. Si ça continue de bouger, réglementons-le. Et si ça cesse de bouger, subventionnons-le.» - Ronald Reagan

La «Politique économique Priorité emploi» que vient de dévoiler le gouvernement Marois reflète la vision économique de tous les gouvernements québécois, libéraux ou péquistes, depuis les années 1960. On connaît la vieille recette du modèle québécois: la bureaucratie québécoise est mieux placée que le marché pour savoir où doivent être déployées les ressources limitées que nous possédons pour que celles-ci soient utilisées de la façon la plus rentable. L'État « investit » dans des « projets structurants » en « jetant les bases d'une croissance solide et durable » et c'est « en s'attaquant résolument aux déterminants mêmes d'une économie solide et prospère » qu'il y arrivera... blablabla.

C'est pourtant cet aveuglément de l'esprit qui a mené le Québec, suite à un lent déclin, à afficher une des pires performances économiques au Canada. Si vous en doutez, je vous rappelle que selon le Bulletin de la prospérité du Québec de 2013, comparativement à la moyenne des 3 autres provinces du Canada les plus peuplées, le Québec a:

• un produit intérieur brut (PIB) par habitant inférieur de 25 %;

• une moyenne des salaires inférieure de 16 %;

• un taux d'emploi inférieur de 4 %;

• un niveau de productivité inférieur de 17 %;

• un taux d'investissement privé inférieur de 5,4 %;

• des mises en chantier inférieures de 18 %;

• un taux d'accès à la propriété inférieur de 10,5 %;

et... (roulement de tambour)

• une dette publique supérieure de 30 %!

Pourquoi les Québécois sont-ils de plus en plus pauvres ? La littérature économique est pratiquement unanime : les juridictions qui ont des institutions et des politiques publiques fondées sur la liberté économique sont celles qui ont les plus haut taux d'investissement, la croissance économique la plus rapide, les revenus personnels les plus élevés et les plus rapides diminutions de la pauvreté. A contrario, moins on est libre économiquement parlant, moins on est économiquement performant.

Où se classe le Québec en termes de liberté économique ? L'Institut Fraser a publié en 2010 un index de la liberté économique des juridictions en Amérique du Nord basé sur des données de 2007. L'index relève 10 indicateurs dans trois zones: la taille de l'État; la taxation; et la liberté dans le marché de la main-d'œuvre. Selon l'Institut Fraser, parmi les 60 juridictions en Amérique du Nord, le Québec se classait au... 60e rang. Bon dernier !

Parmi toutes ces juridictions, le Québec est celui qui, en proportion de la taille de son économie, taxe le plus et dépense ("réinvesti" selon le patois politique) le plus et il est celui qui offre l'environnement le moins flexible dans ses lois du travail.

La «Politique économique Priorité emploi» de Mme Marois ne fait rien pour améliorer la liberté économique de la province. Pas un mot sur une diminution de la taille de l'État ni sur des baisses généralisées du fardeau fiscal. Et pas question d'assouplir les règles du travail. Oui, certaines entreprises ou individus pourront bénéficier des largesses de l'État: s'ils font les "bons" investissements tels que déterminés par les politiciens et les fonctionnaires (des êtres humains comme vous et moi), ils bénéficieront de nouveaux crédits d'impôts ou de nouvelles subventions. Mais on sait tous que ces fonds devront bien venir de quelque part - soit des contribuables actuels par l'innombrable kyrielle de taxes et impôts directs ou indirects qui nous étouffent (le contribuable d'une famille moyenne paie déjà 47% de son revenu en impôts et taxes de toutes sortes), soit par les contribuables futurs suite à une augmentation de la dette qui a dépassé les 255 milliards de $ et ferait du Québec, s'il était une nation, un des pays les plus endettés du monde.

La «Politique économique Priorité emploi» créera-t-elle les 40 000 nouveaux emplois promis d'ici 2017 ? C'est ce que l'on verra peut-être au fil des cérémonies de coupage de ruban auxquelles assistera la première ministre. Mais ce que l'on ne verra pas, ce sont les dizaines de milliers d'emplois détruits ou non créés parce que le gouvernement a taxé les entreprises et les ménages qui ne peuvent donc pas investir, épargner ou dépenser l'argent qu'ils n'ont plus. L'État ne créée pas d'emplois : au mieux, il les déplace et il faut payer une coûteuse et nombreuse fonction publique pour effectuer ces déplacements. Au pire, il en détruit car ces «investissements» se feront aux dépens d'autres projets plus rentables et de la production d'autres biens et services qui représentent plus de valeur aux yeux des consommateurs et qui auraient été choisis par eux en l'absence de subventions.

Les péquistes et les libéraux nous chantent les mêmes opéras étatistes, progressistes, interventionnistes et dirigistes depuis 40 ans, mais avec des ténors ou cantatrices différents selon les chefs au pouvoir - avec des résultats toujours aussi cacophoniques. Au lieu de changer de chanteur, il faut changer la partition car, comme le disait si bien Albert Einstein, la définition de la folie, c'est de répéter toujours les mêmes gestes et d'espérer des résultats différents!

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