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7 mythes sur l'Ukraine

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Depuis le déclenchement des manifestations sur la place Maïdan à Kiev en novembre dernier, les médias parlent souvent de l'Ukraine. Sur la toile, plusieurs mythes circulent, véhiculés par les médias gouvernementaux russes et par des sites de théories conspirationnistes. Démontons sept de ces mythes.

L'Euromaïdan était un mouvement violent

Si beaucoup se souviennent des scènes de combat entre manifestants et forces de l'ordre, il ne faudrait pas oublier que le mouvement commença dans le calme le 21 novembre 2013. La violence commença à la suite d'une attaque de la police, qui tenta de déloger les manifestants dans la nuit du 29 au 30 novembre. Malgré quelques affrontements, des foules de centaines de milliers de personnes défilaient pacifiquement chaque semaine en marge de l'Euromaïdan. Ce n'est qu'après l'introduction de lois draconiennes anti-démocratiques le 16 janvier 2014 que les combats de rue devinrent presque quotidiens. Le 22 janvier, les premières victimes tombèrent sous les balles de la police. Le bain de sang dans les journées du 18 au 21 février fut le point culminant de la répression, alors que 68 manifestants et 17 policiers furent tués.

L'Euromaïdan était un mouvement extrémiste

Selon la propagande du gouvernement, les protestataires étaient des extrémistes néo-nazis. Toutes les enquêtes sociologiques menées pendant le mouvement montrèrent plutôt que l'écrasante majorité des participants n'appartenaient à aucun parti ni organisation et que la mixité linguistique et ethnique était de mise. Quant à la fameuse organisation d'extrême-droite Pravyi Sektor, présente sur Maïdan, son rôle a été exagéré autant par sa propre propagande que par la propagande anti-Maïdan. Leur contribution fut en réalité plutôt modeste, alors que seuls deux de leurs membres furent parmi la centaine de manifestants tués.

Le président Viktor Ianoukovytch fut victime d'un coup d'État

Dès la fuite de Ianoukovytch et l'installation d'un nouveau gouvernement, certains dénoncèrent un coup d'État illégal. En fait, la composition du Parlement ukrainien après l'Euromaïdan ne changea pas et seul le ralliement d'une grande partie des députés du régime de Ianoukovytch permit à l'opposition d'avoir la majorité parlementaire. Il ne s'agit pas d'un putsch, mais plutôt de la chute d'un régime lâché par ses propres députés. Le nouveau gouvernement de centre-droit reçut ainsi l'appui de 371 députés sur 450.

Le nouveau gouvernement est fasciste

L'idée selon laquelle le gouvernement est fasciste vient de la présence de membres du parti ultranationaliste «Svoboda» en son sein. Un examen plus approfondi montre cependant qu'ils n'occupent que les postes peu prestigieux de vice-premier ministre aux affaires humanitaires, ministre de l'Écologie et ministre de l'Agriculture. Il ne s'agit pas non plus d'un cas exceptionnel, d'autres pays étant présentement gouvernés par des coalitions incluant des ultranationalistes, comme la Lettonie ou Israël actuellement, ou le furent dans les 20 dernières années, comme l'Autriche, l'Italie, la Slovaquie ou la Pologne.

Finalement, un coup d'œil rapide sur le résultat des élections présidentielles du 25 mai 2014 suffit à démonter ce mythe du fascisme triomphant en Ukraine. En effet, les deux candidats ultranationalistes ne récoltèrent même pas 2% des voix. Ils furent même battus par le président du Congrès juif ukrainien. Les organisations juives ukrainiennes démentent d'ailleurs ces accusations d'antisémitisme et de néo-nazisme du nouveau gouvernement.

L'Ukraine est divisée

Les schémas manichéens pro-russe vs. pro-occidental, russophone vs. ukrainophone ou est vs. ouest simplifient le travail des journalistes et des politiciens, mais ils ne correspondent pas à la complexe réalité ukrainienne. Il suffirait de se rappeler que le président déchu Viktor Ianoukovytch avait lui-même été élu sous la bannière d'un rapprochement avec l'Union européenne, tout en promettant également de meilleures relations avec la Russie.

La question de la langue officielle, qui serait l'une des racines du conflit, est également surévaluée par certains. Il suffit de se pencher sur les études sociologiques des manifestants de l'Euromaïdan pour voir que près de la moitié d'entre eux déclaraient soit le russe, soit les deux langues comme langue(s) d'usage. La capitale, Kiev, est d'ailleurs plutôt russophone. Si le parlement s'intéressa à la question linguistique au lendemain du changement de gouvernement, aucune loi contre la langue russe ne fut promulguée.

L'idée de «l'Est» pro-russe est aussi mise à mal par un examen plus approfondi. Non seulement les manifestations pro-russes n'ont jamais eu l'ampleur massive à laquelle on aurait pu s'attendre dans les grandes villes russophones de l'Est, mais elles n'ont été que rares dans de grandes villes comme Dnipropetrovsk, Kharkiv ou Odessa. D'ailleurs, les rebelles séparatistes n'ont jamais tenu sous leur contrôle une seule des provinces ukrainiennes, et leur territoire se rétrécit de jour en jour.

L'armée ukrainienne massacre son propre peuple

Une autre idée souvent véhiculée soutient la version de la propagande des médias russes selon laquelle des milices ukrainiennes mènent des opérations punitives de représailles contre la population des zones de conflit. Cette propagande est souvent accompagnée de photographies horribles de civils morts, que des internautes avertis ont souvent démasquées comme des photos des conflits en Tchétchénie, en Irak, ou en Syrie. Même une photo de la tragédie de Lac-Mégantic fut diffusée sur les médias sociaux comme une soi-disant preuve de la destruction de Slaviansk par l'armée ukrainienne...

La réalité est que le conflit dans les zones occupées par les séparatistes est certes meurtrier, mais il ne faut pas exagérer son ampleur. Tout d'abord, seule une infime partie du territoire ukrainien est touchée par le conflit actuel. Quant au nombre de victimes, les sources disponibles indiquent que quelque 1500 combattants et presque autant de civils ont perdu la vie dans le conflit. La situation est cependant critique, car l'armée est aux portes des deux grandes villes aux mains des rebelles, Donetsk et Louhansk, et les combats de rue pourraient être couteux en vies humaines, autant militaires que civiles.

Il s'agit d'une guerre civile

S'il est indéniable que de nombreux Ukrainiens de la partie orientale s'opposent au gouvernement de Kiev et que certains préfèreraient même un rattachement à la Russie, la cause séparatiste est très loin de rassembler une majorité des habitants des régions orientales. Déjà avant l'Euromaïdan, les sondages montraient que l'option séparatiste n'atteignait même pas 15% dans ces régions. Un sondage plus récent indique une légère augmentation à environ 20%.

Ce faible soutien se traduit par de grands problèmes de recrutement chez les 'séparatistes', qui s'en sont déjà publiquement plaints, et par la forte présence de citoyens russes et étrangers parmi eux, autant au niveau du commandement que dans les rangs. Ainsi, jusqu'à récemment, le premier ministre de cette 'république' séparatiste était un citoyen russe, tout comme le commandant Igor Strelkov, Moscovite et officiellement retraité des services secrets russes. Alors que la région compte 6,5 millions d'habitants, on estime leurs forces à seulement 10 000 ou 20 000 combattants. Selon un volontaire arménien ayant combattu avec les séparatistes, la majorité des 'séparatistes' ne seraient même pas ukrainiens. Tout cela devrait nous pousser à remettre en question l'emploi de termes comme « guerre civile » ou « séparatistes »...

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