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Russie-Ukraine: c'est la guerre

30/08/2014 09:19 EDT | Actualisé 30/10/2014 05:12 EDT

Pendant des mois, tous les euphémismes possibles et impossibles furent utilisés pour décrire la situation en Ukraine : «Guerre civile», «guérilla séparatiste», «opération antiterroriste», etc. Maintenant que des preuves solides existent, il faut appeler un chat un chat. La Russie fait la guerre à l'Ukraine.

Les petits hommes verts

Déjà en Crimée, les troupes russes s'étaient départies de tout insigne et le Kremlin affirmait qu'il s'agissait de brigades d'autodéfense spontanément créées par des citoyens effrayés par le nouveau régime de Kiev, supposément fasciste. Le président russe Vladimir Poutine alla même jusqu'à déclarer que n'importe quel quidam pouvait s'acheter dans un supermarché l'uniforme et l'équipement militaire moderne que ces hommes portaient. Finalement, sept semaines plus tard, le 17 avril, Poutine avoua qu'il s'agissait de soldats russes.

Ces soldats anonymes qui furent surnommés « petits hommes verts » apparurent par la suite dans les villes de la région orientale du Donbass, et encore une fois nous eûmes droit aux démentis du gouvernement russe, qui affirma ne pas être impliqué. Alors que les forces envoyées étaient moindres, l'équipement et le professionnalisme de certains groupes laissaient peu de doute. Par la suite, plusieurs admirent être russes : le premier ministre des «séparatistes» Alexandre Borodaï, les commandants Strelkov et Bes, ainsi que l'emblématique soldat Babaï, par exemple.

Le tournant

Il semble que Poutine ait longuement hésité avant d'envoyer de véritables renforts dans la région, préférant laisser à leur sort les «séparatistes» locaux épaulés par quelques Russes. Cependant, la Russie continua à envoyer du matériel et des volontaires, notamment de nombreux Tchétchènes et Daghestani. En vain, puisque l'armée ukrainienne libéra plusieurs villes, dont le bastion de Slaviansk, avant de s'arrêter aux portes des deux grandes villes, Louhansk et Donetsk. Comme les «séparatistes» reculaient, les critiques se firent dures envers Poutine, accusé de les avoir abandonnés.

C'est en juillet que la politique russe changea quelque peu alors que les Ukrainiens firent état de bombardements massifs de leurs troupes depuis le territoire russe. De plus, les rapports s'accumulaient sur l'envoi de renforts matériels aux «séparatistes». À mesure qu'augmentait leur véracité, les séparatistes eux-mêmes parlaient ouvertement de l'aide russe et de nombreuses vidéos montraient des véhicules blindés sans numéros d'identification.

Tout dernièrement, des tanks russes du modèle Т-72BM, que l'armée ukrainienne ne possède pas, vinrent confirmer ce qui n'avait pu être prouvé hors de tout doute : la Russie livre des armes aux «séparatistes». De plus, il est impossible que la récente contre-attaque menée par ces mêmes «séparatistes», acculés au mur depuis des semaines, puisse avoir été lancée sans l'arrivée d'importants renforts. Ce mercredi, la prise de la ville de Novoazovsk, éloignée du front, semble avoir été réalisée en partie par une colonne de blindés infiltrée depuis la frontière.

Guerre ouverte

Les preuves d'une véritable guerre se sont accumulées dans les derniers jours. Non seulement l'armée russe a-t-elle confirmé que deux de ses soldats ont été tués en Ukraine et neuf blessés, mais l'armée ukrainienne a pu montrer dix soldats russes capturés. De plus, les indices se multiplient en Russie même. Les langues se délient depuis la capture des soldats, alors que des proches partout en Russie signalent qu'ils sont sans nouvelles de leurs fils ou maris stationnés à la frontière ukrainienne. Selon les données recueillies par l'Union des comités de mères de soldats de Russie, environ 400 soldats russes auraient déjà été tués ou blessés et jusqu'à 15 000 soldats pourraient avoir être déployés en Ukraine.

Ces annonces sont confirmées par plusieurs reportages sur des enterrements de soldats russes qui se sont déroulés en catimini dans différentes régions de Russie. Selon l'armée, ces soldats seraient morts lors d'accidents à l'entraînement. Malgré ces annonces officielles, de nouvelles déclarations viennent plutôt étayer la thèse de l'invasion. Ainsi, deux des membres du conseil présidentiel russe aux droits de l'Homme, organisme gouvernemental officiellement indépendant, ont affirmé qu'une centaine de soldats russes furent tués le 13 août près de Snijne en Ukraine.

Quelles conséquences ?

Pourquoi Poutine a-t-il attendu aussi longtemps et quels sont ses objectifs? Peut-être a-t-il espéré voir le projet séparatiste réussir sans qu'il doive trop se mouiller. Peut-être a-t-il voulu renforcer son autorité auprès des rebelles, qui lui doivent maintenant leur survie. Son but pourrait être de répéter le scénario des provinces séparatistes de Transnistrie (en Moldavie) ou de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud (en Géorgie): exercer juste assez de pression pour créer une province rebelle forte tout en évitant une invasion trop flagrante qui risquerait de lui créer des problèmes. Une république «séparatiste» contrôlée par Moscou serait effectivement un véritable boulet pour l'Ukraine dans sa marche vers l'Union européenne et l'Ouest.

Alors que l'armée ukrainienne doit céder du territoire sur le front, la Russie fait face à une pression diplomatique exercée par les capitales occidentales. Combien de temps Poutine pourra-t-il continuer à mentir ouvertement et combien de temps le monde peut-il rester passif? Les sanctions introduites semblent avoir été trop peu dissuasives et seront probablement renforcées. De plus, la question d'une aide militaire à l'Ukraine deviendra pressante si l'agression russe se poursuit. En effet, l'Ukraine a contré les forces «séparatistes» avec un certain succès aussi longtemps que la Russie cachait encore son jeu, mais elle n'a aucune chance dans la guerre ouverte qui s'est déclarée.

Si la réaction du monde peut forcer Poutine à s'arrêter, il se peut aussi que la population russe réagisse assez fortement pour freiner l'invasion. Même si la population soutenait l'annexion de la Crimée, elle s'était déjà clairement prononcée contre une invasion en Ukraine orientale, solution soutenue par seulement 5% des sondés. Alors que des images de prisonniers apparaissent et que des cadavres reviennent, les Russes pourraient eux-mêmes se mobiliser. Déjà ce jeudi, des dizaines de femmes et mères de soldats de la base de Kostroma, d'où venaient les soldats prisonniers, ont manifesté pour connaître la vérité. La société russe se réveillera-t-elle de l'hypnose poutinienne?

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