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Le suicide, solution absurde au problème de la vie

19/12/2014 08:43 EST | Actualisé 18/02/2015 05:12 EST

Le dernier souffle de novembre a emporté avec lui une amie comme il s'en fait peu. La finesse de son intelligence, la sagesse de ses propos, la délicatesse qui l'habitait faisaient d'elle un humain plus qu'humain. Elle était belle. Belle comme un cœur avec son sourire empoisonné par la tristesse et la mélancolie. Cette enfant immigrée qui ne se sentait la bienvenue ni ici, ni ailleurs était habitée par la triste certitude du vide identitaire que provoque le chagrin inouï au plus profond de ce corps géant habité par sept milliards d'émotions aux sept milliards de visages. Elle était un mouton noir perdu dans un enclos de moutons blancs. La pulsion de mort l'a déposé dans les bras de Morphée pour l'éternité.

Vivre c'est mourir à petit feu

Le suicide fait mal. Il fait mal, pas tant aux morts qu'aux vivants. Il marque l'imaginaire et obsède ceux et celles qui veulent comprendre alors qu'il y a si peu à comprendre. Ils et elles veulent comprendre parce que comprendre c'est rassurant. Même si la compréhension est fragmentée et partielle elle reste sécurisante.

Le suicide est caractérisé par le paradoxe du vivre heureux en mourant. Il est composé de ce cocktail explosif d'émotions antagoniques qui se font violence jusqu'au dernier souffle. Dans sa lettre de suicide, l'écrivain Stefan Zweig avait écrit: «Je suis sûr que tu verras encore une époque meilleure et que tu me donneras raison de ne pas avoir attendu plus longtemps, moi qui ai le "foie noir". Je t'envoie ces lignes dans les dernières heures, tu ne peux imaginer à quel point je suis heureux depuis que j'ai pris cette décision.» Zweig s'est suicidé le 22 février 1942 alors qu'il était en exil au Brésil et qu'il regardait extérieurement la destruction de ce qu'il appelait avec toute l'affection qui le caractérisait «mon Europe». Dans sa lettre, il se montrait optimiste et pessimiste. Optimiste face au genre humain, mais pessimiste quant à sa capacité de traverser les épreuves qui se dressaient devant lui. Il était férocement sensible. La sensibilité l'a conduit à cet obstacle infranchissable devant lequel seule la mort avait un sens. C'est le caractère absurde du suicide.

Résoudre Éros et Thanatos

Le suicide est, comme Albert Camus l'avait écrit dans Le mythe de Sisyphe, le seul «problème philosophique vraiment sérieux» parce qu'il consiste à «juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue». Cela revient donc à répondre au questionnement fondamentalement philosophique de vie et de mort. À résoudre la dualité entre Éros et Thanatos.

Camus écrivait «qu'un geste comme celui-ci se prépare dans le silence du cœur au même titre qu'une grande œuvre. L'homme lui-même l'ignore. Un soir, il tire ou il plonge.» C'est précisément ce qui nous intrigue dans le suicide et nous fait peur en même temps. De se savoir exposé à une telle fatalité nous horrifie. Obsessivement, on y pense. Obsessivement, on cherche les raisons qui ont mené une personne à se suicider en oubliant de réfléchir aux raisons qui ne nous ont pas menés, nous, à en arriver à considérer la mort comme le seul moyen de vivre heureux. Puisqu'après tout le suicide est toujours présent dans l'imaginaire collectif. Il cadre dans ce large spectre de possibilités qui mènent à la fin de la souffrance. Les contradictions sont aussi nombreuses que les causes.

Le père de la sociologie française Émile Durkheim prétendait que le suicide ne peut être compris qu'en se penchant sur les causes sociales de celui-ci. Selon lui «la cause productrice du phénomène échappe nécessairement à qui n'observe que des individus; car elle est en dehors des individus. Pour la découvrir, il faut s'élever au-dessus des suicides particuliers et apercevoir ce qui fait leur unité.» Peu importe comment on aborde la question, il n'en demeure pas moins que l'explication est d'une complexité inouïe. On peut expliciter le caractère le plus simple du suicide en disant qu'une personne met fin à ses jours lorsque son spectre de possibilités est réduit à la mort.

Après tout, Friedrich Nietzsche n'écrivait-il pas dans Gai savoir que «la vie n'est qu'une variété de la mort, et une variété très rare.» Il ne faut donc pas avoir peur de la mort puisque la vie et la mort se caressent continuellement en dansant la valse jusqu'à ce que le dernier battement de cœur se fasse entendre. Qu'on décide d'aller chercher la mort ou qu'on la laisse venir à soi, le suicide demeure une solution absurde au problème de la vie...

S.V.P­. faites un don à l'Association québécoise de prévention du suicide

Besoin d'aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.

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