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La répression politique sous la loupe

16/01/2015 12:19 EST | Actualisé 18/03/2015 05:12 EDT

Le printemps étudiant nous a mis la puce à l'oreille. Le soulèvement populaire fut sans précédent. Un réveil salutaire de la population québécoise qui nous a démontré jusqu'où pouvait aller un mouvement social, mais aussi jusqu'où pouvait aller la répression qui l'accompagne.

C'est cette effervescence qui a permis de mettre sur pied le titanesque projet que représente la Commission populaire sur la répression politique (CPRP), une initiative citoyenne visant à recenser et à documenter les mécanismes de la répression politique vécue au Québec de 1990 - année charnière en raison de la crise d'Oka et de ses suites - à aujourd'hui. Cette commission itinérante sillonne le Québec depuis septembre 2014 pour récolter des témoignages d'à travers la province.

Durant et après le soulèvement populaire de 2012 le seuil d'acceptabilité face à la répression a atteint des sommets jusque-là inégalés. Entre les milliers de constats d'infractions, les innombrables souricières - utilisée systématiquement contre certains groupes de citoyens politiquement stigmatisés - et la criminalisation des comportements contestataires, il a été possible de constater que nous sommes entrés dans une nouvelle phase répressive.

La docilité du corps social, pour parler en termes foucaldiens, est devenue telle que certains groupes sociaux acceptent des lois anticonstitutionnelles au nom de la liberté d'expression. Il n'y a qu'à penser au règlement municipal P6 dénoncé par la quasi-totalité des organismes de la société civile, mais auquel presque tous se soumettent. Sans oublier le projet de loi C-309 qui stipule qu'une personne qui empêche une autre de la libre jouissance de l'espace public risque jusqu'à dix ans de prison.

La difficulté rencontrée par la CPRP à rassembler les témoignages démontre bien que les traces laissées par la répression politique sont profondément ancrées dans l'esprit des groupes, collectifs, organisations et individus qui en ont été victimes. Ces traces sont autant d'ordre physique que psychologique. Pour certaines personnes il était tout simplement difficile de témoigner de leurs expériences, alors que pour d'autres ils considéraient que leur histoire ne valait pas la peine d'être entendue puisque « d'autres auraient vécu des choses bien pires ».

La première phase de témoignages a donné lieu à des moments hauts en émotion. Entre les pleurs, les crises de panique, puisqu'il est parfois très douloureux de se rappeler certains événements reliés à la répression politique, et les histoires frôlant l'horreur, il a été possible de tracer un portrait assez déplorable des répercussions que peut avoir la violence politique de l'État.

Alors qu'autrefois il était possible d'occuper des lieux publics, des bureaux de ministres, et autres espaces symboliques, aujourd'hui nous en sommes arrivés à normaliser la présence d'une armée de policiers bloquant le chemin à quiconque veut user de l'espace social à des fins contestataires.

Alors que la commission tient sa deuxième vague d'audiences montréalaises les 16 et 17 janvier à l'UQAM (preuve que malgré les réticences à témoigner, les histoires de répression sont hélas très nombreuses), le contexte social et politique actuel du Québec illustre parfaitement la nécessité d'une telle initiative.

Si syndicats, groupes communautaires, étudiants et société civile promettent une mobilisation monstre contre les mesures d'austérité du gouvernement Couillard pour 2015, le souvenir du printemps érable est encore frais dans toutes les mémoires. Comprendre les nouveaux paradigmes de la répression, comment ceux-ci s'articulent et comment y faire face sera une nécessité pour le futur des mouvements sociaux. Un rapport comme celui que produira la CPRP se serait avéré un outil critique dans l'analyse tactique d'une telle mobilisation.

S'il semble qu'il est un peu trop tard pour qu'il serve la mobilisation de 2015, parions qu'il se révélera utile dans un avenir rapproché, le mandat libéral ne se terminant qu'en octobre 2018 et les coupures qui semblent le caractériser promettant de nombreuses autres raisons de s'indigner.

Brice Dansereau-Olivier (porte-parole de la CPRP) et Adis Simidzija (Responsable des communications de la CPRP)

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