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Cours de sémantique 101 destiné aux médias de masse

20/11/2014 09:06 EST | Actualisé 20/01/2015 05:12 EST

Chers médias de masse, puisque certains de vos journalistes semblent manquer de vocabulaire pour relater les faits, laissez-moi vous donner un cours de sémantique 101.

Il serait intéressant pour l'amour de vos lecteurs de rapporter une information juste, précise et vérifiée. Pour ce faire il est très important d'utiliser les bons mots pour décrire les bonnes choses. Si vous parlez à vos lecteurs de pommes, mais que vous écrivez « banane » à chaque fois, il est fort probable que ceux-ci ne sachent pas de quoi vous parlez. Ou peut-être, certains plus futés, penseront-ils que vous parlez de bananes alors que vous voulez leur parler de pommes. Vous me suivez ?

Les mots prennent une place importante, quoique très symbolique, dans les rapports humains. Jacques Lacan, célèbre psychanalyste français, disait du langage qu'il « structure tout de la relation interhumaine ». Il faut donc en déduire que les mots sont l'aspect le plus important dans la compréhension des choses impliquant des êtres humains.

De surcroît, l'humain s'est doté de symboles afin de pouvoir communiquer adéquatement. Malgré tout, dans notre beau Québec ostentatoirement austère, il se trouve que près de la moitié de la population est analphabète. Je m'efforce de croire que dans cette proportion il n'y a pas de journaliste.

Malheureusement, nous sommes forcés de constater que si certains de vos journalistes ne sont pas analphabètes, ils font preuve de beaucoup de mauvaise foi lorsque vient le temps de couvrir certains événements. L'exemple de la couverture journalistique des manifestations organisées par certains groupes qui n'ont pas la cote auprès du grand public est un parfait exemple. Vos journalistes font appel à un cocktail explosif composé de mauvaise foi parfumée de rigueur et de désinformation. Certes cela fait vendre, mais avec une telle approche vous ne contribuez pas à combattre l'analphabétisme. Au contraire, vous contribuez à créer une insidieuse construction de l'opinion publique.

Il est donc primordial de diversifier le vocabulaire de certains de vos employés qui auraient grandement besoin de retourner sur les bancs d'école, pendant que nous sommes dans la rue, afin d'apprendre qu'«action» et «manifestation» ne sont pas des synonymes. Bref, qu'une pomme ce n'est pas une orange, même si les deux sont des fruits et que pour beaucoup de daltoniens ils sont de la même couleur.

Ce retour sur les bancs d'école serait d'autant plus nécessaire afin de réapprendre ce qu'est l'éthique journalistique. Par exemple, lorsque le journaliste Pierre Saint-Arnaud accompagne sur son compte Twitter son article d'un message moqueur en écrivant « permettez-moi de suggérer un nouveau mot minifestation », il manque tristement à l'éthique journalistique. Il serait intéressant d'informer ce journaliste qu'il n'a pas besoin d'inventer des nouveaux mots. Ils existent déjà. Il était partout placardé que c'était une journée d'actions.

Une action selon le dictionnaire Larousse est « un événement dont le déroulement dans le temps et les implications plus ou moins prévues constituent l'œuvre même. » Selon ce même Larousse une manifestation est un « Rassemblement, défilé de personnes, organisé, en un lieu donné, sur la voie publique, ayant un caractère revendicatif ou symbolique. » Or, nulle part il n'était indiqué « manifestation » pour les deux événements auxquels M. Saint-Arnaud fait référence. C'étaient plutôt des actions.

Il faut le rappeler, il est très dangereux d'avoir des journalistes analphabètes ou avec une mauvaise foi disproportionnée, surtout lorsqu'on sait que les médias de masse sont, comme le sociologue Pierre Bourdieu s'était efforcé à démontrer, un outil extrêmement efficace dans la fabrication de l'opinion publique.

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