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Les enseignants n'ont pas à se mettre le nez dans la boîte à lunch des enfants

04/10/2016 10:49 EDT | Actualisé 05/10/2016 04:58 EDT

Un article publié récemment a mis en lumière le fait que des enseignants, dans la région de Toronto confisquaient certaines collations et empêchaient les élèves de les manger si elles étaient considérées comme «mauvaises pour la santé».

Plusieurs parents sont furieux et ils ont toutes les raisons de l'être. Quand des enseignants décident d'interdire certains aliments dans leur classe, ce n'est jamais une bonne idée.

Voici quelques extraits choisis de l'article en question :

• Des parents de Durham disent que, de plus en plus, les écoles tentent de dicter les aliments qui doivent se retrouver dans le sac des élèves. Certaines collations qualifiées de mauvaises pour la santé ne sont pas permises et, parfois, certains lunchs entiers sont confisqués et retournés à la maison.

• Voici quelques exemples d'aliments et de collations qui sont interdits : craquelins de cheddar en forme de poisson, biscuits pattes d'ours, barres de céréales, fromages à effilocher, gelées desserts, jus en boîte, poudings, collations gélifiées aux fruits, raisins secs, laits au chocolat et croustilles multigrains.

• Tami DeVries indique que son fils, qui fréquente la maternelle, a vu son lunch de saucisson, de fromage et de craquelins être confisqué et remplacé par des Cheerios. De son côté, Alicia Nesbitt était furieuse que sa belle-fille, qui est en première année dans une école de la commission scolaire de Durham Catholic, n'ait pu manger les croustilles qu'elle avait dans sa boîte à lunch, lors de la première semaine de classes.

Les écoles de Toronto comptent déjà plusieurs règlements concernant la nourriture permise dans ses établissements, la plupart étant en lien avec des allergies - aux arachides, par exemple. Mais ces restrictions soulevées dans l'article n'ont rien à voir avec la santé publique. Ce sont des jugements de valeurs, tout simplement.

La situation n'est pas nouvelle. Il semble que, chaque année, ce genre de problèmes arrivent à nos oreilles. Et bien que nous soyons habitués d'entendre de telles choses aux nouvelles, la situation n'est pas acceptable pour autant. Si l'enseignant d'un de mes enfants en venait à faire quelque chose du genre, je serais hors de moi. Voici pourquoi.

L'«humiliation alimentaire», envers les enfants et les parents, est dégoûtante

La salle de classe devrait être un endroit où l'enfant se sent à l'aise et en sécurité. En lui confisquant ce qu'il a à manger, il aura faim. Quel mauvais exemple lui donnons-nous en l'humiliant à cause de ce qu'il mange (surtout que c'est quelque chose qu'il contrôle à peine).

En empêchant un enfant de manger ce qui lui a été préparé, l'enseignant n'insulte pas seulement ses parents, mais il donne aussi une image négative de la classe et de l'école. L'enfant à qui l'on vient de dire que la collation n'est pas appropriée - alors que d'autres continuent à manger sans problème - vivra de la honte et de l'embarras.

Dire à un enfant qu'il est préférable d'avoir faim plutôt que de manger est injuste

Évidemment! Les enseignants sont supposés être en poste parce qu'ils ont à cœur le bien-être des enfants. Pourquoi laisseraient-ils certains d'entre eux avoir faim? Pourquoi leur dirait-on qu'il vaut mieux endurer la faim que de manger certains aliments? Au-delà des questions morales, pensons aux simples résultats scolaires. Il est prouvé qu'un enfant qui a faim a du mal à se concentrer et à retenir ce qu'on lui enseigne.

On ne connaît pas toujours la situation d'un enfant

L'école n'a parfois aucune idée si la famille d'un élève a recours à une banque alimentaire. Peut-être que, cette semaine-là, ils ont reçu des biscuits pattes d'ours et des barres de céréales. Peut-être même que la famille vit dans un centre d'hébergement, à l'insu de l'école. Peut-être que les parents ont choisi de faire l'impasse sur LEUR collation afin que leur enfant puisse manger ce muffin à l'école. Personne n'a le droit de dire à un enfant qu'il ne peut manger ce qui sera peut-être la seule collation de sa journée.

Démoniser la nourriture est un très mauvais exemple à donner aux enfants

Dans le cadre de mon travail, je le répète souvent : il n'y a pas de «mauvais» aliments. Pourtant, avec des histoires comme celle-là, on insiste vraiment sur la dichotomie entre le bien et le mal...

Nous devrions apprendre à nos enfants que tous les aliments ont une place dans notre alimentation. Bien sûr, tous ne sont pas nutritifs, mais si nous voulons que nos enfants grandissent avec une attitude saine envers l'alimentation, il ne faut surtout pas leur dire qu'il vaut mieux avoir faim que de manger de «mauvais» aliments.

Qui décident de ce qui est bon ou mauvais pour la santé?

Les restrictions alimentaires liées aux allergies sont basées sur des faits : plusieurs enfants peuvent avoir des réactions allergiques, donc l'aliment est banni.

Confisquer des aliments sur la base de ce qui est bon ou mauvais pour la santé demeure arbitraire. On retire même un pain aux bananes préparé par les parents? C'est absurde! Même avec tout le bagage nutritionnel que je possède, je serais embêtée de dire à un enfant qu'il ne peut pas manger sa collation que ses parents ont prévu pour lui. Si les écoles veulent imposer davantage de restrictions sur le contenu des lunchs des élèves, il faut que les parents soient consultés et que toute la commission scolaire danse sur le même pied. On ne peut pas s'en remettre qu'à certains professeurs.

Et un petit message à l'enseignant qui a remplacé les craquelins et le fromage par des Cheerios : très mauvais choix. Vous ne connaissez visiblement rien à la nutrition.

C'est la diète complète qui importe

Il arrive que mes enfants aient de la malbouffe dans leur boîte à lunch. Parce que ça leur fait plaisir. Ils aiment les Oreo, tout comme moi d'ailleurs. Mais en bout de ligne, ils jouissent d'une diète équilibrée et nutritive. Est-ce que l'école sait ce qu'ils mangent lors des deux repas qu'ils prennent à l'extérieur de l'école? Non. Savent-ils même s'ils mangent à l'extérieur de l'école? Non. Les enseignants n'ont pas à se mettre le nez dans la boîte à lunch des enfants. S'ils s'inquiètent de quelque chose, ils n'ont qu'à avoir une discussion avec les parents. Les enfants n'ont pas à être mêlés à ça.

Les écoles devraient inclure une formation nutritionnelle. Elles devraient apprendre aux enfants à cuisiner, à lire les étiquettes nutritionnelles, à équilibrer les repas. Mais confisquer des éléments de lunchs, c'est une honte qui a de graves répercussions sur nos enfants.

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Ce billet initialement publié sur le Huffington Post États-Unis a été traduit de l'anglais.

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