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Budget: Quand la réalité vous rattrape...

22/11/2012 03:28 EST | Actualisé 22/01/2013 05:12 EST
PC

Dans une province où la politique générait davantage de doutes et de suspicion que d'enthousiasme, à une époque où la préciosité de la confiance était inversement proportionnelle à sa rareté, un gouvernement nouvellement élu s'apprêtait à dévoiler les détails de son premier budget.

Au cours de sa trajectoire vers le pouvoir, ce gouvernement et ses membres les plus influents avaient dit bien des choses. Ils avaient multiplié les déclarations-chocs et additionné les promesses. Les attentes qu'ils avaient suscitées étaient, c'est le moins que l'on puisse dire, élevées. Dans le portrait qu'ils s'appliquaient à dresser de la province, nulle trace de défis annonciateurs de choix déchirants. Ils décrivaient un monde aux accents manichéens ; dans leur univers, le secteur privé était bien casé du mauvais côté du tableau, et la pertinence d'une décision se mesurait comme une fonction de leur seule popularité.

Il s'agit d'une histoire typique de campagne électorale. Une campagne électorale dans laquelle un parti d'opposition n'ayant pas à assumer les conséquences de ses dires avant d'avoir gagné une pluralité de sièges à l'Assemblée nationale donne la priorité absolue à son agenda politique. Même lorsque cela nécessite d'ignorer d'importantes -- bien que souvent pénibles -- vérités à propos du contexte économique global dans lequel une société évolue.

Il n'y a que quelques mois, alors que le tout Québec politique procédait à l'invasion de nos fêtes de quartier et de nos émissions de télévision quotidiennes, les candidats du Parti Québécois n'ont manqué aucune occasion de manifester leur opposition à la quasi-totalité des propositions économiques mises de l'avant par le gouvernement sortant.

En août, ils démonisaient le Fonds des Générations, qu'ils qualifiaient de « Fonds des illusions » et qu'ils promettaient d'abolir aussitôt qu'ils auraient posé pied dans les escaliers de l'édifice Honoré-Mercier. Mardi, ils ont choisi de le maintenir, reconnaissant implicitement qu'il s'agit d'une pierre d'assise de la crédibilité du Québec en termes de gestion de la dette publique. Une fois la responsabilité des finances québécoises entre leurs mains, ils ont dû accepté que province n'a ni les moyens de se priver de l'effet de levier qu'il génère, ni ceux de voir la confiance des agences de notation de crédit flétrir en l'absence de ce mécanisme qui nous assure d'une stratégie à long terme de remboursement de la dette.

En août, s'indignant des modifications apportées par le gouvernement libéral au régime de redevances minières, ils juraient qu'ils n'accepteraient jamais que le Québec taxe les compagnies minières sur leurs profits, plutôt que sur leurs revenus globaux. Ils assuraient aux Québécois que le régime actuel ne leur permettait pas de toucher leur juste part de l'extraction de minerai sur leur territoire. Ce message était au coeur de l'une de leurs publicités les plus vindicatives, diffusées sur l'ensemble des grands réseaux télévisés. Mardi, ils ont dû se résoudre à laisser intact le régime de redevances, invoquant que des changements -- incluant ceux qu'ils réclamaient sans gêne quelques semaines plus tôt -- nécessitaient d'être soumis à de plus amples examens avant d'être considérés.

En août, ils scandaient que la Caisse de dépôt et de placement devait conjuguer davantage sa stratégie avec celle du gouvernement, et assujettir ses actions aux ambitions de ce dernier. Mardi, ils ont concédé qu'en empruntant cette voie, ils susciteraient l'inquiétude et la méfiance des marchés, ébranlant ainsi les perspectives de l'économie québécoise.

En août, ils se disaient inquiets de la situation financière des travailleurs expérimentés, âgés de plus de 65 ans. Mardi, ils ont choisi de couper les exemptions d'impôts que ces derniers pouvaient toucher sur leurs revenus de travail.

En août, ils disaient tant de choses... Mardi, ils ont appris que lorsque l'on aspire à prendre les commandes d'une société aussi complexe que la nôtre, les promesses populaires ne sont pas toujours les meilleures. Et que les meilleures promesses ne sont pas toujours les plus populaires.

Plusieurs leçons pourraient être tirées de cette histoire. J'espère cependant que parmi elles, l'une sera retenue : même en mettant tous ses efforts à tenter de lui échapper pendant les trente-trois jours que dure une campagne électorale, la réalité finit toujours par nous rattraper. Particulièrement lorsque l'on devient responsable des finances publiques d'une province de près de 8 millions d'habitants, et dont la prospérité est sujette aux fluctuations d'une économie mondiale précaire, aux aléas d'un déclin démographique imminent et à une compétition de plus en plus féroce sur les marchés qui ont désormais une portée internationale.

Ce qui me désole le plus dans le budget déposé par M. Marceau mardi dernier, ce n'est pas le fait qu'il a officialisé le recul du gouvernement sur l'agenda utopiste qu'il avait présenté en campagne électorale. Bien au contraire, je ne peux que soupirer de soulagement à l'idée que la Caisse de dépôt et placement demeure à l'abri de toute influence politique, que le Fonds des Générations ait survécu au changement de gouvernement, que l'équilibre budgétaire soit toujours l'objectif pour 2013-14... Évidemment, je ne prétendrai pas ne pas m'inquiéter du manque de vision en termes de développement économique qui entoure le dépôt du budget, des perspectives outrageusement optimistes de croissance (2 % pour 2014-15) sur laquelle les projections du ministre des Finances se basent, ni de la décision de geler les droits de scolarité et de reléguer aux oubliettes les récentes modifications au programme d'Aide financière aux études, particulièrement du programme de remboursement proportionnel au revenu. Mais tel n'est pas l'objectif de ce blogue.

Ce qui me désole le plus à propos du budget Marceau, c'est qu'il confirme que le Parti québécois a centré sa campagne électorale sur des promesses qu'il savait être irresponsables et irréalisables. C'est que, sachant que les contraintes économiques ne sont pas un bon outil de vente, il a choisi d'oublier la réalité pendant 33 jours et de démoniser ceux qui n'ont pas adopté cette stratégie. Ce faisant, ils ont attaqué des propositions venant de leurs adversaires, en étant tout à fait conscients qu'ils auraient sans doute à les mettre en place s'il accédait au poste du gouvernement.

Et ironiquement, ils l'ont fait en déplorant l'intensification du cynisme de la population face au monde politique.

Une campagne électorale ne devrait jamais être vue comme une opportunité de prendre une pause de la réalité, même s'il est plus facile de prétendre qu'elle n'existe pas.

Les faits saillants du 1er budget Marceau


Les coulisses du budget


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