Dans une province où la politique générait davantage de doutes et de suspicion que d'enthousiasme, à une époque où la préciosité de la confiance était inversement proportionnelle à sa rareté, un gouvernement nouvellement élu s'apprêtait à dévoiler les détails de son premier budget.
Au cours de sa trajectoire vers le pouvoir, ce gouvernement et ses membres les plus influents avaient dit bien des choses. Ils avaient multiplié les déclarations-chocs et additionné les promesses. Les attentes qu'ils avaient suscitées étaient, c'est le moins que l'on puisse dire, élevées. Dans le portrait qu'ils s'appliquaient à dresser de la province, nulle trace de défis annonciateurs de choix déchirants. Ils décrivaient un monde aux accents manichéens ; dans leur univers, le secteur privé était bien casé du mauvais côté du tableau, et la pertinence d'une décision se mesurait comme une fonction de leur seule popularité.
Il s'agit d'une histoire typique de campagne électorale. Une campagne électorale dans laquelle un parti d'opposition n'ayant pas à assumer les conséquences de ses dires avant d'avoir gagné une pluralité de sièges à l'Assemblée nationale donne la priorité absolue à son agenda politique. Même lorsque cela nécessite d'ignorer d'importantes -- bien que souvent pénibles -- vérités à propos du contexte économique global dans lequel une société évolue.
Il n'y a que quelques mois, alors que le tout Québec politique procédait à l'invasion de nos fêtes de quartier et de nos émissions de télévision quotidiennes, les candidats du Parti Québécois n'ont manqué aucune occasion de manifester leur opposition à la quasi-totalité des propositions économiques mises de l'avant par le gouvernement sortant.
En août, ils démonisaient le Fonds des Générations, qu'ils qualifiaient de « Fonds des illusions » et qu'ils promettaient d'abolir aussitôt qu'ils auraient posé pied dans les escaliers de l'édifice Honoré-Mercier. Mardi, ils ont choisi de le maintenir, reconnaissant implicitement qu'il s'agit d'une pierre d'assise de la crédibilité du Québec en termes de gestion de la dette publique. Une fois la responsabilité des finances québécoises entre leurs mains, ils ont dû accepté que province n'a ni les moyens de se priver de l'effet de levier qu'il génère, ni ceux de voir la confiance des agences de notation de crédit flétrir en l'absence de ce mécanisme qui nous assure d'une stratégie à long terme de remboursement de la dette.
En août, s'indignant des modifications apportées par le gouvernement libéral au régime de redevances minières, ils juraient qu'ils n'accepteraient jamais que le Québec taxe les compagnies minières sur leurs profits, plutôt que sur leurs revenus globaux. Ils assuraient aux Québécois que le régime actuel ne leur permettait pas de toucher leur juste part de l'extraction de minerai sur leur territoire. Ce message était au coeur de l'une de leurs publicités les plus vindicatives, diffusées sur l'ensemble des grands réseaux télévisés. Mardi, ils ont dû se résoudre à laisser intact le régime de redevances, invoquant que des changements -- incluant ceux qu'ils réclamaient sans gêne quelques semaines plus tôt -- nécessitaient d'être soumis à de plus amples examens avant d'être considérés.
En août, ils scandaient que la Caisse de dépôt et de placement devait conjuguer davantage sa stratégie avec celle du gouvernement, et assujettir ses actions aux ambitions de ce dernier. Mardi, ils ont concédé qu'en empruntant cette voie, ils susciteraient l'inquiétude et la méfiance des marchés, ébranlant ainsi les perspectives de l'économie québécoise.
En août, ils se disaient inquiets de la situation financière des travailleurs expérimentés, âgés de plus de 65 ans. Mardi, ils ont choisi de couper les exemptions d'impôts que ces derniers pouvaient toucher sur leurs revenus de travail.
En août, ils disaient tant de choses... Mardi, ils ont appris que lorsque l'on aspire à prendre les commandes d'une société aussi complexe que la nôtre, les promesses populaires ne sont pas toujours les meilleures. Et que les meilleures promesses ne sont pas toujours les plus populaires.
Plusieurs leçons pourraient être tirées de cette histoire. J'espère cependant que parmi elles, l'une sera retenue : même en mettant tous ses efforts à tenter de lui échapper pendant les trente-trois jours que dure une campagne électorale, la réalité finit toujours par nous rattraper. Particulièrement lorsque l'on devient responsable des finances publiques d'une province de près de 8 millions d'habitants, et dont la prospérité est sujette aux fluctuations d'une économie mondiale précaire, aux aléas d'un déclin démographique imminent et à une compétition de plus en plus féroce sur les marchés qui ont désormais une portée internationale.
Ce qui me désole le plus dans le budget déposé par M. Marceau mardi dernier, ce n'est pas le fait qu'il a officialisé le recul du gouvernement sur l'agenda utopiste qu'il avait présenté en campagne électorale. Bien au contraire, je ne peux que soupirer de soulagement à l'idée que la Caisse de dépôt et placement demeure à l'abri de toute influence politique, que le Fonds des Générations ait survécu au changement de gouvernement, que l'équilibre budgétaire soit toujours l'objectif pour 2013-14... Évidemment, je ne prétendrai pas ne pas m'inquiéter du manque de vision en termes de développement économique qui entoure le dépôt du budget, des perspectives outrageusement optimistes de croissance (2 % pour 2014-15) sur laquelle les projections du ministre des Finances se basent, ni de la décision de geler les droits de scolarité et de reléguer aux oubliettes les récentes modifications au programme d'Aide financière aux études, particulièrement du programme de remboursement proportionnel au revenu. Mais tel n'est pas l'objectif de ce blogue.
Ce qui me désole le plus à propos du budget Marceau, c'est qu'il confirme que le Parti québécois a centré sa campagne électorale sur des promesses qu'il savait être irresponsables et irréalisables. C'est que, sachant que les contraintes économiques ne sont pas un bon outil de vente, il a choisi d'oublier la réalité pendant 33 jours et de démoniser ceux qui n'ont pas adopté cette stratégie. Ce faisant, ils ont attaqué des propositions venant de leurs adversaires, en étant tout à fait conscients qu'ils auraient sans doute à les mettre en place s'il accédait au poste du gouvernement.
Et ironiquement, ils l'ont fait en déplorant l'intensification du cynisme de la population face au monde politique.
Une campagne électorale ne devrait jamais être vue comme une opportunité de prendre une pause de la réalité, même s'il est plus facile de prétendre qu'elle n'existe pas.
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"Selon la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement, «c'est une mesure politique et pas nécessairement pédagogique». «Cette annonce-là a pris tout le monde par surprise. On parle quand même d'un quart de milliard! Les milieux n'ont pas été consultés. Ça ne correspond pas aux besoins», affirme Lorraine Normand-Charbonneau, présidente de la Fédération."
Qu'on pense aussi aux 60 millions gaspillés pour l'informatisation du Curateur public, sans AUCUN RÉSULTAT ! Aucun résultat, aucun résultat, ZÉRO !
L'indépendance de la CDPQ, quelle farce ! Le patapouf voulait qu'elle prenne plus de risques, il s'en est mêlé et cela nous a coûté 40 milliards.
Les extras au MTQ dont la Commission Charbonneau commence à parler. Vous vivez sur quelle planète vous au juste ?
Le patapouf a pris neuf ans de pause avec la réalité et vous blâmez les autres !
Ils se doutaient bien des ravages des dix dernières années masqués par le PR (corruption tout azimuth, saccage de la fonction publique...).
Obamarois fait ce qu'elle peut pour vivre avec cet héritage.
'La tromperie est l'essence du parti quebecois, c'est la seule carte qu'ils ont pour tenter de nous vendre leur projet utopique.
http://www.ledevoir.com/politique/quebec/345342/droits-de-scolarite-les-jeunes-liberaux-reaffirment-leur-appui-a-la-hausse
Tu parles d'une impartialité journalistique!
Le PLQ , désemparé, ne pouvait pas se permettre de battre le gouvernement Marois. Le gouvernement Marois a tout simplement manqué d'audace.
WOW!! Je ne savais pas qu'elle avait perdu le droit d'écrire sur ce qu'elle veut. Ce n'est pas p.c.q. elle est à Toronto quelle est moins Québécoise que toi!!
Oubli pas que la majorité des Québécois (et Québécoises) n'ont PAS voté pour ce gouvernement souverainiste et que 70% ne vôteraient PAS pour la souveraineté.