Christine E.Laprade

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Des grands noms du design refusent de participer à la Semaine Mode Montréal

Publication: 07/02/2013 14:35

Montréal, assieds toi, j'ai quelque chose à te dire. En fait c'est bien simple, dans mon estomac, un nœud il y a. Comme lorsqu'on s'apprête à discuter d'un enjeu important avec un être qu'on aime.

Ma mission? Découvrir pourquoi les « grands noms de la mode québécoise » brillent par leur absence cette saison ci.

Les grands journaux montréalais l'ont tous souligné au lendemain de l'inauguration de la SMM (Semaine Mode Montréal) : Où sont les Denis Gagnon & Marie Saint Pierre, où sont les figures de proue du milieu, celles qui brillaient par tant de critiques élogieuses à leur égard lors de la dernière saison?

En septembre 2012, j'ai eu plusieurs coups de cœur : Unttld, Anastasia Lomonova, Tavan & Mitto, Duy, Denis Gagnon. La SMM fût dans son ensemble une réussite, je tiens à le souligner.
Par contre cette saison ci, c'est le manque de tête d'affiches qui fait jaser dans le milieu. Les optimistes disent garder l'œil ouvert car le moment est parfait pour découvrir une multitude de talents émergeants, dont Pedram Karimi.

Pourquoi donc Denis Gagnon est-il absent cette saison ci? Ce dernier affirme que des problèmes de production sont à blâmer.

Qu'en est-il de la griffe Marie Saint Pierre, un pilier de la mode québécoise? « Marie Saint Pierre a toujours fait partie de la SMM et cette saison, les budgets et efforts alloués à la promotion ont plutôt été alloués au développement de marchés extérieurs ».

Anomal Couture, qui a fait un tabac en septembre dernier lors de son défilé, mentionne que le retour non considérable par rapport aux nombreux investissements financiers ne lui rapporte « absolument rien de concret » autre que de satisfaire son égo de créatrice et de faire plaisir au public, qu'elle « respecte énormément ».

Chez Tavan & Mitto on affirme que c'est un manque de temps et de financement qui est à blâmer.
Lorsque j'ai approfondi mes recherches, j'ai découvert en fait trois solitudes : le groupe organisateur soit le Groupe Sensation Mode, les créateurs et les acheteurs.

Chacun a sa propre théorie sur le sujet.
J'ai sondé quelques acheteurs clés sur la raison principale de leur soit disant « snobisme » par rapport à la SMM. Quelques théories raisonnent davantage. En voici deux :
Dixit un magasin prestigieux Montréalais qui souhaite rester anonyme : « Nos clients ne voient tout simplement pas pourquoi ils paieraient presque le même prix entre un créateur québécois et un designer italien haut de gamme . La confection n'est simplement pas comparable. »
Un autre dirigeant d'une boutique de luxe des Cours Mont Royal affirme qu'il remet en cause la confection des designs québécois de manière générale et que nos créateurs « ne suivent pas les tendances ». « Ils sont généralement en retard... par exemple, je suis convaincu que cette saison ci le péplum sera au rendez-vous ».

Résumons. Les designers manquent de financement, ne présentent pas car criant manque d'acheteurs il y a. Les acheteurs manquent à l'appel car ceux-ci croient que leur clientèle québécoise préfère la jouer simplissime en achetant des marques largement établies.
J'ai rejoint Chantal Durivage, co-présidente du Groupe Sensation Mode, au téléphone. D'emblée, Mme Durivage m'informe « être parfaitement consciente de la réalité du milieu» et du contexte économique mondial qui règne. En effet, le Groupe Sensation Mode est dernièrement allé chercher le géant Target comme commanditaire, ce qui n'est pas peu dire! Un grand pas en avant pour le Québec. Lorsqu'on aborde le climat économique, Chantal Durivage mentionne la mise en place d'une bourse de $25 000 qui a justement pour but de venir en aide aux designers émergeants. De plus, certaines mesures furent mises en place afin de rendre accessible la passerelle à un plus vaste nombre de créateurs de mode : le Groupe Sensation Mode a baissé de moitié les frais de participation et « compte préserver ce format ».

Elle mentionne que certains acheteurs ont leurs habitudes (par exemple passer outre Montréal pour aller directement acheter à New York) et que leur clientèle a aussi ses habitudes et que certains acheteurs ne sont même pas au courant qu'il existe bel et bien une semaine de la mode à Montréal.
C'est que les grands joueurs tels que Zara et H&M grugent une partie importante du marché, comme partout ailleurs au monde. Sauf que le milieu québécois est particulièrement fragile.
Cela dit, cet exercice, qui vous est ici présenté, consiste fondamentalement à construire des ponts au sein de ces trois entités distinctes.

Mathieu De Latour, de M De Latour Média, m'évoque sa théorie : « Depuis quelques années, on remarque un manque d'intérêt de la part des designers basés à Montréal à dévoiler leur nouvelle collection dans le cadre de la Semaine Mode Montréal. Pour ma part, je crois que le tout est dû simplement au fait que nos créateurs sont refroidis par le manque criant d'acheteurs présents à cette semaine événementielle. Par expérience et à coûts presque similaires, la World Master Card Fashion - Semaine Mode Torontoise - procure un retour sur investissement quasi assuré... ».

Élaine Léveillé, qui a œuvré au sein de la Délégation des Designers Québécois à Toronto croit entre autres que les opportunités d'affaires se sont maintenant déplacé vers Paris, Londres ou New York.
Comme si l'histoire était déjà impossible à suivre sans son deuxième(ou troisième) café de la journée, voilà que certains bloggeurs désirant demeurer anonymes s'époumonent sur la vente de billets rendu accessible au grand public : « si on souhaite vendre des fringues, il faudrait s'assurer d'asseoir les bloggeurs au premier rang des défilés car nous sommes le pont entre le public et les créateurs. Nous sommes leurs représentants sur les réseaux sociaux. »
Quoi qu'il en soit, une certitude demeure : la SMM n'est plus ce qu'elle était. Acheteurs, oubliez les défilés comprenant strictement du prêt à porter de ces dernières années : Montréal, la belle, a bien changé.

J'ai véritablement foi en Unttld, Helmer, Duy & Pedram Karimi... Martin Lim, Tavan & Mitto, Melissa Nepton, pour ne nommer que quelques exemples, ont fait leurs preuves...

La mode québécoise n'est plus ce qu'elle était et n'a plus rien à voir avec ses prédécesseurs.
Acheteurs, donnez leur une chance!

Consommateur québécois, soyez solidaires, faites vos devoirs, allez visiter les sites internet des créateurs québécois, informez-vous de leurs points de ventes, de leur gammes de prix.
Créateurs, rendez-vous accessibles en ayant une présence sur le web et soyez à l'affût des plus fines tendances! Portez soin à votre confection.

Médias, soutenez l'industrie québécoise et soulignez les bons coups!
Mais au final, chers lecteurs, sachez que votre imputabilité se résume à acheter du made in Quebec- ou pas.

 

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