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Alors, qu'est-ce qu'on fait?

05/05/2014 11:25 EDT | Actualisé 05/07/2014 05:12 EDT

L'élection du 7 avril est loin derrière. Le Parti libéral du Québec est retourné au pouvoir de façon majoritaire, fort de 70 député(e)s élu(e)s. Le Parti québécois a mordu la poussière, avec une perte sèche de 24 député(e)s, et Québec solidaire a conservé ses acquis en plus de faire élire un troisième député. La CAQ a conservé ses 22 sièges, notamment dans la couronne nord de Montréal et dans la région de Québec. Pauline Marois a tiré sa révérence, n'étant pas réélue dans son comté, et Philippe Couillard, notre nouveau premier ministre, a grandement aidé le Lac-Saint-Jean à virer au rouge. Voici donc l'état des forces.

Je souhaitais tout d'abord faire l'autopsie de cette défaite cinglante, mais je ne vois plus en quoi cela serait pertinent. Tout a été dit, analysé, décortiqué en profondeur, et certains coupables vont se faire montrer la porte, ou en tout cas nous l'espérons (bonjour, stratèges politiques du PQ et garde rapprochée de Pauline Marois!) Bref, on commence à bien comprendre pourquoi cela a foiré.

Donc, la seule chose qui reste à faire, c'est se mettre d'accord sur « quoi faire » ensuite! À peine quelques minutes après l'annonce de Patrice Roy à Radio-Canada concernant l'élection d'un gouvernement libéral majoritaire, une pétition demandant le changement du mode de scrutin actuel en une formule plus proportionnelle circulait sur les réseaux sociaux et sur les z'Internets. Cette pétition (hébergée par le site aavaz.org) est rendue à presque 86 700 signatures, mais en quelques heures le 4 avril dernier, 40 000 signatures avaient été recueillies. Si la collecte des signatures s'est beaucoup ralentie, puisque le temps passe et que les sujets abondent, il n'en reste pas moins que la volonté populaire de changement à ce sujet est bel et bien présente. Et qu'il serait complètement ridicule de ne pas surfer sur cette vague pour se préparer aux prochaines élections...

Honnêtement, on va se dire les vraies affaires : Si les Libéraux ont été dûment et majoritairement élus et que le PQ s'est fait rincer au niveau de la députation, le gouvernement actuel a été élu par un peu plus de 40% du vote populaire. Dans aucune école, dans aucun test professionnel, bref dans n'importe quoi d'autre, ce score ne passe pas. Mais ici, grâce à ce cher mode de scrutin hérité d'une époque où les calèches n'étaient pas une attraction touristique, mais un moyen de transport obligé, c'est un score sans appel. Alors qu'on le voit bien selon cet article du Devoir concernant la redistribution des sièges selon un système de votation proportionnel: le PLQ obtiendrait 52 sièges, le PQ 32, la CAQ 29, 9 pour QS, 1 pour Option nationale, 1 pour les Verts et un dernier pour les autres. Bref, tous les partis gagnent des sièges, sauf les Libéraux qui en perdent...18!!! La députation serait beaucoup plus représentative des suffrages exprimés lors de l'élection, et en plus, le gouvernement libéral serait...minoritaire! Il devrait donc, comme c'est le cas dans plusieurs pays d'Europe, s'allier avec d'autres partis sporadiquement selon les dossiers en cours pour faire passer ses orientations. Et c'est cela, la base de la politique : le compromis et la négociation, et non les promesses à tout vent et les « trous » trouvés dans les budgets pour justifier de ne pas les tenir...

Lorsqu'on pense à la « gauche » québécoise, les militants sont extrêmement divisés dans différents partis politiques, selon qu'ils soient plus souverainistes, plus écolos, plus socio-démocrates, plus radicaux, plus modérés, etc. Cette division fait le jeu de nos adversaires, c'est un fait avéré. Le problème restant le même, à savoir que la multitude des revendications exprimées empêche un large consensus de se former, il faut cesser de voir ce qui nous divise et miser sur ce qui nous rassemble!!

Alors, quizz 101 : quels sont les deux principaux points sur lesquels tous les partis dits « de gauche » s'entendent? L'indépendance du Québec et la désuétude du mode de scrutin. S'il est manifeste que le premier, à l'heure actuelle, ne passe pas très bien dans la population (et ce, peu importent les raisons, même si c'est selon moi en grande partie dû au manque d'informations qui circulent, à une stratégie marketing déficiente et au manque de convictions affichées des leaders de l'option plus qu'à un refus des Québécois), le second trouverait un écho très favorable.

Soyons réalistes : pour des raisons évidentes, le PLQ ne changera jamais le mode de scrutin. La seule façon de le changer, c'est d'accéder au pouvoir de façon majoritaire. Autrement dit, pour changer la « game », il faut être dans la « game ». Et pour être dans la « game », il va falloir se la jouer stratégique. Si on retourne aux urnes dans quatre ans avec la situation actuelle, c'est encore le PLQ qui passe, et le mode de scrutin reste inchangé. Il faut donc minimalement une alliance entre les principaux partis de « gauche » ou de « centre-gauche » (ou peut s'enfarger les pieds dans les fleurs du tapis sur la sémantique, mais on pourrait aussi ne pas le faire) pour réaliser un objectif principal et surtout, commun : réformer le mode de scrutin actuel en un système à tout le moins plus proportionnel. Le problème, c'est qu'à l'heure actuelle, une alliance semble aussi probable qu'un retour de la série Watatatow au petit écran version 2014, avec uniquement des candidat(e)s gagnant(e)s ou défait(e)s de La Voix. Bref, ça n'augure pas bien. Mais qui sait, à force de le dire, ça se fera peut-être? Ce qui est sûr, c'est que quiconque souhaite s'engager dans cette voie a mon appui total!

Pour finir, un mot, un tout petit mot sur un énorme sujet dont pour l'instant je ne ferai que suivre l'évolution : l'évocation faite par Philippe Couillard d'une Commission pour évaluer la pertinence de vendre Hydro-Québec. On va se dire encore une fois les vraies choses, Philippe: «Pousse, mais pousse égal.» Si vous aviez trouvé que la mobilisation estudiantine avait frappé fort, attendez de voir celle qui suivrait une décision de vendre ce fleuron de notre économie québécoise, cette vache à lait surutilisée par tous les gouvernements depuis sa création. On se le dit, Philippe, pour qu'on ne soit pas obligé de le répéter toujours : si tu vends Hydro-Québec, tu déclenches un combat dont tu n'appréhendes même pas l'ampleur...

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