Charles-Etienne Filion

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Notre No Man's Land

Publication: 23/12/2012 13:19

Selon l'Office québécois de la langue française, le no man's land signifie « littéralement « terre d'aucun homme », (et) désignait à l'origine un endroit d'exécution, sur des terrains vagues, situé au nord de l'enceinte de Londres (...) Le nom no man's land est apparu en français au cours de la Première Guerre mondiale pour parler de la zone inoccupée située entre les premières lignes d'armées ennemies. Dans ce sens propre, ce nom peut être remplacé par les équivalents français zone neutre, terrain neutre, zone inoccupée, entre-lignes, entre-tranchées.

Il est aussi le titre d'un film du réalisateur Danis Tanovic sorti sur les écrans en 2001. Dans ce long métrage sur la guerre de Bosnie-Herzégovine, deux soldats, l'un Serbe et l'autre Bosniaque, se retrouvent coincés ensemble dans un village entre les lignes des deux camps ennemis. Le mental de ces deux soldats est mis à rude épreuve à de nombreuses reprises. Je vous incite à le voir, si ce n'est déjà fait.

Pourquoi je vous parle de no man's land? C'est à la suite d'une discussion politique en famille. En effet, le Québec est à notre avis dans une zone politique floue dont il sera difficile de s'extirper à court ou même à moyen terme. Je m'explique :

Le Canada est présentement dirigé par le Parti Progressiste-Conservateur (PCC) de Stephen Harper. À de nombreuses reprises, il a été possible de constater que les politiques prônées par ce Parti ne conviennent pas à une majorité de Québécois. Les exemples sont frappants : le registre des armes à feu, l'avortement, l'importance accordée à la Reine d'Angleterre, le rôle international du Canada, l'emphase sur la guerre de 1812, les deux projets de loi « omnibus » (aussi appelés « mammouths » parce qu'ils englobent des dizaines de projets de lois touchant à toutes les sphères du gouvernement) dont celui incluant le projet de loi C-10 sur le durcissement des peines pour les jeunes contrevenants, etc. Il serait possible de poursuivre cette énumération sur plusieurs paragraphes.

Au niveau électoral, le Québec ne vote que très peu pour le PCC. En 2006, lorsque Stephen Harper a obtenu pour la première fois les rênes du Canada, 10 député(e)s du PCC ont été élu(e)s dans la Belle Province, avec un taux de votation de 24,6% pour le Parti Conservateur. Il s'agissait du troisième taux de participation par province le plus faible, devant uniquement les Territoires du Nord-Est et le Yukon. En 2008, malgré une opération charme de grande envergure au Québec menée par le PCC, la province a élu le même nombre de député(e)s qu'en 2006, soit 10. Par contre, le pourcentage de votes pour le PCC est descendu à 21,7%, le deuxième plus bas derrière Terre-Neuve-et-Labrador. Finalement, à l'élection de 2011 qui donna la majorité tant souhaitée au Premier Ministre Harper et malgré charme et chantage, la province a coupé de moitié sa députation conservatrice à Ottawa, de 10 à 5 député(e)s. Encore plus parlant, le pourcentage de votes pour le PCC a été le plus bas au Canada, avec 16,5% du total, près de 12% plus bas que la province la plus proche, encore Terre-Neuve-et-Labrador.

Ces chiffres parlent d'eux-mêmes : les politiques conservatrices ne soulèvent pas les foules au Québec, loin s'en faut. Présentement, l'appui des Québécois au PCC tournerait autour de 13%, un chiffre dopé par l'axe Québec-Thedford Mines-Saint-Georges-de-Beauce où l'appui doit parfois frôler le 30-40%, tandis que le reste du Québec doit appuyer le PCC dans un rayon d'entre 5 et 10%. Pire encore, le Parti Conservateur n'a pas réussi, en trois élections, à faire élire un seul député dans la grande région de Montréal, pourtant le poumon économique du Québec. D'où l'impression bien réelle que Stephen Harper a pris les Québécois en grippe et se soucie comme d'une guigne de leur opinion. Pourquoi se soucierait-il d'un peuple qui ne vote pas pour lui, et ce malgré ses efforts de séduction (reconnaissance de la « nation » québécoise, règlement du dossier de la péréquation)?

Du côté de ses adversaires, disons-le tout de « go », ce n'est pas rose. Si le NPD a obtenu grâce à l'appui massif du Québec la plus grosse délégation de son histoire, il y a un énorme pas à franchir avant le rêve du pouvoir. Quant aux Libéraux, sans chef et avec la dégelée reçue aux dernières élections, le rêve d'un Canada libéral est très, très loin. La seule chance pour ces partis? La fusion. Mais ça, c'est une autre histoire. Je passe volontairement le Bloc québécois sous silence, puisque je m'attarde aux partis ayant une chance réelle de prendre le pouvoir.

Le Québec est donc marginalisé plus que jamais à Ottawa. Notre députation NPD, quoi que jeune et combattive, n'a pas l'expérience et pas toujours le talent nécessaire pour faire valoir nos intérêts.

De l'autre côté, l'appui à la souveraineté a atteint un creux historique ces dernières années. Cela se chiffrerait quelque part entre 30 et 35%. Le Québec et les partis qui en font la promotion n'ont jamais aussi peu parlé de souveraineté, jamais si peu expliqué le projet indépendantiste aux nouvelles générations et aux nouveaux arrivants. Un référendum aujourd'hui pourrait sonner le glas du mouvement souverainiste. Par contre, le Québec, tous gouvernements confondus, réclame toujours plus d'autonomie face à Ottawa (récemment, au niveau culturel et sur sa présence à l'international.) Parions que M. Harper ne sera pas chaud à l'idée...

Vous voyez où je veux en venir. Les Québécois refusent de voter pour le PCC parce que ses politiques sont beaucoup plus conservatrices que progressistes. Ils souhaitent peut-être rester dans le Canada, mais pas à n'importe quel prix. Et le Canada d'aujourd'hui, c'est celui de Stephen Harper et du PCC, et ce n'est pas près de changer. Mais les Québécois ne veulent pas non plus se séparer, fonder un pays bien à eux, pour de multiples raisons. Donc, nous ne sommes pas (ou si peu) représentés à Ottawa, et disons que notre poids déclinant dans la Fédération canadienne ne m'incite pas à l'optimisme. Et notre autre choix, se séparer, est en veilleuse, voire sur le respirateur artificiel. Nous sommes donc en plein « no man's land » politique, pris entre deux fronts bien distincts qui ne rallient pas la majorité de la population. Et qu'on se le tienne pour dit : dans cette situation intenable, nous ne pouvons que perdre. Espérons que cette histoire finira mieux que dans le film du même nom...

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  • BUDGET 2012: LES FAITS SAILLANTS

    À la fin de la présente année financière, le déficit s'élèvera à 24,9 milliards $, pour diminuer graduellement afin d'atteindre 1,3 milliard $ en 2014-2015. L'année suivante, le gouvernement prévoit engranger un excédent de 3,4 milliards $. (PC/Sean Kilpatrick)

  • COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES

    Le gouvernement réduit de 5,2 milliards $ les dépenses ministérielles, soit 6,9 pour cent de leur budget, avec des départs de 19 200 fonctionnaires à terme, ce qui représente 4,8 pour cent de la fonction publique fédérale.

  • RADIO-CANADA

    Le gouvernement Harper réduit le financement de CBC/Radio-Canada de 115 millions de dollars sur trois ans, soit des compressions de 10 % du budget.

  • LA CENT DISPARAÎT

    La Monnaie royale canadienne cessera de distribuer la pièce d'un cent à compter de l'automne prochain, ce qui permettra des économies annuelles de 11 millions $. (CP photo)

  • LA LOI ET L'ORDRE

    Le ministère fédéral de la Sécurité publique subira une ponction de 179,4 millions $ en 2012-2013. De cette somme, près de la moitié, soit 85,5 millions $, devra être puisée dans le budget des services correctionnels du Canada. En 2014-2015, les économies devront avoir atteint 295,4 millions $ aux services correctionnels du Canada.

  • ENVIRONNEMENT

    Ottawa entend accélérer les processus d'examen environnemental des grands projets. La Table ronde nationale sur l'environnement et l'écologie, une organisation dont le mandat était de trouver des façons de concilier les considérations environnementales et économiques, est abolie.

  • LIBERTÉ 67

    L'âge d'admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse passe de 65 à 67 ans. Il en est de même pour les prestations du Supplément de revenu garanti, dont bénéficient les personnes âgées démunies. La hausse graduelle de l'âge d'admissibilité à ces prestations débutera en avril 2023 et s'étendra jusqu'en janvier 2029.

  • SANTÉ

    Des compressions de 310 millions de dollars d'ici 2014-2015. Santé Canada et l'Agence de santé publique Canada vont fusionner leurs services administratifs. (Alamy photo)

  • RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

    Le gouvernement annonce une réforme importante de ses programmes d'aide à l'innovation qui se traduira notamment par l'abolition du soutien à la recherche fondamentale et une baisse du crédit d'impôt pour la recherche et le développement.

  • IMMIGRATION

    Le gouvernement compte inciter les entreprises à embaucher des Canadiens avant de recourir aux travailleurs étrangers temporaires. Il veut aussi axer davantage le système d'immigration sur les besoins du marché du travail. (pwenzel on Flickr)

  • AFFAIRES ÉTRANGÈRES

    Le ministère des Affaires étrangères devra vendre certaines résidences, réduire son parc automobile, revoir les allocations de ses employés. Le Canada se retirera de certaines organisations internationales non identifiées jugées non «pertinentes à ses intérêts et priorités». (Amos Ben Gershom/GPO via Getty Images)

  • DÉFENSE

    Le portefeuille de la Défense nationale sera réduit de 326,8 millions $ en 2012-2013 et ultimement de 1,12 milliard $ en 2014-2015. Après la fin de la mission de combat en Afghanistan, la Défense et les Forces armées canadiennes devraient améliorer les processus d'attribution de contrats, rationaliser l'acquisition de matériel de soutien et centraliser la gestion des biens immobiliers, entre autres. Une somme de 5,2 milliards $ en 11 ans sera consacrée au renouvellement de la flotte de la Garde côtière canadienne. (ROMEO GACAD/AFP/Getty Images)

  • KATIMAVIK

    Le programme créé sous Pierre Elliot Trudeau est aboli, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/03/30/abolition-katimavik-coup-eclat_n_1392454.html" target="_hplink">comme le rapportait le Huffington Post Canada</a>. (CP photo)

  • PÊCHES ET OCÉANS

    Le budget de Pêches et Océans Canada sera réduit de 79,3 million de dollars d'ici 2014-2015, au prix d'une importante restructuration. (AFP/Getty Images)

  • ÉDUCATION AUTOCHTONE

    Une somme de 275 millions $ en trois ans sera consacrée à l'éducation pour les Premières Nations, en plus de 330,8 millions $ en deux ans pour l'amélioration de la qualité de l'eau sur les territoires autochtones. (CP)

  • FONDS DE RETRAITE

    Les fonds de pension des fonctionnaires fédéraux seront modifiés. Le gouvernement propose de rajuster les cotisations des employés de la fonction publique de façon à ce qu'elles en viennent à être égales à celles de l'employeur, soit une proportion de 50-50. Elles ne sont actuellement que de 37 %. Les députés devront aussi faire un effort. Comme les fonctionnaires, ils devront aussi éventuellement débourser 50 % des cotisations à leur fonds de pension, mais le budget ne souffle mot sur de possibles réductions de leurs généreuses prestations, une fois la retraite arrivée. (Alamy photo)

 
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