Charles-Etienne Filion

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Le Mali, la pauvreté et l'extrémisme religieux

Publication: 06/02/2013 10:07

L'armée française, venue rapidement donner un coup de main à une armée malienne désorganisée manquant cruellement de moyens, a finalement libéré Tombouctou, ville ayant inspirée maintes légendes, après 10 mois passés sous le joug des Islamistes d'Ansar Dine. On voit maintenant surgir, par le biais de nombreux articles, des témoignages extrêmement poignants sur ce qui s'est passé là-bas durant ces 10 mois de terreur. La Charia, la Loi islamique, appliquée à la lettre par des fanatiques obéissant au doigt et à l'œil à un leader sans scrupule, Mohammed Moussa, un Touareg (habitant du désert) raciste et riche devenu imam et marabout. Les récits de viols, de mains coupés, de coups de fouet et de conditions de détention aux antipodes de la Convention de Genève sont nombreux, et ne sont malheureusement que la pointe d'un iceberg de tristesse et de honte qui s'est échoué à Tombouctou.

Les militants d'Ansar Dine, littéralement « Défenseurs de la religion », ont terrorisé le nord du Mali d'avril 2012 jusqu'à maintenant. 10 mois de terreur coranique viennent de prendre fin, mais le combat n'est pas gagné pour autant. Il faut se demander, lorsque l'armée française quittera le Mali (et cela arrivera plus tôt que tard), si l'armée malienne pourra prendre la relève et assurer la sécurité d'un vaste territoire de 1 241 238 kilomètres carrés (le plus grand pays d'Afrique de l'Ouest.) Et si la fragile cohabitation du gouvernement avec le Mouvement islamique de l'Azawad (vaste territoire du Nord du Mali) et le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) pourra tenir le coup, alors que ces groupes étaient il y a un an alliés aux Islamistes d'Ansar Dine lors de l'attaque contre les villes de Gao, Kidal et Tombouctou. Que se passera-t-il si les militants d'Ansar Dine reviennent en force ? Si les groupes pour la libération de l'Azawad n'obtiennent pas ce qu'ils désirent ? Si les Touaregs ne voient pas leurs droits être reconnus ? Le Groupe de soutien au Mali se rencontre justement à Bruxelles pour traiter de ces questions, mais la réponse, valable aussi pour la plupart des conflits religieux, passe inévitablement par un recul massif de la pauvreté planétaire.

Pourquoi est-ce si facile aux groupes extrémistes de recruter des combattants, des sympathisants et des candidats aux attentats-suicides ? Ce n'est nullement parce que tous ces gens sont des fanatiques, ni même de fervents croyants, encore moins d'ardents défenseurs de la Charia, mais bien parce que la plupart du temps, ces gens n'ont rien. Ils ne gagnent pas assez pour nourrir leurs familles et subvenir aux besoins primaires de leurs enfants ; ils sont peu éduqués, très peu scolarisés (voire pas du tout), et leur esprit de synthèse permettant de prendre une décision éclairée n'a pas été développé parce qu'il est impossible de réfléchir efficacement lorsqu'on a faim, froid, peur ; très souvent, la foi en quelque chose de plus grand est tout ce qu'il leur reste pour ne pas sombrer dans la dépression et le suicide face à une vie extrêmement difficile. Ajoutez à cela un puissant ressentiment envers un Occident qui les a opprimé pendant des siècles, qui a arbitrairement découpé leurs frontières sans tenir compte ni des besoins ni des peuples, qui pratique l'échange inégal et l'oppression par la dette depuis que l'esclavage s'est terminé et qui a consciemment et constamment formé des élites locaux pour faire perdurer le modèle, et vous obtenez un cocktail drôlement explosif. Il ne reste qu'à appuyer sur le bouton, une chose pour laquelle les imams islamistes charismatiques et les fanatiques de la Charia sont devenus experts. Entre une vie à crever de faim sur un sol peu productif et une mort en martyr avec promesse de vie meilleure là-haut (avec des vierges à satiété, parait-il), le choix est facilité. D'autant plus que les Islamistes, il faut le rappeler, prennent soin des familles des combattants tombés au combat en assurant leur subsistance. Mourir en martyr devient soudainement un choix moins difficile lorsqu'on assure du même coup nourriture, toit et sécurité pour ceux que l'on aime...

On peut continuer à lutter contres les Islamistes extrémistes, les Wahhabites, les Salafistes ou les Talibans de ce monde ; L'Occident peut continuer à combattre Al-Qaïda sur son sol, au Maghreb, en Asie, en Afrique noire et au Moyen-Orient ; Il sera toujours possible de faire tomber les Khadafi, les El-Assad, Saddam Hussein et autres dictateurs peu scrupuleux. Mais tant qu'il y aura autant de personnes vivant dans une pauvreté extrême, tant que le troupeau des pauvres continuera de grossir, tant que les richesses resteront aussi inégalement et indûment réparties, tant que le ressentiment populaire envers les pays riches continuera d'être exacerbé sans contrepartie ni acte de contrition, un terreau extrêmement fertile restera à la disposition des chefs et imams extrémistes, qui savent exploiter cela à merveille. Vous voulez vraiment lutter contre le terrorisme ? La seule solution viable, c'est de combattre la pauvreté mondiale. M. Harper, je vous incite fortement à en prendre bonne note...

EN IMAGES:

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  • Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)

    Seule organisation islamiste africaine estampillée Al-Qaïda, elle est issue du salafisme algérien. Mais sa zone d'opération s'est étendue et correspond aujourd'hui à la région du Sahel. Ses combattants sont dirigés par Abou Hamam, lui même secondé par deux dirigeants de brigade. Abdelhamid Abou Zeid est à la tête de la plus radicale. Aqmi détient depuis le 16 septembre 2010 quatre Français enlevés au Niger, et depuis novembre 2011 deux autres capturés dans le nord du Mali. Une septième personne a été enlevée le 20 novembre dans l'ouest du Mali par le Mujao.

  • Portrait des combattants d'Aqmi

  • "Les signataires par le sang" de Mokhtar Belmokhtar

    Il était l'un des chefs historiques d'Aqmi, avant d'entrer en dissidence en octobre dernier pour créer sa propre katiba (unité combattante), les "Signataires par le sang", proche du Mujao. Selon les experts, les hommes de la katiba de Belmokhtar, si aucun chiffre fiable n'existe, se comptent en dizaine plutôt qu'en centaines, avec une forte proportion de Maliens et de Mauritaniens. Surnommé "le borgne" (il a perdu un oeil en Afghanistan en 1991), l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, alias Khaled Aboul Abbas, est à l'origine de l'attaque contre un site gazier dans son pays suivie d'une prise d'otages. Vétéran de la rébellion islamiste dans le Sahara algérien, il a de multiples surnoms : le "borgne", l'"insaisissable", "Mister Marlboro". Comme autant de témoins de la place qu'il occupe dans l'histoire du djihad algérien. Il n'a même pas vingt ans lorsqu'il part s'entraîner dans les camps d'entraînements afghans, qui n'étaient pas encore devenu Al-Qaïda. De retour en Algérie pour la guerre civile en 1993, il rejoint le Groupe islamiste armé algérien, avant de participer en dissidence, cinq ans plus tard, à la fondation du Groupe salafiste qui deviendra Aqmi en 2007. Il règne alors en maître sur les routes clandestines du grand sud saharien et jongle entre les actes terroristes, les opérations de brigandage et la contrebande. Pour financer ses activités il devient spécialiste du rapt d'Occidentaux. Il est d'ailleurs présumé responsable de la mort de quatre Français en Mauritanie en décembre 2007.

  • Le message internet d'Aqmi à la France de novembre 2010

    En novembre 2010, dans un message internet, AQMI enjoint la France à négocier avec Ben Laden.

  • Al-Qaïda, le sanctuaire somalien

    Comment la Somalie sert de base arrière à l'organisation terroriste.

  • Les bases de repli d'Al-Qaïda en Afrique

  • L'assassinat de Fazul Mohammad

    Le leader présumé d'Al-Qaïda en Afrique de l'Est est assassiné en 2011.

  • Le Mujao

    Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) est un groupe djihadiste régional né de la scission d'Al-Qaïda au Maghreb islamique en 2011. Composé d'Arabes de Tombouctou et d'Algériens, ce groupe est dirigé par un Mauritanien, Hamada Ould Khaïrou, secondé par Ahmed Tilemsi. Dans le sillage d'Aqmi, d'Ansar Dine et du Shebab, il entend étendre le djihadisme à l'Afrique noire et prône une application stricte de la charia. En 2012, le Mujao a pris le contrôle du nord du Mali.

  • Ansar Dine

    Ansar Dine symbolise la diversité de l'Islam radical africain. Créé au sortir de la crise libyenne, il est dirigé par un touareg, Lyad ag Ghali. Ansar Dine est l'un des principaux groupes participant à l'insurrection malienne dépuis janvier 2012. Les "compagnons du chemin" militent pour l'instauration de la charia au Mali et entretiennent des liens avec l'Aqmi. Mais ils ne pratiquent pas l'enlèvement d'otages.

  • les shebab

    Les milices shebab sont le fruit de la fusion des deux branches radicales qui s'étaient extraites de la scission de l'Union des tribunaux islamiques (Somalie). Dirigées par Moktar Ali Zubeyr, elles luttent avant tout pour prendre le pouvoir en Somalie. Fin 2008, elles contrôlaient la majeure partie du sud du pays. Elles voulaient prendre le pouvoir et imposer une pratique de l'Islam d'un autre âge. Mais une série de revers en 2011 les a poussées à battre en retrait et à abandonner un Mogadiscio dévasté.

  • Marie Dedieu, otage française décédée après sa détention en Somalie

    Enlevée au Kenya, le 1er octobre, sur l'île de Manda, par un commando de pirates proches des shebab somaliens, elle n'est est détenue que quelques jours en Somalie. Avant de décéder le 19 octobre 2011 à l'âge de 66 ans. (Lire son portrait dans <a href="http://www.liberation.fr/monde/01012366681-marie-dedieu-morte-en-otage"><em>Libération</em></a>)

  • Boko Haram

    Le Peuple engagé dans la propagation de l'enseignement du Prophète et du jihad est plus connu sous son nom haoussa de Boko Haram. Fondée en 2002, l'organisation nigériane entend faire appliquer strictement la charia dans tout le pays. Boko Haram s'est illustré par sa violence à l'encontre du gouvernement, des chrétiens et de la population musulmane du nord-est du Nigeria. Le 25 décembre 2012, une série d'attentats à la bombe contre des églises chrétiennes fait au moins 40 morts et de nombreux blessés.

 
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