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Le Mali, la pauvreté et l'extrémisme religieux

06/02/2013 09:56 EST | Actualisé 08/04/2013 05:12 EDT
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L'armée française, venue rapidement donner un coup de main à une armée malienne désorganisée manquant cruellement de moyens, a finalement libéré Tombouctou, ville ayant inspirée maintes légendes, après 10 mois passés sous le joug des Islamistes d'Ansar Dine. On voit maintenant surgir, par le biais de nombreux articles, des témoignages extrêmement poignants sur ce qui s'est passé là-bas durant ces 10 mois de terreur. La Charia, la Loi islamique, appliquée à la lettre par des fanatiques obéissant au doigt et à l'œil à un leader sans scrupule, Mohammed Moussa, un Touareg (habitant du désert) raciste et riche devenu imam et marabout. Les récits de viols, de mains coupés, de coups de fouet et de conditions de détention aux antipodes de la Convention de Genève sont nombreux, et ne sont malheureusement que la pointe d'un iceberg de tristesse et de honte qui s'est échoué à Tombouctou.

Les militants d'Ansar Dine, littéralement « Défenseurs de la religion », ont terrorisé le nord du Mali d'avril 2012 jusqu'à maintenant. 10 mois de terreur coranique viennent de prendre fin, mais le combat n'est pas gagné pour autant. Il faut se demander, lorsque l'armée française quittera le Mali (et cela arrivera plus tôt que tard), si l'armée malienne pourra prendre la relève et assurer la sécurité d'un vaste territoire de 1 241 238 kilomètres carrés (le plus grand pays d'Afrique de l'Ouest.) Et si la fragile cohabitation du gouvernement avec le Mouvement islamique de l'Azawad (vaste territoire du Nord du Mali) et le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) pourra tenir le coup, alors que ces groupes étaient il y a un an alliés aux Islamistes d'Ansar Dine lors de l'attaque contre les villes de Gao, Kidal et Tombouctou. Que se passera-t-il si les militants d'Ansar Dine reviennent en force ? Si les groupes pour la libération de l'Azawad n'obtiennent pas ce qu'ils désirent ? Si les Touaregs ne voient pas leurs droits être reconnus ? Le Groupe de soutien au Mali se rencontre justement à Bruxelles pour traiter de ces questions, mais la réponse, valable aussi pour la plupart des conflits religieux, passe inévitablement par un recul massif de la pauvreté planétaire.

Pourquoi est-ce si facile aux groupes extrémistes de recruter des combattants, des sympathisants et des candidats aux attentats-suicides ? Ce n'est nullement parce que tous ces gens sont des fanatiques, ni même de fervents croyants, encore moins d'ardents défenseurs de la Charia, mais bien parce que la plupart du temps, ces gens n'ont rien. Ils ne gagnent pas assez pour nourrir leurs familles et subvenir aux besoins primaires de leurs enfants ; ils sont peu éduqués, très peu scolarisés (voire pas du tout), et leur esprit de synthèse permettant de prendre une décision éclairée n'a pas été développé parce qu'il est impossible de réfléchir efficacement lorsqu'on a faim, froid, peur ; très souvent, la foi en quelque chose de plus grand est tout ce qu'il leur reste pour ne pas sombrer dans la dépression et le suicide face à une vie extrêmement difficile. Ajoutez à cela un puissant ressentiment envers un Occident qui les a opprimé pendant des siècles, qui a arbitrairement découpé leurs frontières sans tenir compte ni des besoins ni des peuples, qui pratique l'échange inégal et l'oppression par la dette depuis que l'esclavage s'est terminé et qui a consciemment et constamment formé des élites locaux pour faire perdurer le modèle, et vous obtenez un cocktail drôlement explosif. Il ne reste qu'à appuyer sur le bouton, une chose pour laquelle les imams islamistes charismatiques et les fanatiques de la Charia sont devenus experts. Entre une vie à crever de faim sur un sol peu productif et une mort en martyr avec promesse de vie meilleure là-haut (avec des vierges à satiété, parait-il), le choix est facilité. D'autant plus que les Islamistes, il faut le rappeler, prennent soin des familles des combattants tombés au combat en assurant leur subsistance. Mourir en martyr devient soudainement un choix moins difficile lorsqu'on assure du même coup nourriture, toit et sécurité pour ceux que l'on aime...

On peut continuer à lutter contres les Islamistes extrémistes, les Wahhabites, les Salafistes ou les Talibans de ce monde ; L'Occident peut continuer à combattre Al-Qaïda sur son sol, au Maghreb, en Asie, en Afrique noire et au Moyen-Orient ; Il sera toujours possible de faire tomber les Khadafi, les El-Assad, Saddam Hussein et autres dictateurs peu scrupuleux. Mais tant qu'il y aura autant de personnes vivant dans une pauvreté extrême, tant que le troupeau des pauvres continuera de grossir, tant que les richesses resteront aussi inégalement et indûment réparties, tant que le ressentiment populaire envers les pays riches continuera d'être exacerbé sans contrepartie ni acte de contrition, un terreau extrêmement fertile restera à la disposition des chefs et imams extrémistes, qui savent exploiter cela à merveille. Vous voulez vraiment lutter contre le terrorisme ? La seule solution viable, c'est de combattre la pauvreté mondiale. M. Harper, je vous incite fortement à en prendre bonne note...

EN IMAGES:

Les mouvements islamistes en Afrique