Charles-Etienne Filion

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Le carré brun, ou deux visions du monde

Publication: 17/06/2012 00:00

La crise étudiante ne s'essouffle pas, les medias sociaux et medias de masse ne dérougissent pas, la rue ne décolère pas, les casseroles résonnent et les ministres libéraux « coulent » ou « tonnent. » Pendant ce temps, cette fameuse « majorité silencieuse » ne semble/ne veut pas comprendre les enjeux et les messages véhiculés par les étudiants et leurs « alliés » syndicaux et écologistes. Tout en n'appuyant que bien timidement un gouvernement usé qui a perdu la bataille de l'opinion publique et qui, de son propre fait, a avoué être « dépassé par les événements ». Le monde entier parle des manifestations, les compagnies, restaurateurs et autres institutions et promoteurs de festivals craignent pour leurs bénéfices, et les chroniqueurs tirent à droite, à gauche, au centre et par terre (manière de dire qu'ils se tirent dans le pied.) Mais que ce passe-t-il, braves gens, dans cette province du Québec ou la soumission et l'acceptation sans rechigner étaient devenues la mode ?

Il y a, dans cette crise, deux visions du monde qui s'affrontent. Bon, on pourrait scinder ces visions en 150 sections distinctes, mais généralisons un peu, pour faire changement. On peut facilement résumer la chose ainsi : les Rouges et les Verts. Cela dit, les couleurs sont secondaires, puisque les libéraux ont le rouge pour emblème et que le vert est la couleur généralement liée à l'environnement, et que les environnementalistes et autres écolos sont très peu nombreux (s'il y en a) à supporter les étudiants du MESRQ.

Les Verts tendent à privilégier le statut quo : le maintien d'un niveau de productivité élevé, ce qui inclut des salaires de base pour les travailleurs afin ne pas trop rogner les bénéfices, des incitations aux investissements étrangers et au remboursement régulier de la dette, la liberté d'entreprise et de marché, etc. Ils parlent d'économie, d'emplois, de performance, de PIB pour expliquer la réussite d'un pays ou d'une province et ne sont pas chauds face aux investissements publics dans des secteurs que le marché pourrait gérer. La redistribution de la richesse n'est pas spécialement leur mantra, sauf lorsqu'il s'agit de dividendes aux actionnaires ou de rémunération des hauts salariés. Ils considèrent que la plupart des choses en ce monde sont des marchandises, ou à tout le moins monnayables, et que tout doit être payé à son « juste prix » déterminé par le marché. Ils ont généralement des orientations et idéologies communes, ce qui rend l'unité derrière un discours plus facile. Les Verts voient l'économie comme un tout.

Les Rouges, au contraire, incitent au changement. Loin d'être un bloc uniforme - un étudiant en arts et lettres, un militant de la CLAC et un dirigeant syndical n'auront pas du tout la même façon de voir les choses, loin s'en faut ! -, ils ne parlent pas d'une seule voix, se chicanent sur tout et rien et tirent généralement à boulets rouges sur ceux qui ne sont pas d'accord, même dans leurs propres rangs. Par contre, lorsqu'ils se mettent d'accord sur le fond comme c'est le cas actuellement, ils sont d'une force incommensurable, d'une mobilisation à toute épreuve et d'une ingéniosité sans borne. Ils se demandent pourquoi 1% des humains contrôlent 99% de la richesse, ils veulent protéger l'environnement, investir dans le social (accès médical, chômage, logements sociaux pour les plus démunis, etc.). Ils se demandent pourquoi les services baissent alors que les impôts eux ne baissent pas. Ils dénoncent la corruption des élites qui engloutit des sommes faramineuses et ils remettent en question les fondements de la démocratie représentative, puisqu'un mandat électoral ne veut pas dire pour eux un sauf-conduit pour agir sans reddition de comptes. Les Rouges voient l'économie comme faisant partie d'un tout.

Est-ce que ces deux visions sont réconciliables ? Difficilement. Il y a entente sur un point : on ne peut faire fi des contraintes économiques. Par contre, les façons de faire l'économie divergent grandement entre les deux visions, la « classique/néolibérale/capitaliste » et tout ce que vous voulez, et « l'altermondialiste/sociale-démocrate/anti-capitaliste/environnementaliste » et j'en passe. Ce sont deux gros « ramassis » - certains pourraient ajouter « de conneries » - qui englobent aussi des choses qui divergent, mais encore à des fins de généralisation, c'est plus simple ainsi. On y reviendra un jour.

Vous voulez choisir votre camp ? Vous hésitez ? Je vous inciterai bien à vous renseigner sur les « failles » du « modèle néolibéral », sur les subventions éhontées à des entreprises qui ont ensuite délocalisé leurs pénates en laissant nos travailleurs gros-jean-comme-devant, sur la collusion liée à une trop longue mainmise sur les leviers du pouvoir et sur les centaines de milliers d'emplois perdus tout en priorisant l'économie, mais je ne peux pas, je suis neutre.

Ne choisissez ni le Vert (trop à droite), ni le Rouge (trop à gauche), ni le noir (trop anarchiste), ni le blanc (trop pacifique), ni le bleu (trop ciel), ni le jaune (trop Richard Martineau !). Choisissez plutôt le brun : c'est déjà sale, tout le monde en produit (riches ET pauvres), et comme le climat politique ambiant, ça pue en $% ?* !!

P.S.: J'écris au moins à deux endroits que ce sont des généralités. Le but n'était pas de faire une thèse sur le sujet. Merci de ne pas me rappeler constamment ce fait, qui est admis.

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La crise étudiante ne s'essouffle pas, les medias sociaux et medias de masse ne dérougissent pas, la rue ne décolère pas, les casseroles résonnent et les ministres libéraux « coulent » ou « t...
 
 
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Le Kwisatz Haderach
There is no power without brain power.
16:21 sur 17/06/2012
Le probleme ici c'est qu'il n'existe aucun modele economique viable autre que le model capitaliste.

De toute facon les problemes reliés a ce model economique ne seront pas resolu au Quebec, ce sont des problemes d'ordre mondiale!

Si on etabit les priorites economiques au Quebec, nos propres problemes sont drollement plus important que ceux de la planete.

Vous ne proposez aucune solution, comme a peu pres tout ceux qui tiennent votre discours. Je ne dis pas que vos enonces sont faux, seulement que c'est chialer pour chialer, en ce qui me concerne.
17:14 sur 17/06/2012
Expliquez-moi svp, M. Haderach, comment le modèle économique capitaliste est-il le SEUL modèle économique viable? Malgré que cela semble être une évidence pour vous, pour ma part, je ne vois pas, je vous prie de me convaincre!
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Le Kwisatz Haderach
There is no power without brain power.
19:42 sur 17/06/2012
C'est pourtant simple. La Chine est partie du communisme pour s'en aller vers....? L'URSS a parti du socialisme pour s'en aller vers....? Cuba s'ouvre tranquillement au Monde et s'en va vers....?
10:43 sur 18/06/2012
M. Duncan Idaho,

1) Cette division généraliste dans la façon de voir le monde et les choses est effectivement d'ordre mondiale. Ça ne veut pas dire que le débat, un vrai cette fois, ne peut pas être fait au Québec et que nous n'amorcions pas un virage vers la résolution de nos problèmes. Pourquoi ne pas être un leader, pour changer? Et que le seul modèle viable soit le modèle capitaliste est une affirmation qui fait l'objet de nombreux débats, mémoires et autres thèses sérieuses, bref, ce n'est pas un fait, mais une affirmation.

2) Cet article, mon premier sur le HuffPost, n'avait pas pour but de dresser des solutions, il me fera plaisir de le faire un jour, mais de mentionner un clivage idéologique qui est à la source non seulement du conflit actuel, mais du pourquoi il s'est étendu plus loin que les frais de scolarité. Ce clivage est possiblement évident pour certain, mais manifestement pas pour une majorité de la population.

3) Si je voulais "chialer" dans cet article, il aurait été beaucoup plus cinglant. Je le trouvais assez relax, en fait...
15:04 sur 17/06/2012
Décrit comme cela, avec un peu de bon sens et avec une réflexion qui ne part pas de son nombril, il est facile de faire son choix...
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Postmodern Anger
12:32 sur 17/06/2012
Selon moi ce qu'il faut vraiment comprendre c'est que quand une tendence devient trop forte, son anti-tendence apparait.
C'est selon moi ce qu'est le mouvement étudiant - une anti-tendence.
Generalement c'est un signe que les deux tendences vont se "rentrer dedans" et vont tomber. Les gagnants sont rarement un bord ou l'autre. Mais ca fait place aux changements.
Donc le brun-gris, c'est l'inevitable. Pas besoin de le supporter.
Cet utilisateur a choisi de ne pas participer au système des médailles.
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09:50 sur 17/06/2012
Au contraire, le mouvement s'essoufle sérieusement. L'évé est maintenant aux 3/4 médiatique. Je vous rappelle qu'au Qc, nous sommes 8 millions.
Tout ceci est maintenant devenu un loisir bon marché au centre ville de Mtl.
Bon marché pour ceux qui manifestent, bien sûr.
15:29 sur 18/06/2012
Nous sommes 8 millions, oui, mais ça inclus les enfants, les gens dans les hopitaux, les gens en prisons, les policier (qui participent à leur manières au manifestations ;). Donc nous ne somme pas 8 millions à pouvoir manifester.
06:52 sur 17/06/2012
Le carré brun appartient aux nez bruns des animateurs de radio-tv et aux journalistes qui presque unanimement
ont cherché à dénigrer le mouvement étudiant.
Pourquoi nez bruns?
Parce qu'ils se font les porte-paroles de leurs patrons.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
jfjoubert
Le pire n'est pas toujours certain.
10:26 sur 17/06/2012
Les animateurs de radio poubelles qui font un commerce de descendre les syndicats, gens de gauche, GLTB, féministes... ont eu beaucoup à commercer ces temps-ci, et malheureusement, il n'y aura pas eu la chance d'avoir un débat éclairer et éclairant. Tout le monde perd dans ce temps là. Ceux qui pensent encore qu'il y a une "liberté d'expression" à la radio-poubelle se rendent pas compte que, comme d'habitude c'est un mouvement copier-coller sur ce qui se fait aux États-Unis: La devise de L'ultra-conservateur et très populaire jusqu'à récemment Fox News est: "Des nouvelles équilibrés..."