Charles-Etienne Filion

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Intérêts privés et politique

Publication: 02/10/2012 11:50

En cet automne qui commence en grand avec la victoire minoritaire du PQ (et la soirée traumatique qui a suivi), avec les révélations-chocs de la Commission Charbonneau sur les liens entre le monde interlope et l'industrie de la construction, la hausse rétroactive des impôts pour les mieux nantis et les courses à la chefferie des partis libéraux, il va sans dire que les sujets d'articles ne manquent pas. Par contre, un élément de l'actualité m'a amené à réfléchir sur les liens entre le monde politique et les intérêts privés.

Le 26 septembre dernier, Pierre Moreau, ancien ministre des Transports et depuis peu candidat à la succession de Jean Charest, se justifiait à la suite de révélations selon lesquelles il profitait des conseils d'un ami, qui se trouve à être le Directeur des communications et des affaires publiques d'ArcelorMittal Mines Canada. Cet ami avait justement publié un article contre le nouveau système de redevances minières que veut implanter le PQ, un nouveau système rejeté par les Libéraux.

Bon, il prenait des conseils d'un ami, voilà tout, il ne faut pas en faire un drame. Tout le monde grandit, rencontre des gens à l'adolescence, à l'école, dans leurs premiers emplois, qui deviendront des amis dans la vie de tous les jours. Ces amis seront présents lors des bons et moins bons moments, et prodigueront aide, conseils et tapes dans le dos. Après tout, c'est ça l'amitié, avoir du plaisir et pouvoir compter sur des gens à qui l'ont fait confiance et être présent en retour lorsqu'ils en ont besoin. Plusieurs de mes meilleurs amis, rencontrés à l'adolescence, sont toujours présents dans ma vie, et se positionnent peu à peu dans le grand jeu social. Si certains traits de caractère sont évidents, il est absolument impossible au départ de se projeter 20 ans en avant pour comprendre qui fera quoi. Il est donc possible que certains politiciens aient grandi avec des gens qui sont devenus de puissants hommes d'affaires, sans que cela ait rapport avec un quelconque favoritisme.

Là où je trouve que ça bogue beaucoup plus, c'est que le PLQ a une longue histoire de liens douteux entre des députés et ministres avec des gens du milieu des affaires. Et que certains députés bien en vue se sont fait embaucher dès leur sortie politique dans des firmes liées aux secteurs dont ils étaient responsables -- Philippe Couillard, qui cogne à nouveau à la porte, Nathalie Normandeau, dans une firme liée au Plan Nord dont elle était responsable. Un autre, David Whissel, a dû se dépatouiller pour expliquer comment, en tant que ministre du Travail, un important contrat d'asphaltage a pu être octroyé à une compagnie dont il est actionnaire à 20%. Mme Michelle Courchesne, députée-vedette de l'ex-gouvernement libéral, a été aux prises avec pas une, mais deux allégations de favoritisme (octroi de places en garderie et au sujet de l'attribution des fonds dans le cadre du Fond pour le développement du sport.)

Le PQ n'est pas en reste, avec André Boisclair, entre autres ancien ministre de l'environnement, devenu porte-parole de Questerre Energy (QEC), une compagnie albertaine qui voudrait bien exploiter les gaz de schiste au Québec. Et je vous épargne Lucien Bouchard...

Est-ce les conseils prodigués à M. Moreau étaient réellement du genre: "T'es bon, tu devrais te lancer dans la course à la chefferie"? Peut-être. Mais cela soulève un doute important. M. Moreau n'était pas responsable du développement minier ni du Plan Nord, mais ArcelorMittal Mines Canada est un joueur très important de l'industrie minière. Est-ce que la compagnie avait ses entrées au gouvernement grâce à ce lien d'amitié? Aucune idée, et je ne tiens pas à être poursuivi pour de fausses accusations.

Dans le même article, le journaliste Martin Ouellet cite Mme Françoise David, nouvelle députée de Gouin, sur les liens entre le monde politique et les intérêts privés. Je me permets de reciter:
« (...) la population du Québec leur demande qu'il y ait une saine distance entre eux et les milieux d'affaires les plus directement concernés par les politiques gouvernementales. »

Que M. Moreau, qui pourrait devenir le chef du PLQ, ait un ami haut placé chez ArcelorMittal Mines Canada, c'est pour moi un détail qui n'est pas nécessairement important. Mais que cette personne lui donne des conseils, après toutes les allégations susmentionnées sur le PLQ, et que ces conseils soient de nature pouvant possiblement influencer quelque chose quelque part, voilà qui est beaucoup plus discutable. M. Moreau aurait tout avantage à prendre ses distances pendant quelque temps, parce que le doute s'installe de plus en plus facilement depuis toutes ces histoires, et que c'est l'ensemble de la classe politique qui en paie le prix...

 
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En cet automne qui commence en grand avec la victoire minoritaire du PQ (et la soirée traumatique qui a suivi), avec les révélations-chocs de la Commission Charbonneau sur les liens entre le monde ...
 
 
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
dredesch
14:17 sur 02/10/2012
Il faut noter que tant Bachand que Couillard sont tout aussi proches "des milieux d'affaires directement concernés parles politiques gouvernementales". Bachand, par ses nombreux liens avec le groupe Secor, une firme-conseil en stratégies d'affaires, ainsi que le monde l'alimentation. Couillard, qui se retrouvait chez Persistence Capital Partners, une firme d'investissement qui vise la privatisation de la santé, alors que l'encre n'était même pas sèche sur sa lettre de démission de son poste de ministre de la Santé. Il est lui aussi devenu par la suite un conseiller du groupe Secor.

Je pense qu'il sera bien difficile de trouver un chef libéral qui ait une certaine distance du monde des affaires à moins qu'une candidature se pointe de l'extérieur des rangs du parti, ce qui semble peu probable. Le nouveau chef se retrouvera aussi dans la position de Paul Martin après la Commission Gomery: difficile d'établir sa crédibilité, même en prétendant que tout était la faute du dernier chef...