Charles-Etienne Filion

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Donner un coup de pouce aux élus municipaux...

Publication: 17/11/2012 13:47

Je commencerai par vous inciter à lire la chronique d'Yves Boisvert dans La Presse du jeudi 15 novembre 2012, « Laval : vite la tutelle! », puisque cela résume très bien mon point de départ. Sans être un grand fan du chroniqueur, souvent trop à droite et trop élitiste pour couvrir tous les angles d'un même sujet, il tape sur le clou lavallois avec une extrême vigueur. En effet, M. Basile Angelopoulos, No 2 de la Ville de Laval après l'ex-Maire Vaillancourt, se dit outré de recevoir la visite d'un vérificateur du gouvernement, et affirme que le Conseil refuse d'élire un maire suppléant jusqu'à ce que le Ministre leur donne des explications concernant le dit vérificateur! On croit rêver tellement c'est malsain...

Vérificateur à Laval, aveuglement à Montréal, maire accusé au criminel à Mascouche, trois icebergs dans une mer trop longtemps tranquille et dont le dessous pourrait s'avérer pire encore. Comment avons-nous fait pour en venir à ça? Comment les municipalités, villes et villages ont-ils pu dériver de la sorte? Autant l'affirmer de suite, nous ne mettons pas tout le monde dans le même bateau (!), mais nous nous mouillerons à émettre certaines recommandations pour aider à revamper un monde politique municipal qui en a bien besoin...

1) Établir un processus de destitution temporaire : Les élus, qu'ils soient maires ou simples conseillers, au fédéral, provincial ou au municipal, ont le devoir de rendre des comptes et représentent leurs concitoyens. Lorsqu'ils sont accusés au criminel, ou disons soupçonnés de façon très importante par des sources provenant de différents milieux, ils devraient volontairement quitter leurs fonctions jusqu'à ce que leur réputation soit blanchie (ou non.) Si ce n'est pas le cas, il faut les forcer à le faire, puisqu'ils ont perdu, du moins temporairement, l'autorité morale pour exercer leurs fonctions. La bonne nouvelle? C'est au stade de processus, le gouvernement devrait accoucher de quelque chose à ce sujet.

2) Changer les processus d'appels d'offre : Si personne ne s'oppose au fait de payer le moins cher possible pour le meilleur ouvrage possible, nous nous opposons fortement au fait de payer le moins cher possible pour l'ouvrage le plus « cheap » possible. Il faut donc pouvoir décider de choisir des projets possiblement plus coûteux mais plus réalistes (pas d'explosions démesurée des coûts de départ), plus durables (ce qui devrait être calculé dans la catégorie « finalement ça coûte peut-être moins cher ») et possiblement plus beaux, innovateurs, et esthétiques (parce que ça favorise le sentiment d'appartenance, le tourisme, etc.) Pour ce faire, il faut revoir les processus actuels, qui obligent à prendre le plus bas soumissionnaire.

3) Donner une meilleure rémunération aux élus municipaux : Bon, ne criez pas au scandale sur celle-ci, nous ne parlons pas des salaires des maires de Montréal, Laval, Québec ou Trois-Rivières, mais bien des salaires des conseillers et maires des petites et surtout des moyennes municipalités. Si ce ne sont pas des retraités ou des gens ayant déjà accumulé pas mal d'argent, il est quasi-impossible de trouver des candidats à ce type d'emploi (horaire inconstant, exposition régulière aux projecteurs, vie privée en chute libre). Un salaire peu alléchant doublé d'un poste d'autorité font rarement bon ménage, faut-il le rappeler. Le conseiller qui gagne 70 000$ a beaucoup plus à perdre que celui qui gagne 25 000$. Mais la solution n'est pas simple, puisque le salaire est lié au nombre d'habitants, et si la Commission Charbonneau s'attaque aux grandes villes, soulever le tapis des petites municipalités ne sera pas une mince affaire non plus...

4) Diversification des sources de revenus des villes : Un autre dossier très complexe. En bref : le mode de revenu principal et souvent unique des villes au Québec est la taxation, donc liée à l'impôt foncier (vos impôts résidentiels et commerciaux.) Il y a évidemment d'autres taxes potentielles telles le stationnement, mais ça reste des taxes. Les municipalités, si elles souhaitent augmenter leurs revenus, doivent donc absolument augmenter le nombre d'habitants, donc faire affaire avec des promoteurs immobiliers. Il est facile de comprendre ici que les promoteurs n'ont que rarement le souhait de développer efficacement, durablement et esthétiquement, mais bien celui de faire un maximum de profits pour un minimum de temps et de coûts. Ajoutez aux salaires peu élevés des élus des promoteurs peu scrupuleux flairant le profit, et vous obtenez des cocktails désastreux menant au dézonage de terres agricoles d'une rare qualité et de terres humides qui devraient être protégées, à la vente de terrains à peine au quart de l'évaluation municipale et à toutes les salades dont nous abreuvent quotidiennement les journaux depuis un bon moment déjà. Sans parler des autres problèmes liés à la non-diversité des revenus des villes (aînés incapables de payer leurs comptes de taxes « boostés » par la présence de riches demeures nouvellement construites, familles qui doivent aller toujours plus loin des grands centres pour se loger, etc.) Des solutions alternatives? Retour d'un pourcentage de la TVQ séparé entre les municipalités, montants alloués pour la préservation de terres, le gouvernement provincial a les leviers pour la diversification. Il faut maintenant les utiliser.

Si on commençait par s'attaquer ne serait-ce que minimalement à ces problèmes, ont pourrait finir par arriver à quelque chose. Nous nous souhaitons bonne chance...

 
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