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L'importance de la preuve

19/10/2012 11:05 EDT | Actualisé 19/12/2012 05:12 EST
Capture d'écran

La Commission Charbonneau est comme un téléroman, suivi de près et parfois en direct par des milliers de Québécois avides de révélations-chocs et de scandales. Et présentement, Lino Zambito, ancien entrepreneur en construction et ex-propriétaire d'Infrabec Inc., en est l'acteur principal.

Ce téléroman tient en haleine la population et l'ensemble du monde municipal, déjà plutôt malmené ces dernières années par des histoires aussi louches que nombreuses. Tous retiennent leur souffle pour savoir quel sera le prochain nom jeté en pâture aux médias assoiffés de scoop, et qui devra nier les révélations avec véhémence tout en prononçant haut et fort son statut de victime. Et pendant ce temps, le climat dans les hôtels de ville de notre Belle Province doit être lourd, très lourd pour nos élu(e)s et pour les employé(e)s de l'administration. Est-ce que ce climat malsain pourrait paralyser les activités municipales pendant un certain temps? Évidemment. Mais si l'on ne le fait pas, ce ménage, et que l'on ne se débarrasse pas des pommes pourries qui sont en train d'ensevelir l'arbre, vous aurez compris qu'en tant que contribuables, nous allons encore payer la note.

Loin de moi l'idée de remettre en question notre système de justice et l'importance de la preuve pour condamner un individu ou un groupe à une sentence. Il faut que ce soit tangible, réel, vérifiable pour obtenir condamnation, et c'est parfait ainsi, sinon plusieurs personnes seraient clouées au pilori sur de simples suppositions. Par contre, ce qu'avance Lino Zambito n'a rien de surprenant. Si, comme moi, vous lisez régulièrement les journaux, tout ce qu'il avance a déjà été mentionné à plusieurs reprises depuis plusieurs années dans des reportages de La Presse, du Devoir, dans l'émission Enquête de Radio-Canada, etc. Ce sont tout de même des journalistes qui ont monté ces articles et reportages, avec des témoignages crédibles à l'appui, faut-il le rappeler. Je demande, comme ça : à partir de quand un dossier journalistique incluant des articles et témoignages, des faits et autres peut devenir une preuve? Disons que le dossier sur ce système commence à être assez bien documenté, mais bon, les perquisitions sont en cours, attendons la suite des choses. Mais s'il y a une leçon que nous devons absolument retenir, c'est qu'un processus de destitution des élu(e)s et/ou de suspension temporaire au niveau municipal doit être implanté, pour permettre aux élu(e)s accusé(e)s de se défendre tout en rassurant la population sur l'intégrité des processus. Le temps des roitelets est bel et bien révolu, et certains vont l'apprendre à la dure...

Lino Zambito n'est pas un enfant de cœur, est lié à la mafia montréalaise et a lui-même profité à de nombreuses reprises d'un système aussi efficace que durable dans l'octroi des contrats municipaux. J'imagine ne pas être le seul à me demander : « Mais pourquoi parle-t-il? Pourquoi il dénonce tout le monde comme ça? Qu'est-ce qu'on lui a promis, et/ou de quoi veut-il se venger? » Je n'ai pas ces réponses, et je ne pense pas que nous les aurons de sitôt. Par contre, ces révélations amènent certaines personnes à se demander (et à demander au public) : « Est-ce que Lino Zambito dit la vérité? »

Oui, je pense qu'en grande partie il dit la vérité, mais ce n'est que le début. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si depuis 2012, les intervenants à la Ville de Montréal nous rappellent que les prix des soumissions reçues pour les contrats ont baissé de 20 à 30%. C'est un système qui s'écroule devant nos yeux, et où certains tentent de sauver leur peau. Comme dans les téléromans qui perdurent, Lino Zambito cèdera éventuellement sa place à un autre acteur central qui, nous l'espérons, sera aussi divertissant que lui. Le cirque ne fait que commencer...

La commission Charbonneau en bref