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15/02/2018 12:32 EST | Actualisé 15/02/2018 16:02 EST

Bombardier livrera à Delta Air Lines des C Series assemblés à Mirabel

«Les appareils de Delta sont dans l'horizon pour 2018, ils l'ont toujours été».

Clodagh Kilcoyne / Reuters

Delta Air Lines change son fusil d'épaule et acceptera des appareils C Series assemblés à Mirabel, dans les Laurentides, puisque les avions de Bombardier ont été exonérés de droits compensatoires aux États-Unis.

Le transporteur aérien a confirmé jeudi qu'il allait commencer à recevoir cette année les premiers appareils des 75 CS100 commandés en 2016 jusqu'à ce que la chaîne d'assemblage de l'avionneur québécois soit achevée à Mobile, en Alabama.

"L'entreprise est en train d'évaluer comment adapter ses besoins à la capacité de production de Bombardier", a fait savoir Delta par voie de communiqué.

Au cours des audiences devant la Commission américaine sur le commerce international (USITC), Delta avait manifesté son intention d'attendre la ligne d'assemblage en Alabama avant de commencer à prendre possession de ses C Series.

Toutefois, le rejet unanime de la plainte de Boeing par les quatre commissaires de l'organisme le mois dernier - qui a eu pour effet d'annuler les droits compensatoires de 292,21 pour cent réclamés par le département du Commerce - a incité la compagnie aérienne à revenir sur sa décision.

"Delta a néanmoins l'intention de prendre livraison du plus grand nombre d'appareils (construits) en Alabama lorsque la chaîne d'assemblage sera prête", a précisé l'entreprise.

En début de journée, le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, avait ouvert son jeu en indiquant qu'il comptait livrer des appareils assemblés au Québec jusqu'à ce que l'usine américaine, qui devrait coûter entre 250 millions $ US et 300 millions $ US, soit complétée.

"Les appareils de Delta (figurent dans notre calendrier de production) pour 2018, ils l'ont toujours été", a-t-il expliqué au cours d'une conférence téléphonique avec les analystes afin de discuter des résultats du quatrième trimestre.

L'avionneur québécois compte maintenant s'asseoir avec Delta afin de déterminer le calendrier des livraisons qui devaient initialement débuter au printemps 2018.

Selon M. Bellemare, la décision de la USITC _ qui pourrait encore être portée en appel par Boeing _ met fin à une année turbulente et devrait donner un élan à Bombardier.

"Cela insufflera une dose de confiance à nos clients actuels et potentiels. La nouvelle a été très bien accueillie par l'industrie et les compagnies aériennes", a-t-il dit.

Une usine nécessaire

Bien que la C Series soit exonérée de tarifs frontaliers, le patron de Bombardier a une fois de plus rappelé la nécessité d'ajouter une ligne d'assemblage au sud de la frontière afin de desservir les clients américains.

Pour le coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes (AIMTA), Dave Chartrand, l'assemblage de C Series à Mirabel pour Delta permettra d'assurer un maintien au chapitre de la cadence de production.

Au cours d'un entretien téléphonique, il n'a toutefois pas caché sa déception à l'endroit du projet de ligne d'assemblage aux États-Unis.

"Est-ce que cela est la solution la plus logique advenant qu'il puisse y avoir une autre plainte? Cette possibilité est présente. La situation des derniers mois était très inquiétante. Si l'on cessait ce projet (la C Series), c'est une tout autre histoire. Ça aurait été beaucoup plus catastrophique qu'une usine en Alabama", a dit M. Chartrand.

M. Bellemare a estimé que la décision de la USITC représentait une "victoire pour l'innovation" et qu'elle confirme que la famille des appareils 737 de Boeing n'est pas menacée par la C Series, qui se trouve dans un segment abandonné par le géant américain.

Bombardier a livré 17 appareils C Series en 2017, soit un peu moins que sa cible de 20 à 22 livraisons, ayant reçu moins de moteurs en raison de retards chez son fournisseur Pratt & Whitney.

Hausse de participation

En plus d'avoir réduit sa perte au quatrième trimestre, Bombardier a bonifié sa participation dans sa division ferroviaire détenue en partie par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) au terme d'une bonne année.

Sa participation dans Bombardier Transport passera de 70 pour cent à 72,5 pour cent puisque certaines cibles de performance découlant de l'investissement de la CDPQ ont été dépassées. Par conséquent, la participation de la CDPQ, qui avait injecté 1,5 milliard $ US en 2015 pour acquérir 30 pour cent de la division ferroviaire, diminuera de 2,5 pour cent.

"C'est un résultat très positif qui profitera aux actionnaires de Bombardier", a souligné aux analystes M. Bellemare.

Au quatrième trimestre terminé le 31 décembre, Bombardier a affiché une perte nette de 109 millions $ US, ou 58 cents US par action, par rapport à une perte de 259 millions $ US, ou 12 cents US par action, il y a un an.

Les revenus se sont établis à 4,72 milliards $ US, en progression de 7,76 pour cent.

En excluant les éléments non récurrents, le profit ajusté a été de 51 millions $ US, ou deux cents US par action, par rapport à une perte ajustée de 141 millions $ US, ou sept cents US, lors du quatrième trimestre en 2016.

Cette performance a dépassé de deux cents US par action la prévision des analystes sondés par Thomson Reuters, qui tablaient aussi sur des recettes de 4,75 milliards $ US.

"Plus important encore, les flux de trésorerie disponibles _ un indicateur important pour les investisseurs - de 872 millions $ US ont dépassé notre prévision de 643 millions $ US", a souligné l'analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux.

À la Bourse de Toronto, l'action de Bombardier prenait de l'altitude en après-midi, gagnant 35 cents, ou 10,64 pour cent, pour se négocier à 3,64 $.

Pour l'exercice, la perte nette s'est chiffrée à 553 millions $ US, ou 25 cents US par action, comparativement à une perte nette de 981 millions $ US, ou 48 cents US, en 2016. L'entreprise a toutefois engrangé un profit ajusté de 63 millions $ US, ou trois cents US par action. En 2016, la perte ajustée avait été de 268 millions $ US, ou 15 cents US par action.

Le chiffre d'affaires est demeuré stable, à 16,2 milliards $ US.