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12/02/2018 19:04 EST | Actualisé 12/02/2018 19:11 EST

Carnaval de Rio: dernière nuit de folie au sambodrome

3 000 danseurs, chanteurs et musiciens dans des roulements de tonnerre de percussions et de chansons très rythmées.

Les six derniers défilés des écoles de samba vont encore faire trembler l'immense sambodome toute la nuit de lundi à mardi avec un déluge de décibels et de paillettes, en clôture d'un carnaval de Rio très politique cette année.

Comme la veille, chaque école de samba va faire défiler en une heure quelque 3 000 danseurs, chanteurs et musiciens dans des roulements de tonnerre de percussions et de chansons très rythmées, devant 72 000 spectateurs survoltés.

AFP/Getty Images

Les participants, qui se succèdent en de nombeux tableaux très colorés, portent les déguisements les plus extravagants, et sont accompagnés par des chars allégoriques monumentaux, dans une ambiance débridée et irrévérencieuse.

Parmi les six dernières écoles de samba -- sur 13 -- qui doivent défiler dans la nuit de lundi à mardi, celle de Beija Flor, notamment, est attendue sur le versant contestataire.

Elle a choisi de dépeindre un Brésil victime des attaques "monstres" de la corruption, avec ses valises de billets qui circulent et ses hommes politiques et entrepreneurs de haut vol jetés en prison.

Cette école de samba doit notamment faire défiler un rat géant, allégorie des politiques, de droite comme de gauche, mouillés jusqu'au cou dans des scandales de corruption au Brésil ayant éclaté avec l'enquête tentaculaire "Lavage express" autour de Petrobras, en 2014.

Le défilé de Beija Flor -- qui doit fermer le bal -- était très attendu aussi en raison de la participation de la célébrissime drag queen Pabllo Vittar, sur le thème de la dénonciation de l'intolérance sexuelle.

Ce fléau fait chaque année plusieurs centaines de tués parmi les membres de la communauté LGBT au Brésil.

Son passage au sambodrome la veille a failli provoquer une émeute. "Je réalise un rêve. Cela me donne beaucoup d'émotion", a déclaré la drag queen.

- Exaspération -

Si les fêtards du carnaval de Rio peuvent oublier momentanément sur les rythmes endiablés de la samba la violence devenue incontrôlable et la crise qui a fait 12 millions de chômeurs dans le pays, la fête est malgré tout l'occasion pour eux de montrer leur exaspération face à leurs dirigeants.

Ainsi, dès les défilés des premières écoles, dans la nuit de dimanche à lundi, les responsables politiques ont été visés.

A commencer par le maire de Rio de Janeiro, Marcela Crivella, un évangéliste honni par les Cariocas pour avoir divisé par deux les subventions des écoles de samba du carnaval le plus énorme au monde.

L'école Mangueira a de son côté visé de ses flèches et empêcheur de danser en rond dimanche, avec une chanson qui disait notamment : "le péché, c'est de ne pas s'amuser au carnaval".

M. Crivella, qui avait ouvert vendredi le carnaval en assurant un service minimum, ne fréquentera pas, pas plus que l'an dernier, les tribunes de l'immense sambodrome de plus de 700 mètres de long: il est parti en Europe dès dimanche.

Au même moment, l'école Paraiso do Tuiuti faisait défiler en Dracula le président Michel Temer, accusé de corruption. Assis sur un tas d'argent, le plus impopulaire des présidents brésiliens depuis la fin de la dictature (1985) était représenté avec des billets collés sur des plumes de paon.

Lundi à partir de 21H15 les dernières écoles de samba vont déferler l'une après l'autre, jusqu'à l'aube, sous une chaleur étouffante -- dont la populaire Portela, victorieuse ex aequo l'an dernier.

Parmi les 13 écoles au total du "groupe spécial", une seule sera distinguée. Les écoles se prépareront avec acharnement au carnaval suivant dès cette édition achevée.

Chaque école est notée sur de nombreux critères concernant la chorégraphie, la musique, l'inventivité de la scénographie, la beauté des costumes et des chars, le rythme auquel elle défile, ou le thème choisi.

Des thèmes très variés, car après l'abolition de l'esclavage, l'empire chinois, ou le très remarqué futur high-tech la veille de Vila Isabel, les écoles vont défiler à partir de lundi soir notamment sur les thèmes de la gastronomie brésilienne, de la fondation de New York ou du matriarcat.

Hormis un char immobilisé la veille, le défilé jusqu'ici n'a pas connu les drames ayant entaché l'édition 2017. Tous les conducteurs de char ont été obligés de souffler dans le ballon après des accidents qui avaient fait un mort et de nombreux blessés l'an dernier.

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