DIVERTISSEMENT
09/02/2018 13:03 EST | Actualisé 09/02/2018 13:49 EST

«Lola Pater», étincelante Fanny Ardant

Courageuse et audacieuse, l'actrice interprète un père transsexuel algérien.

Courtoisie

Au cœur du touchant et sensuel nouveau film de Nadir Moknèche, Lola Pater, un fils apprend que son père est devenu une femme. Courageuse et audacieuse, Fanny Ardant interprète ce paternel transsexuel algérien qui malgré les blessures et les peines devient l'incarnation de la liberté d'être.

La voilà qui apparaît dans une suite d'un hôtel à Paris. Sublime, Fanny Ardant se lève pour serrer la main, les yeux pétillants. La grande actrice française, bourrée de panache et qui n'a jamais eu peur des extravagances, savoure le plaisir de parler de son personnage. Elle incarne Farid, devenu Lola, un élégant transsexuel hanté par les fantômes du passé, toujours terrorisé à l'idée de revoir son fils (Tewfik Jallab) après 20 ans d'absence. Il n'est question ni de défis ni de performance pour celle qui se dit d'abord et avant tout intéressée par les histoires qu'on lui propose.

«Je lis les scénarios du début à la fin d'un seul coup, raconte-t-elle en entrevue. Je n'ai pas de réflexion stratégique ou rationnelle, ça vient comme cela. Ensuite, c'est la rencontre avec le réalisateur et dès que j'ai rencontré Nadir, que je ne connaissais pas, j'ai aimé Nadir. J'ai été séduite par ce qu'il disait. J'ai accepté par instinct en me disant que c'était lui qui avait écrit cette histoire et qu'il m'avait proposé ce rôle de Lola si magnifique.»

Lola, un alter ego

De son côté, Nadir Moknèche (Délice Paloma) a très tôt pensé à Fanny Ardant, «une évidence», répétera plusieurs fois la mère du réalisateur lorsqu'elle lira son script, convaincue que la comédienne est la femme idéale pour ce rôle aussi lumineux. «Mais tout est si fragile», note Fanny Ardant.

«J'imagine un metteur en scène dans sa chambre obscure, il pense à une idée. Il recrée un univers où des êtres humains vont se parler, se croiser, s'aimer, se détester. C'est un créateur de petits mondes. Ce que j'aime, c'est de rentrer dans les mondes des autres. Quand on se sent bien avec un réalisateur, c'est déjà 90 % du film.»

Celle qui a joué pour tant de grands cinéastes, François Truffaut, Alain Resnais, Sydney Pollack, Costa-Gavras, avoue ne pas être une mordue des préparations avant chaque rôle. «Quand on se prépare trop, on coupe des écoutilles. En ce qui concerne Lola, j'ai pensé à des choses simples du genre ''comment elle s'habillerait?''. C'est comme en sculpture, on évacue, on évacue encore. Ensuite, tout le reste, c'est du domaine de l'intangible. Son fils qu'elle a tant aimé. On a envie de rire, on est très ému, mais tout cela, on ne l'avait pas préparé. Être prêt pour moi, c'est avant tout être prêt au vent du large.»

Fanny Ardant voit Lola comme un véritable alter ego. «J'aurai pu être son amie si je l'avais rencontré dans la vie. Elle me plait, je la comprends. Son caractère insolent, gouaille et farouche, et tout d'un coup cet amour fou avec une autre femme. Viennent ensuite le fils, la peur et la vulnérabilité.»

L'actrice qui se dit une «incurable sentimentale» cultive sa liberté professionnelle quitte à s'aventurer souvent dans l'inconnu. «La liberté, c'est toujours un risque. J'aime les propositions frondeuses, celles qui remettent en cause l'autorité. Ce qui me plait chez Lola, c'est sa clandestinité. Qui dit clandestin, dit outsider. J'ai en horreur ceux qui se complaisent dans la norme. Je n'aime pas non plus les senseurs, les racistes, les homophobes. Dès que l'on connaît l'être humain, on réalise que la vie est la plus forte.»

L'entrevue a été réalisée à Paris grâce à l'invitation d'Unifrance.

Lola Pater – Nadir Moknèche – Drame psychologique – Axia Films – 95 minutes – Sortie en salle le 9 février 2018 – France, Belgique.

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