POLITIQUE
09/02/2018 17:12 EST | Actualisé 09/02/2018 17:12 EST

La réconciliation autochtone à Montréal, ça ressemble à quoi?

La nouvelle Commissaire des relations avec les peuples autochtones devra composer avec des réalités complexes et des besoins fort diversifiés.

Olivier Robichaud

Comment la Ville de Montréal peut-elle entamer le processus de réconciliation avec les autochtones présents sur son territoire? La nouvelle Commissaire aux relations avec les peuples autochtones devra composer avec les multiples réalités de cette communauté, alors que sa population est en pleine expansion.

Montréal a l'une des plus importantes populations autochtones du Québec: presque 35 000 individus vivent dans la grande région, dont 12 000 dans la ville même.

Près de 40% des Inuits et membres des Premières Nations qui ne vivent pas dans leurs territoires désignés se retrouvent à Montréal, où ils rejoignent bon nombre de personnes se définissant comme Métis. La métropole accueille donc une population autochtone hétéroclite, qui présente une multitude de besoins.

La nouvelle commissaire, l'avocate crie Me Marie-Ève Bordeleau, devra coordonner les nombreuses mesures à mettre en place pour assurer le processus de réconciliation.

Itinérants, étudiants et professionnels

La forte présence autochtone parmi les itinérants de Montréal est une réalité avec laquelle les différents services de la Ville doivent composer. Selon un récent sondage de la population itinérante, environ 10% des 3000 sans-abri de la métropole sont autochtones.

Mais la majorité des autochtones de Montréal ne sont pas itinérants. Selon l'organisme Montréal Autochtone, la majorité des jeunes autochtones arrivent dans la métropole pour poursuivre leurs études. D'autres travaillent et élèvent leurs familles.

Selon Philippe Meilleur, directeur de l'organisme Montréal Autochtone, toutes ces clientèles ont en commun le fait de chercher des logements adaptés à la réalité autochtone. Son organisme a d'ailleurs lancé un projet de 75 unités à Verdun. Les défis sont toutefois importants, et M. Meilleur estime que la Ville devrait injecter davantage d'argent dans ce genre d'initiative pour que les bottines suivent les babines.

«Pour avoir logements avec services attachés, on doit avoir un fonds d'innovation et un fonds de développement. Si on veut faire des logements sociaux qui ont des réflexions sur le développement durable, sur le design autochtone, sur l'ergonomie qui répond aux besoins propres aux communautés autochtones, on a besoin de fonds», affirme-t-il.

L'accès au logement fait notamment partie de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, entérinée cet automne par la Ville.

M. Meilleur souhaite aussi faciliter l'accès à la propriété pour les autochtones, qui n'ont souvent que peu de ressources pour une mise de fonds. Une annonce en ce sens devrait avoir lieu au printemps.

«Pour ramener les autochtones dans l'économie capitaliste, on a besoin de capital. On n'est pas habitués à ça avec les réserves, les biens sont de propriété collective», lance-t-il.

Objectif: plein emploi

Trouver un emploi peut aussi être difficile. Selon Statistique Canada, le taux de chômage des autochtones est généralement supérieur à celui des non-autochtones par environ cinq points de pourcentage.

Et la Ville de Montréal ne fait pas exception: seulement 12% de la fonction publique est issue des minorités visibles et 0,3% est autochtone.

«Il y a un réseau de 150 organisations autochtones dans la ville qui s'affairent à différents problèmes, comme l'emploi. Ces organisations seront mises à contribution pour faire en sorte que, par exemple, le plein emploi soit envisageable pour nous aussi», affirme le Grand Chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard.

Vendredi, Statistique Canada a confirmé que le Québec se trouve près du plein emploi depuis plusieurs mois. Les données sur les autochtones ne sont toutefois pas comptabilisées mensuellement.

Le «réflexe autochtone», qu'est-ce que ça donne?

De façon plus générale, la commissaire Marie-Ève Bordeleau devra mettre en œuvre le «réflexe autochtone» dans l'ensemble des services de la Ville. Vendredi, lors d'une cérémonie regroupant des représentants de divers organismes autochtones, Me Bordeleau n'a pas souhaité détailler sa stratégie ni les principaux problèmes à régler.

«Je vais rencontrer les divers organismes autochtones afin qu'ils m'aident à élaborer une stratégie qui répond à leurs besoins», a-t-elle dit.

Selon Christine Zachary-Deom, chef de la nation Mohawk de Kahnawake, une grande part de ce réflexe est une question d'éduquer les fonctionnaires et les divers intervenants sur l'histoire et la réalité des peuples autochtones.

«J'étais dans une rencontre, cette semaine, avec des fonctionnaires qui suivaient une formation en sensibilité. On avait des personnes autochtones qui sont venues raconter leurs histoires et les fonctionnaires étaient abasourdis. Ce qu'ils ont entendu, ils n'avaient jamais entendu ça à l'école. Et ça, c'est juste pour qu'on se comprenne. Après, il faut pouvoir avancer ensemble», dit-elle.

Un des premiers rendez-vous de Me Bordeleau aura lieu dès lundi, lorsque la Commission Viens sur les relations entre les Autochtones et certains services du Québec sera de passage à Montréal. Cette commission d'enquête a été créée après un reportage de l'émission Enquête sur des abus policiers en Abitibi-Témiscamingue.