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06/02/2018 15:24 EST | Actualisé 06/02/2018 15:24 EST

Michel Marc Bouchard célèbre les 20 ans du «Chemin des Passes-Dangereuses»

«Aujourd'hui, on s'abreuve à tellement de sources d'informations qu'on change de causes toutes les cinq minutes...»

Courtoisie

En 1998, la pièce de théâtre Le Chemin des Passes-Dangereuses était montée pour la première fois chez Duceppe. Deux décennies plus tard, après avoir été jouée des milliers de fois au Québec, au Canada et dans le reste du monde, l'œuvre de Michel Marc Bouchard – l'une de ses préférées – revient sur les lieux de sa création avec un trio de comédiens extrêmement solides : Alexandre Goyette, Maxime Denommée et Félix-Antoine Duval.

Qu'est-ce que cela signifie pour vous de célébrer les 20 ans de cette pièce?

Je me suis demandé si le texte avait bien vieilli et si l'écriture avait encore un écho. Puis, la semaine dernière, j'ai assisté à un enchaînement et j'ai vraiment été ému. Le propos sur les relations entre hommes, le cynisme ambiant, les chocs dans la parole masculine demeure vachement actuel. Même plus qu'à la fin des années 90. Par exemple, quand le personnage d'Ambroise fait un discours sur notre tendance à nous dire féministes à midi et médecin sans frontière à trois heures, ça résonnait différemment à une époque qui n'était plongée dans l'hyper information comme maintenant. Aujourd'hui, on s'abreuve à tellement de sources d'informations qu'on change de causes toutes les cinq minutes.

Les trois frères ont un accident d'auto, le matin des noces du plus jeune, à l'endroit même où leur père est mort quinze ans plus tôt. Comment décrirais-tu les trois tempéraments qui s'entrechoquent?

Carl, c'est Québec, la ville de province. Victor, c'est Alma, le campagnard. Ambroise, c'est Montréal, la métropole. Ça dit tout. Il y a un monde qui les sépare.

Est-ce qu'un élément du contexte social avait influencé ton écriture?

La pièce a commencé à germer dans ma tête en 1996, aux lendemains du deuxième référendum. Le discours sur l'homo quebecus me tapait royalement sur les nerfs; cette idée qu'un Québécois, c'était ça et qu'on devait aspirer à une seule chose. En réaction à ça, j'avais imaginé une famille avec trois frères et un père qui sont tellement différents qu'on dirait quatre continents, quatre cultures, quatre points de vue sur le monde, quatre étrangers qui essaient de se parler en ayant un seul territoire en commun, un territoire affectif. J'ai écrit la pièce en un peu plus de deux mois. C'est l'une de celles que j'ai écrites le plus rapidement.

De quoi es-tu le plus fier dans ce texte?

Il faut savoir que c'est l'une de mes pièces préférées. D'après-moi, c'est la seule dans laquelle j'ai vraiment fait une connexion entre la forme et le contenu. Dans le sens que c'est une pièce où l'on emprisonne trois personnages dans une structure poétique. Ils sont emprisonnés dans un état de mort-vie, piégés dans un poème, avec énormément de répétitions, de déjà-vus et des bribes de mots, dans un espace large et évanescent. C'est un huit-clos psychologique.

Est-ce que la large scène et l'énorme salle (plus de 800 places) chez Duceppe sont une contrainte ou un plus pour une œuvre comme celle-là?

Quand Serge Denoncourt l'a montée en 1998, il a pu élaborer l'un des décors les plus lourds jamais bâtis chez Duceppe. C'était un décor d'opéra gigantesque, avec du roc, un camion et une piscine installée sur la scène pour évoquer la rivière. L'idée derrière ça était de faire en sorte que le public ne se sente pas dépaysé dans cette histoire. C'était une façon de conforter les gens, pour éviter que ce soit trop conceptuel. Vingt ans plus tard, le décor suit l'évolution du public, qui est un peu plus habitué aux approches conceptuelles. On a droit à quelque chose d'assez impressionnant et d'intimiste.

Ce mois-ci, tu célèbres les 20 ans de ta pièce, mais tu vis également une première : la publication d'une nouvelle littéraire dans un collectif d'auteurs de renoms (Chrystine Brouillet, Geneviève Lefebvre, Rafaële Germain, Michèle Plomer, Érika Soucy, Michel Jean, etc.), Treize à table, qui sera publié le 21 février. Comment vous êtes-vous approprié la thématique?

On devait parler d'un repas ou d'un événement mémorable qui donne l'eau à la bouche. Après avoir eu quelques idées clichées sur les bon repas dans ma vie, j'ai quitté le côté gastronomique pour me concentrer sur les expériences humaines. J'ai écrit sur des repas que j'espérais déterminants dans ma vie et qui ne se sont pas du tout passés comme je le pensais. Comme un repas partagé avec la chorégraphe Pina Bausch, qui était déjà fatiguée d'être Pina Bausch... C'était le genre de repas que tu attends dans la vie et que tu espères génial, mais tout ce que tu dis tombe à plat.

La pièce Le Chemin des Passes-Dangereuses sera présentée chez Duceppe du 14 février au 24 mars 2018. Cliquez ici pour plus de détails.

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