DIVERTISSEMENT
05/02/2018 06:11 EST | Actualisé 05/02/2018 06:11 EST

Jérôme Ferrer s’ouvre sur ses déboires avec Juste pour rire

«Ma dignité, je vais la garder, en tant qu’homme et en tant qu’entrepreneur. »

Karine Dufour/Radio-Canada

La Presse nous en informait la semaine dernière : le chef Jérôme Ferrer demande présentement des comptes à Juste pour rire pour les dommages causés à sa chaîne de casse-croûtes Chez Jerry par le scandale éclaboussant Gilbert Rozon depuis l'automne. Ferrer était associé avec Rozon depuis mars 2017.

Le populaire cuistot est allé faire le point sur ses déboires à Tout le monde en parle, dimanche, et a précisé avoir reçu des mises en garde et des mises en demeure de Juste pour rire et de Gilbert Rozon avant de se pointer sur le plateau.

Jérôme Ferrer a expliqué avoir voulu prendre du recul avant de s'exprimer publiquement et ne pas avoir souhaité contribuer au tourbillon médiatique des derniers mois. Il a de surcroît offert son soutien aux employés de Juste pour rire et aux autres membres de la famille Rozon, et ce, même s'il subit lui-même des préjudices après toute l'affaire.

«C'est une institution que je porte fort dans mon cœur», a-t-il avancé au sujet de Juste pour rire.

Jérôme Ferrer aurait investi 1,2 million, une somme désormais «irrécupérable», dans l'aventure des restaurants Jerry. Dès le lendemain de la médiatisation des actes répréhensibles allégués de Gilbert Rozon, les différents établissements de la chaîne – dont la mascotte de Juste pour rire, la figurine verte Victor, était incorporée dans le logo – ont subi le contrecoup : le chiffre d'affaires aurait chuté de 70% en 24 heures, a-t-on évoqué à Tout le monde en parle.

Jérôme Ferrer demande aujourd'hui que chacun puisse «prendre ses responsabilités entrepreneuriales», soutenant que lui a investi 1,2 million, et que Juste pour rire n'y a pas mis d'argent.

«Mes engagements, je vais les respecter, quitte à tout perdre. Quitte à vendre ma maison. Ma dignité, je vais la garder, en tant qu'homme et en tant qu'entrepreneur. Aujourd'hui, j'estime qu'à travers nos actions qu'on a faites ensemble, contractuelles, il y avait des dépenses, au moment de nos ententes. Et je les ai toutes assumées, financièrement. Ces ententes-là, aujourd'hui, j'estime qu'il est tout à fait normal qu'on puisse les partager à deux, puisque de toute manière, à la base, elles devaient être partagées à deux».

À cette requête, Juste pour rire aurait opposé une fin de non-recevoir, a mentionné Jérôme Ferrer.

«Moi, personnellement, je n'ai pas les moyens de pouvoir me battre financièrement face à un bulldozer en face de moi. C'est ça, quelque part, qui me rend triste. Nous avons dû, aussi, embaucher, à l'interne, un avocat d'affaires à plein temps. Pour moi, c'est effrayant, d'arriver à un stade où... Mon métier, c'est faire la cuisine...»

Ferrer affirme avoir essayé de parler directement à Gilbert Rozon pour régler le litige. Il aurait reçu la proposition de mettre fin à l'association, ou de racheter les parts d'actions de Rozon, moyennant 1$.

«On nous a fait comprendre indirectement, que c'était pas du tout de leur faute (...) Comment je puisse imaginer, après avoir investi tout ce qu'on a investi, de devoir dépenser 1$ de plus? Pour faire quoi? Pour acheter une place au cimetière?», a hasardé Jérôme Ferrer.

Ce dernier ne cache pas se sentir coupable d'avoir entraîné ses deux meilleurs amis dans ce projet et assume tout à fait le blâme. Jérôme Ferrer jure que la bannière Chez Jerry se portait très bien avant l'éclatement de l'affaire Rozon – ce que nie Juste pour rire, a noté Guy A. Lepage, dimanche. Au départ, Ferrer entrevoyait une quinzaine de franchisés potentiels de Chez Jerry pour multiplier les points de vente.

Juste pour rire aurait apparemment préféré que Jérôme Ferrer garde le silence devant la tournure des événements.

«On ne va pas les poursuivre, pour la simple raison que je n'ai pas les moyens financiers pour les poursuivre, a avoué Jérôme Ferrer. Ce que je reproche, moi, à Gilbert Rozon, c'est que, quand cette histoire est arrivée, on n'a pas reçu d'excuses, on n'a pas reçu d'explications, ni de suivis, en tant que partenaires. Et je pense que c'était la moindre des choses. Je pars du principe que, quand on entre chez quelqu'un, si on casse la vaisselle, il me semble qu'on s'excuse, on passe le balai ou la moppe, et on essaie de réparer. La seule chose que j'ai eue, c'est de me laisser l'addition et la facture...»

«J'ai tenu deux heures»

Le fondateur du restaurant gastronomique Europea est également revenu, à Tout le monde en parle, sur un chapitre extrêmement douloureux de sa vie : le décès de sa conjointe, Virginie, survenu en 2010. La dame avait alors 36 ans et venait de recevoir un diagnostic de cancer généralisé totalement imprévu et inattendu.

«Au moment où on sortait un petit peu de nos difficultés financières – parce qu'on a recommencé à zéro -, il était temps de penser à notre bonheur. Celui, légitime, de vouloir construire une famille, avoir ce que tout le monde souhaite avoir dans la vie, ses enfants. C'a été une première grossesse, une première fausse couche, au bout de trois mois ; un petit deuil en soi, déjà. Quelques mois après, une deuxième grossesse, pour une deuxième fausse couche, au bout de quatre mois, alors qu'on avait déjà choisi les noms potentiels pour les enfants. En étant à l'hôpital Pierre-Boucher, on avait demandé d'investiguer, de savoir si c'était de la malchance, ou s'il y avait peut-être quelque chose...», a relaté Jérôme Ferrer.

D'examens en examens, la déchirante vérité s'est imposée : un matin, à 10h, le couple a reçu le diagnostic de cancer généralisé de stade quatre, aux poumons. Et ce, alors que la douce de Jérôme Ferrer avait un poids santé, ne buvait pas, ne fumait pas, et «faisait une fixation sur une saine alimentation», a souligné l'homme. Malgré les traitements et le courage dont elle a fait preuve, son amoureuse a quitté ce monde le 13 février 2010. Le lendemain, soir de la Saint-Valentin, Jérôme Ferrer est quand même entré travailler à l'Europea.

«Parce qu'il faut vivre», est intervenue Isabelle Boulay, qui prenait place à côté de Jérôme Ferrer à la table de Guy A. Lepage, et qui paraissait terriblement émue par son récit.

«C'était difficile, parce que c'était la Saint-Valentin, a prononcé Jérôme Ferrer, en retenant difficilement ses larmes. Elle m'avait demandé, dans le sens où la seule richesse, c'est ce que je sais faire, la cuisine. Elle savait que ma philosophie, c'était de prendre du plaisir pour donner du plaisir. Elle savait que si je n'en prenais plus, si je ne voulais plus en donner, j'arrêterais ce métier. Donc, je l'ai fait. J'ai tenu deux heures, je me suis effondré. C'a été la seule soirée où j'ai demandé à mes équipes de ne pas inviter des convives, des clients, à venir me voir en cuisine. J'étais incapable.»

Jérôme Ferrer a aussi perdu son papa, peu de temps après. Ces deux épreuves additionnées l'ont mené à la dépression, à des pensées suicidaires et à des désordres alimentaires. Il a pris 60 kilos en quatre ans et demi et en est venu à souffrir de cholestérol, de diabète, d'hypertension et d'apnée du sommeil. Il raconte d'ailleurs cette ardue traversée du désert dans le livre-témoignage Faim de vivre, dont les profits sont dédiés à la Fondation Charles-Bruneau.

«J'avais juste envie d'aller la rejoindre, parce qu'on avait traversé toutes ces épreuves ensemble», a indiqué le créateur culinaire à propos de son mal-être. La cuisine était devenue son «jardin de Satan», a-t-il imagé.

Avant de commettre l'irréparable, il a pensé à ses amis qui étaient là pour lui et qui n'auraient pas voulu le perdre. L'an dernier, il a réalisé que son existence tenait sur «un fil de rasoir», et il a décidé de s'en sortir. A l'automne 2016, il subissait une chirurgie bariatrique, dont il n'est absolument pas gêné de parler.

«Je n'étais pas bien dans ma peau. J'avais choisi de passer à l'acte de cette façon-là (...) Si ça peut réveiller quelques consciences perdues (...)».

Depuis, Jérôme Ferrer dit bien s'alimenter, faire du sport et avoir changé ses mauvaises habitudes de vie. Il a perdu 140 livres en un an.

«Dans mes chaudrons»

Récemment, Jérôme Ferrer lançait la gamme de produits La Boîte du chef, des ensembles de repas cuisinés disponibles en livraison partout au Québec. Une initiative qui a été une «bouée de sauvetage», a-t-il martelé, dans la foulée de sa mésentente avec Juste pour rire. «Financièrement, on ne serait plus là», a-t-il soulevé, si ce n'avait été de la Boîte du chef.

Enfin, Guy A. Lepage a invité Jérôme Ferrer à donner son opinion sur Giovanni (Jean-Claude) Apollo et les mensonges de ce dernier, que La Presse+ a fait éclater au grand jour en novembre.

«C'était pas une surprise pour moi, a admis Jérôme Ferrer, honnête. Comme pour beaucoup de monde de la profession. On était au courant. Oui, on était au courant. On s'entend : sur une certaine partie, pas sur le reste. Est-ce que ça me dérangeait ? Une fois encore, moi, le plus important, c'est que je m'occupe de ce qui est dans mes chaudrons...»