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04/02/2018 19:48 EST | Actualisé 04/02/2018 19:48 EST

Le mariage gay au coeur du 1er tour de la présidentielle au Costa Rica

Les Costariciens ont été nombreux dimanche à voter lors du premier tour de l'élection présidentielle.

Juan Carlos Ulate / Reuters

Les Costariciens ont été nombreux dimanche à voter lors du premier tour de l'élection présidentielle, marquée par le débat sur le mariage homosexuel et sans clair favori.

A 18H00 (minuit GMT), les 6 600 bureaux de vote du petit pays d'Amérique centrale, havre de démocratie et de stabilité politique, ont fermé à l'issue d'une journée électorale calme et ensoleillée.

Le Tribunal suprême électoral, qui a fait état d'une forte participation, doit donner de premiers résultats autour de 20H30 (02H30 GMT lundi).

Si aucun des 13 candidats en lice n'atteint 40%, ce qui semble le scénario le plus probable, un second tour sera organisé le 1er avril pour désigner le successeur du centriste Luis Guillermo Solis. Les 57 députés du Parlement monocaméral doivent aussi être choisis dimanche par les 3,3 millions d'électeurs.

Etudiante de 20 ans exerçant son devoir pour la première fois, Nelia Araya a confié à l'AFP se sentir "un peu nerveuse" au moment d'entrer dans son bureau de vote à San José.

Inquiète face au "discours homophobe", elle a raconté avoir convaincu "tout le monde chez (elle) de voter pour que ne gagne pas un candidat qui voudrait enlever des droits aux gens".

Car celui qui s'est détaché dans les sondages ces dernières semaines est Fabricio Alvarado, député et pasteur évangélique de 43 ans du parti Restauration nationale (évangélique), à 16,9% d'intentions de vote.

Dans la campagne, il s'est fermement opposé à l'union de personnes du même sexe, question qui a accaparé le débat politique depuis l'appel lancé le 9 janvier par la Cour interaméricaine des droits de l'homme (CourIDH).

Cette institution émanant de l'Organisation des Etats américains (OEA) a exhorté les pays de la région à reconnaître le mariage gay, marquant une évolution majeure en Amérique latine, où les homosexuels souffrent souvent de discrimination ou de violence.

Venu voter dans le quartier de Desamparados, au sud de la capitale, M. Alvarado a été accueilli par une foule de sympathisants.

"Enfin nous avons un candidat qui partage nos valeurs", a dit Delfina Reyes, enseignante à la retraite, saluant sa campagne axée sur la défense de "la famille" et des "valeurs et principes" chrétiens.

Incertitude maximale

Mais même si M. Alvarado fait la course en tête, jamais auparavant un scrutin présidentiel n'avait été aussi incertain au Costa Rica.

Une enquête du Centre de recherche et études politiques (CIEP) du 31 janvier a montré que 36,5% des électeurs ne savaient toujours pas pour qui voter, soit le double des opinions favorables au candidat évangéliste.

Juste derrière lui dans les sondages, on trouve l'ex-député Antonio Alvarez, 59 ans, du parti Libération nationale (PLN, social démocrate), avec 12,4%. En troisième position, l'ancien ministre Carlos Alvarado (sans lien de parenté avec Fabricio), 38 ans, du parti au pouvoir Action citoyenne (PAC, centre), à 10,6%.

A l'étranger, près de 32 000 Costariciens étaient appelés à s'exprimer, parmi eux le gardien de but du Real Madrid, Keylor Navas, dont l'arrivée au consulat de la capitale espagnole a provoqué une grande effervescence.

Bien que non contraignant, l'appel lancé par la CourIDH exerce une pression sur les législations locales.

Au Costa Rica, il "a provoqué un choc religieux, ce qui s'est répercuté dans les intentions de vote", selon le CIEP.

Pour le politologue Felipe Alpizar, directeur du CIEP, cela a réveillé la fibre conservatrice des habitants, dont les deux tiers (autour de 65%) rejettent tout à la fois le mariage homosexuel, l'usage récréatif de la marijuana, un Etat laïc, et l'avortement, même en cas de viol.

"C'est peut-être conjoncturel (...) mais cela explique en grande partie la percée d'Alvarado", commente-t-il à l'AFP.

Jusqu'ici, dans ce petit pays vivant de l'écotourisme et constituant un des champions mondiaux des énergies renouvelables, les préoccupations des électeurs tournaient autour de la corruption et la hausse de la criminalité, dans un climat d'essor du trafic de drogue.

Des thèmes sur lesquels l'avocat pénaliste Juan Diego Castro, 62 ans, du petit parti Intégration nationale (PIN, droite), a surfé avec succès grâce à un discours sécuritaire. Mais après avoir caracolé en tête jusqu'à décembre, il a chuté à 8,6% dans les sondages.