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26/01/2018 11:30 EST | Actualisé 26/01/2018 11:30 EST

Le Conseil LGBT souhaite des formations «anti-racismes et anti-LGBTphobies» au gouvernement du Québec

«C'est un peu comme sur la question du sexisme, les quotas font sourciller au début, mais à un certain moment, on se dit que c'est ça qui crée vraiment un changement.» - Marie-Pier Boisvert

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Le gouvernement du Québec doit instaurer des formations obligatoires «anti-racismes et anti-LGBTphobies» pour son personnel et assurer une représentation des populations racisées et de minorités culturelles au sein des organismes publics, recommande le Conseil québécois LGBT.

Dans son rapport sur le racisme systémique vécu par la communauté LGBTQ+ montréalaise, soumis au ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion (MIDI), et rendu public cette semaine, l'organisme réclame des mesures concrètes contre un racisme systémique qui serait vécu par les lesbiennes, gais, transgenres et autres membres de la communauté.

Sans «cautionner le changement de cap» du gouvernement cet automne vers un forum axé sur l'emploi et l'immigration, le Conseil québécois LGBT appelle toujours à la tenue d'une Commission sur le racisme systémique, qui pourrait avoir «un impact significatif sur les structures du pouvoir».

L'organisation souhaite alimenter les discussions entre les partis lors des prochaines élections provinciales, et avoir une oreille attentive du prochain gouvernement en 2019 pour la mise en vigueur de ses recommandations.

À la lumière de 25 témoignages de personnes de la communauté LGBTQ+ et racisées — une femme noire lesbienne, une personne trans migrante, etc. —, il est relevé que la discrimination fait «quasiment partie» de leur quotidien, en outre en matière de logement, de précarité en emploi, de spiritualité et de violences policières.

«Je pense que le personnel des services publics est souvent un premier répondant dans ces situations de vulnérabilité, et ce serait important qu'ils et elles sachent quoi dire et quoi faire pour ne pas amplifier ces situations-là», a indiqué en entrevue la directrice générale du Conseil québécois LGBT, Marie-Pier Boisvert, à propos de la recommandation de formations particulières.

«On a l'impression que si l'on prend ces deux types de formations ensemble — anti-racismes et anti-LGBTphobies —, on les croise, ça va permettre aux employés des services publics de comprendre des réalités qui sont extrêmement complexes, et dans lesquelles les personnes sont extrêmement vulnérables», a-t-elle ajouté.

Concernant la représentation des populations racisées et de minorités culturelles au sein des organismes publics, Mme Boisvert a dit croire à la pertinence de quotas.

«C'est un peu comme sur la question du sexisme, les quotas font sourciller au début, mais à un certain moment, on se dit que c'est ça qui crée vraiment un changement. Et une fois que des personnes racisées accèdent à des positions plus élevées, voire à des fonctions de pouvoir, c'est alors qu'on se rend compte de l'importance de leur contribution. On ne peut pas laisser faire les choses naturellement», a fait valoir Mme Boisvert.

Selon cette dernière, les discriminations sont plus «intenses» lorsqu'il s'agit d'une personne à la fois racisée et membre de la communauté LGBT.

«Je pense notamment à l'histoire d'une femme. Le propriétaire de son logement la harcelait constamment à cause du fait qu'elle était lesbienne. Il l'avait déjà vu embrasser sa conjointe, il avait commencé à la harceler pour cette raison-là, mais en la harcelant, il utilisait aussi des insultes vis-à-vis du fait qu'elle était noire. Les discriminations ne font pas que s'ajouter, elles sont multipliées», a-t-elle soutenu.

Les témoignages ont été recueillis lors de rencontres organisées en novembre et en décembre. Les rencontres ont duré entre 40 minutes et plus de quatre heures. Chaque personne a eu accès à une fiche distribuée par le MIDI, et une chargée de projet du Conseil québécois LGBT a pris des notes détaillées pendant les rencontres. En voici quelques-uns.

Se trouver un logement

«J'ai l'accent québécois, ma langue c'est le français et mon nom ne trahit pas grand-chose. Donc au téléphone c'est toujours bon. On parle bien, on s'arrange sur l'heure et tout. Tout va bien. Mais quand j'arrive sur place... "Ah désolé, ce n'est plus libre!"», raconte une femme noire, originaire d'Haïti et ayant grandi au Québec, disant qu'à plusieurs reprises, des propriétaires avaient changé brutalement d'avis en s'apercevant qu'elle n'était pas blanche.

«Moi pour trouver mon logement actuel, j'ai fait plus de 15 visites. Mon historique de crédit est parfait, je suis employée à l'université, j'ai un visa étudiant, je n'ai jamais eu un seul loyer en retard. Mais sur les 15 visites, je n'ai jamais de rappel. Ils voient mes papiers et puis ils me voient et puis c'est terminé», affirme une personne trans migrante, contrainte d'utiliser des papiers d'identité ne correspondant pas à son identité.

Les services publics

«Tous les endroits où ils peuvent te demander tes papiers, tu sais que ça peut devenir violent! La pharmacie, le médecin, la banque, la poste... Le nombre de fois où on a refusé de me donner mon colis à cause de mes papiers!», relate une autre participante trans migrante.

«Je ne compte plus le nombre de remarques déplacées que j'ai reçu de profs! Il y en avait un au secondaire qui faisait des cours entiers contre l'islam», soutient une personne interrogée, déplorant l'absence de considération que certains enseignants ont dans leurs discours ou leurs pratiques.

«J'ai toujours été dans des classes à majorité blanche avec que des profs blancs. Donc oui à l'école il y a toujours eu des problèmes avec ça», affirme une autre participante.