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24/01/2018 06:31 EST | Actualisé 29/01/2018 08:36 EST

La pollution de l’air tue des millions de personnes chaque année à travers le monde

Cela n'apparaît pas sur les certificats de décès, mais reste considéré comme «l'un des plus grands tueurs de notre époque».

China Daily China Daily Information Corp - CDIC / Reuters
Des danseurs portent un masque dans un smog épais à Fuyang, en Chine.

L'an dernier, une épaisse couche de smog a recouvert New Delhi au début de l'hiver, ce qui a contraint les professionnels de la santé à décréter l'état d'urgence. Les résidents de la ville ont envahi les hôpitaux pour y soigner toutes sortes de problèmes respiratoires. Les joueurs de cricket ont dû porter des masques antipollution durant un match entre l'Inde et le Sri Lanka. La compagnie United Airlines a même été contrainte d'annuler ses vols à destination de la capitale indienne pour cause de piètre qualité de l'air.

La pollution de l'air ne figure pas parmi les causes de mortalité devant être inscrites sur les certificats de décès, mais les problèmes de santé qui en découlent, tels que le cancer du poumon et l'emphysème, sont souvent mortels. Selon l'Institute for Health Metrics and Evaluation de l'Université de Washington (IHME), la pollution de l'air a tué 6,1 millions de personnes et contribué à près de 12 pour cent du taux de mortalité mondial en 2016, dernière année pour laquelle des données sont disponibles.

« La pollution de l'air est l'un des plus grands tueurs de notre époque », a d'ailleurs écrit l'épidémiologiste Philip Landrigan dans un article de la revue médicale The Lancet.

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L'an dernier, le ministre de l'environnement de l'Inde a toutefois nié que la pollution de l'air puisse à elle seule causer des décès dans ce pays. Anil Madhav Dave a concédé que celle-ci pouvait être un élément déclencheur des maladies respiratoires, mais il a également blâmé la malnutrition, les risques professionnels, le statut socioéconomique ainsi que certains facteurs génétiques. Dave a succombé à un arrêt cardiaque en mai 2017. Son successeur Harsh Vardhan a pour sa part affirmé qu'il était « probablement exagéré d'attribuer n'importe quel décès à la pollution ».

Pourtant, de nombreuses études démontrent le lien entre la pollution de l'air et les taux de morbidité observés à travers le monde.

« Les données sont assez nombreuses pour établir un lien entre la pollution de l'air intérieure et extérieure, l'apparition d'effets néfastes tels que les maladies aigues ou chroniques, l'aggravation de ces maladies chroniques, et la mortalité qui en résulte », affirme Barry Levy, professeur adjoint en santé publique à l'École de médecine de l'Université Tufts.

Le droit de respirer est l'un des droits les plus fondamentaux. Ce droit est encore plus important que le droit de boire ou manger, et il est sérieusement compromis en ce moment.Mayur Sharma, animateur télé en Inde

Sur les quelque 6,1 millions de décès attribués à la pollution de l'air en 2016, 4,1 millions étaient dus à la pollution extérieure ou ambiante, affirme l'IHME. Il s'agit du type de pollution émise par les véhicules, les centrales thermiques au charbon et les aciéries. Or, la pollution intérieure ou domestique est un problème plus préoccupant dans les pays à faible revenu, puisque le feu y est utilisé à des fins de cuisson et de chauffage. Cette forme de pollution serait quant à elle responsable de 2,6 millions de décès par année. (En Inde, le taux de mortalité dû à la pollution de l'air décline régulièrement depuis 1990, même si la pollution ambiante a augmenté de manière significative. Ce progrès s'explique par la meilleure qualité de l'air à l'intérieur des logements. Toutefois, les scientifiques ne comprennent pas entièrement les interactions entre la pollution intérieure et extérieure, ni les recoupements entre ces formes de pollution. Par conséquent, le total des décès attribués aux pollutions intérieure et extérieure dépasse le total des décès attribués à la pollution de l'air en général.)

Cathal McNaughton / Reuters
Le smog est un réel fléau en Inde.

Les pays en voie de développement, principales victimes d'un problème mondial

La pollution de l'air est un problème de santé publique à l'échelle mondiale. Or, tous les pays n'en souffrent pas également.

« En termes absolus, l'Inde arrive au premier rang des décès causés par la pollution de l'air », a affirmé le professeur Landrigan lors d'une entrevue au HuffPost. Or, les taux de décès dus à la pollution ambiante sont encore plus élevés en Afghanistan et dans certains pays africains, notamment en raison de la poussière et de la culture sur brûlis.

Par ailleurs, « la globalisation a eu pour effet de déplacer les activités minières et manufacturières vers des pays en développement plus laxistes en matière de protection de l'environnement », affirme le coopérant Karti Sandilya dans une entrevue accordée à Reuters. Membre de la Lancet Commission on pollution and health, M. Sandilya ajoute que « les gens des pays pauvres, tels que les ouvriers de la construction de New Delhi, sont plus exposés à la pollution de l'air et moins susceptibles de s'en protéger, puisqu'ils doivent se déplacer à pied, à vélo ou en autobus vers des lieux de travail qui sont probablement contaminés eux aussi ».

En novembre dernier, le site Vox a expliqué comment la topographie du nord de l'Inde aggrave ses problèmes de pollution. En effet, cette région forme un bassin qui emprisonne les fumées de la culture sur brûlis et mélange celles-ci aux rejets industriels urbains. La concentration de particules qui en résulte est encore plus intense lorsqu'il fait froid.

Le problème est si grave que plusieurs personnes abandonnent New Delhi. L'un des cas les plus notables est celui de l'animateur de télévision Mayur Sharma, qui a quitté la capitale avec sa famille dans le but exprès d'échapper à la pollution.

« À bien y penser, le droit de respirer est l'un des droits les plus fondamentaux. Ce droit est encore plus important que le droit de boire ou manger, et il est sérieusement compromis en ce moment », a affirmé Sharma lors d'une entrevue accordée à la chaîne NPR.

Bien qu'elle rivalise avec l'Inde en termes de population et d'atteintes à l'environnement, la Chine a réussi à stabiliser le nombre de décès prématurés dus à la pollution de l'air en imposant des sanctions économiques et criminelles aux pollueurs (entre autres mesures). Or, l'Inde peine à s'ajuster aux conséquences environnementales de sa croissance économique, et le gouvernement continue de privilégier cette croissance au détriment de la qualité de l'air.

Pollution de l'air et changements climatiques : une combinaison funeste

La pollution de l'air et les problèmes de santé qui en découlent se moquent des frontières. C'est pourquoi aucun pays ne peut régler ses problèmes seul.

Selon un article du journal Nature paru l'an dernier, la pollution de l'air d'origine chinoise aurait provoqué jusqu'à 3100 décès aux États-Unis et en Europe de l'Ouest en 2007. Or, durant cette même année, la pollution générée aux États-Unis et en Europe de l'Ouest aurait causé 110 000 décès prématurés en Chine !

« Les polluants peuvent voyager sur de longues distances et avoir des effets sanitaires sérieux dans les régions situées en aval des vents dominants », explique Qiang Zhang, coauteur de l'article et chercheur à l'Université Tsinghua de Pékin.

La plupart des experts en santé publique s'accordent pour dire que les changements climatiques vont exacerber ces problèmes mondiaux. Il faut anticiper une hausse des problèmes de santé liés aux vagues de chaleur et de froid, ainsi qu'une hausse des troubles de santé mentale chez les personnes déplacées ou ayant vécu des phénomènes météorologiques extrêmes.

Les changements climatiques et la pollution de l'air sont intimement liés. Le réchauffement des températures augmente le risque d'incendies de forêt et la présence d'ozone au sol. L'ozone est d'ailleurs l'un des principaux composants du smog urbain. Selon l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis, l'ozone peut provoquer des douleurs thoraciques, des inflammations pulmonaires et des irritations de la gorge.

Il est donc crucial d'unir nos forces à l'échelle locale, nationale et internationale pour combattre le fléau de la pollution de l'air.

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