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24/01/2018 13:17 EST | Actualisé 26/01/2018 13:43 EST

Des chercheurs ont réussi à cloner des singes

C'est la méthode qui avait permis de cloner le mouton Dolly,

Des chercheurs ont réussi pour la première fois à utiliser la méthode qui avait permis de cloner le mouton Dolly pour créer deux singes en santé, ce qui rapproche la science un peu plus du clonage d'un être humain.

Depus la naissance de Dolly en 1996, les scientifiques ont réussi à cloner plus d'une vingtaine de mammifères, notamment des chiens, des chats, des porcs, des vaches et de petits chevaux; ils ont aussi utilisé cette méthode pour créer des embryons humains. Mais jusqu'à présent, ils avaient été incapables de faire de même chez les primates, la catégorie qui regroupe les singes et les humains.

«La barrière du clonage des primates est maintenant tombée», a dit Muming Poo, de l'Académie chinoise des sciences à Shanghaï.

Ses collègues et lui ont annoncé avoir réussi à cloner des macaques par le biais d'une étude publiée mercredi dans les pages du journal scientifique Cell. Les deux petites femelles — Zhong Zhong et Hua Hua — sont âgées de sept ou huit semaines.

«La route a été longue, a dit le chercheur Shoukhrat Mitalipov, qui n'a pas participé à cette étude. Ils ont finalement réussi.»

M. Mitalipov, un scientifique de l'Université de l'Oregon, avait lui aussi tenté, sans succès, de cloner un singe.

En principe, dit M. Poo, il devrait maintenant être possible de cloner un humain; il assure toutefois que son équipe n'a aucune intention de le faire. La science s'oppose règle générale à la création de bébés humains par clonage, et M. Poo a dit que la société serait contre pour des raisons éthiques.

Il explique que le but est plutôt de créer de multiples singes génétiquement identiques pour procéder à des expériences médicales; les singes sont particulièrement utiles dans de telles situations, puisqu'ils ressemblent de plus près aux humains que les souris ou les rats.

Le procédé reste toutefois peu efficace — il a fallu 127 ovules pour obtenir deux bébés — et jusqu'à présent, il n'a réussi qu'en utilisant au départ un embryon de singe. Les scientifiques ont été incapables de créer des bébés en santé à partir d'un singe adulte, mais les essais se poursuivent.

Dolly avait fait sensation en devenant le premier mammifère créé à partir d'un adulte.

Les chercheurs chinois ont retiré d'ovules de singe le noyau qui contient l'ADN et l'ont remplacé par l'ADN d'un foetus de singe. Ces nouveaux ovules se sont développés et divisés, avant de devenir un embryon qui a ensuite été implanté dans une femelle jusqu'à la naissance.

Les scientifiques ont implanté 79 embryons pour obtenir deux bébés. Cela représente néanmoins une réussite là où toutes les tentatives précédentes avaient échoué. M. Poo évoque une amélioration des techniques en laboratoire et l'ajout de deux substances qui ont aidé à reprogrammer l'ADN du foetus. Cela a permis à l'ADN de délaisser certaines tâches pour se consacrer à la fabrication d'un singe tout neuf.

Les chercheurs chinois ont expliqué que le clonage de cellules foetales pourrait permettre de créer une multitude de singes qui, par exemple, auraient tous les mêmes problèmes génétiques qui ceux responsables de maladies chez l'humain. Les animaux pourraient ensuite être utilisés pour comparer des tests et des traitements. Les chercheurs ont dit que leurs premières cibles seront les maladies d'Alzheimer et de Parkinson.

Rappelant l'échec des tentatives avec des cellules adultes, M. Mitalipov a dit croire que la même chose se produirait chez l'humain. «Je déconseillerais à quiconque de même l'envisager», a-t-il dit.

Jose Cibelli, de l'université Michigan State, croit que ça pourrait être techniquement possible un jour, mais qu'il serait «criminel» d'essayer aujourd'hui en raison du nombre de grossesses qui échoueraient en cours de route.

Si le processus devient éventuellement suffisamment efficace chez le singe, a-t-il dit, la société sera confrontée à un «grave problème éthique» quant à des essais chez l'humain. Le transfert de l'ADN pourrait alors être combiné à une manipulation des gènes pour corriger des problèmes génétiques chez l'embryon, menant à la naissance de bébés en santé, a-t-il expliqué.

Évidemment, le clonage humain évoque la création d'une copie d'un être qui existe déjà, «mais je crois qu'on ne devrait pas aller dans cette direction-là, a dit le chercheur Dieter Egli, de l'université Columbia. Je n'y trouve aucun bienfait intéressant.»

Henry Greely, un professeur de droit de l'université Stanford qui se spécialise dans les technologies biomédicales, envisage quant à lui la création d'une copie d'un enfant décédé pour consoler ses parents. Il doute toutefois que cela soit une raison suffisante pour tenter de faire approuver une telle procédure, du moins pour encore plusieurs «décennies».

Une autre experte, Marcy Darnovsky, croit qu'il serait contraire à l'éthique de soumettre cet enfant «aux risques psychologiques et émotionnels de vivre à l'ombre de son prédécesseur génétique». Le clonage humain nécessiterait aussi le don de plusieurs ovules et le recours à des mères porteuses.

Le groupe de défense des droits des animaux PETA a condamné le clonage des singes.

«Le clonage est un spectacle d'horreur: un gaspillage de vies, de temps et d'argent — et la souffrance qu'engendrent de telles expériences est inimaginable, a dit la vice-présidente Kathy Guillermo par voie de communiqué. Puisque le taux d'échec du clonage est de près de 90 pour cent, ces deux singes sont la manifestation de souffrances et de mort à grande échelle.»