POLITIQUE
24/01/2018 16:08 EST | Actualisé 24/01/2018 16:08 EST

345 fois plus de pannes de courant dans la communauté Atikamekw de Manawan qu'ailleurs au Québec

Selon Hydro-Québec, une partie des problèmes découlent du fait d'avoir hérité d'une ligne d'électricité construite par le gouvernement du Canada.

Shaun Best / Reuters

Le chef de la communauté Atikamekw de Manawan, Jean-Roch Ottawa, a lancé un cri du coeur mercredi. Depuis de nombreuses années, sa communauté est aux prises avec des pannes de courant qui prennent 345 fois plus de temps à résorber qu'ailleurs au Québec.

Manawan est une communauté autochtone isolée du nord de Lanaudière. Selon les chiffres d'Hydro-Québec, la communauté a connu près de 100 heures d'arrêt de service l'an dernier. À cet effet, c'est de loin la clientèle la moins bien desservie en électricité. À l'échelle du Québec, c'est environ 0,31 heures en moyenne.

Le 20 janvier, alors que le mercure se situait près de -10 degrés, la communauté s'est retrouvée sans courant pendant 19 heures.

«On parle ici d'êtres humains, de jeunes familles avec des enfants et de personnes âgées qui ont dû rester au froid, dans leurs maisons, en plein hiver, sans savoir combien de temps ils devront endurer une telle situation, ce qui leur cause un stress inutile à chaque interruption de service. Tout ça parce qu'Hydro-Québec met en place des solutions insuffisantes», s'insurge le chef Ottawa.

Des projets perdus

Selon M. Ottawa, les arrêts de service nombreux et prolongés affectent les équipements de la communauté. Les pompes à eau doivent notamment être remplacées régulièrement.

La communauté a également dû demander au gouvernement fédéral de financer l'achat de génératrices pour l'école et le centre de santé.

Mais M. Ottawa se désole aussi de l'impact des pannes sur le développement économique.

«Manawan est en plein développement. On avait plein de beaux projets, mais l'approvisionnement manquant en électricité nous empêche de faire du développement. On avait un projet de scierie, mais ça a été construit à Saint-Michel-des-Saints à la place», affirme le chef.

Une ligne hors normes

Selon Hydro-Québec, une partie des problèmes découlent du fait qu'elle a hérité, dans les années 1970, d'une ligne d'électricité construite par le gouvernement du Canada. Les normes de construction du fédéral étaient alors inférieures à celles utilisées par la société d'État québécoise.

C'est la seule ligne qui alimente Manawan.

Selon Louis-Olivier Batty, porte-parole d'Hydro-Québec, des mesures sont en cours pour tenter de rajeunir la ligne.

«La conception de cette ligne n'est pas nécessairement très bonne. Mais nous avons changé 100 isolateurs depuis 3 ans et nous en changeront une centaine d'autres cet été. Dès que ces isolateurs brisent, ça peut faire des courts-circuits», explique-t-il.

Accessible par skidoo et VTT

M. Batty ajoute toutefois qu'il sera difficile de réduire de façon significative le nombre d'heures de pannes à cause de l'emplacement particulier de la ligne.

«C'est une ligne de 84 km qui n'est majoritairement pas accessible par la route. Nos équipes doivent y aller en skidoo ou en VTT. Lorsqu'il y a une panne, il y a un délai d'environ quatre heures pour que les équipes se rendent sur place. Et ensuite, il faut encore repérer le problème», souligne-t-il.

Une intervention moyenne sur la ligne de Manawan prend entre 10 et 12 heures, selon M. Batty. Améliorer les infrastructures ne réglera pas entièrement ce délai.

Celui-ci pourra toutefois être réduit en installant des équipements télécommandés. Une fois les équipes auront réglé le problème à la source d'une panne, la remise en service pourrait se faire à distance. Selon M. Batty, certains de ces équipements seront installés à partir de cet été. Il espère voir une réduction du nombre d'heures de pannes dès l'automne.

M. Ottawa estime toutefois que les solutions d'Hydro-Québec sont insuffisantes. Il souhaite une remise à neuf complète du réseau électrique de sa communauté.