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22/01/2018 06:57 EST | Actualisé 22/01/2018 06:57 EST

Oxfam constate un accroissement des inégalités dans la monde, dont au Canada

Le nombre de milliardaires a connu une augmentation historique en 2017.

AlexLMX via Getty Images
Le Canada compte maintenant 39 milliardaires, comparativement à 15 en 2000.

À la veille du Forum économique de Davos, Oxfam exhorte les dirigeants du monde et les chefs d'entreprise à s'attaquer à la «crise mondiale» des inégalités, qui continuent de s'aggraver dans plusieurs pays, dont le Canada, selon un nouveau rapport de l'organisme.

Dans un long document publié dimanche soir quelques jours avant l'ouverture de cette rencontre internationale, Oxfam constate que l'année dernière, les mieux nantis se sont d'autant plus enrichis, alors que la situation a stagné pour les 50 pour cent les plus pauvres.

Depuis 25 ans, les 10 pour cent les plus pauvres dans le monde ont vu leurs salaires croître de seulement trois dollars.

Selon le rapport, le nombre de milliardaires a connu une augmentation historique en 2017 — c'est comme si un nouveau milliardaire était apparu tous les deux jours pendant l'année.

Parmi ces milliardaires, neuf sur dix sont des hommes, souligne Oxfam, qui rappelle la nécessité de lutter pour l'égalité entre les hommes et les femmes, par rapport au salaire, mais aussi aux conditions de travail.

L'organisme souligne que les femmes sont surreprésentées dans les emplois précaires et moins bien rémunérés.

«Partout dans le monde, les normes sociales, les comportements et les croyances dévaluent le statut et les compétences des femmes, justifient les violences et la discrimination à leur encontre et dictent les emplois qu'elles peuvent ou ne peuvent pas occuper», écrit-on dans le rapport.

Le Canada aussi visé

Les pays riches, dont le Canada, ne font pas exception, même si ce phénomène est moins prononcé que dans les pays en voie de développement, a expliqué Brittany Lambert, analyste des politiques sur les droits des femmes chez Oxfam Canada.

«Les inégalités au Canada croissent chaque année. On a 39 milliardaires cette année, comparativement à 15 en 2000. Et pourtant, les salaires des plus pauvres n'ont pas augmenté au même niveau que la richesse des plus riches», a-t-elle expliqué lors d'une entrevue téléphonique, vendredi.

«Dans la dernière année, les fortunes des milliardaires canadiens ont augmenté de 28 milliards $. Cet argent-là, c'est suffisant pour payer des services de garde universelle pour toutes les familles au Canada et à relever 4,9 millions de Canadiens au-dessus du seuil de pauvreté.»

Ce ne serait pas rose du côté des conditions de travail, non plus.

Dans le cadre de son enquête, Oxfam a interrogé notamment du personnel hôtelier du Canada, «qui a signalé des cas réguliers d'agressions ou de harcèlement sexuels perpétrés par des clients masculins».

Une employée d'entretien de Toronto a confié à l'organisme que le harcèlement sexuel survenait quotidiennement dans son hôtel.

Appel à l'action

Oxfam plaide que les gouvernements et les entreprises n'en font pas encore assez pour mieux redistribuer les revenus.

L'organisme suggère d'assurer un salaire minimum décent aux employés et de lutter contre les paradis fiscaux pour s'assurer que les mieux nantis paient leur juste part d'impôts.

Selon une analyse de l'économiste Gabriel Zucman pour le rapport d'Oxfam, le 1 pour cent les plus riches du monde évitent de payer l'équivalent de 200 milliards de dollars $ US en impôts.

«On peut en faire bien plus en utilisant la fiscalité pour redistribuer les retombées disproportionnées dont profitent actuellement les plus riches. La fiscalité des personnes et des entreprises fortunées devrait être renforcée, et elles ne doivent plus avoir le loisir d'éviter de payer les impôts dont elles sont redevables», écrit l'organisme dans son rapport.

Britanny Lambert espère que le premier ministre canadien Justin Trudeau fera des propositions progressistes au forum de Davos, face à un Donald Trump qui ne tient pas parole lorsqu'il dit aider la classe moyenne, selon elle.

«On espère que notre premier ministre va se démarquer et prendre des positions progressistes, qui encouragent des politiques qui vont améliorer l'égalité entre les hommes et les femmes et les riches et les pauvres», a-t-elle soutenu.