POLITIQUE
22/01/2018 19:16 EST | Actualisé 22/01/2018 19:16 EST

Le Canada assure qu'il n'est pas inflexible à la table de négociation de l'ALÉNA

La ronde de Montréal s'amorce sous la menace constante d'un retrait américain de l'ALÉNA.

THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes

Le Canada soutient qu'il a déjà déposé à la table de négociations des propositions complètes sur plus de la moitié des 30 sections de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), et des propositions substantielles dans les autres sections de l'accord commercial.

Des responsables ont répondu lundi à ceux qui, à Washington, accusent le Canada de demeurer inflexible et contre-productif, voire entêté, dans ses réponses aux controversées propositions des États-Unis — augmenter le contenu américain dans l'automobile, éliminer le mécanisme de règlement des litiges, et instaurer une «clause crépusculaire» pour permettre à un signataire de se retirer après cinq ans.

Des responsables bien au fait des négociations, qui ont requis l'anonymat, ont indiqué à La Presse canadienne qu'Ottawa amorce la sixième ronde de négociations, qui s'est ouverte dimanche à Montréal, avec des propositions écrites à toutes les tables sectorielles.

Selon ces sources, le Canada avait déposé la plupart de ses propositions écrites dès la fin de la deuxième ronde de négociations, et l'ensemble d'entre elles à la troisième ronde, en septembre dernier. Or, Washington a déposé ses propositions controversées après cette troisième ronde. Le Canada s'explique mal comment on peut maintenant l'accuser de faire preuve d'inflexibilité ou de sortir tout à coup de son chapeau des enjeux dits «progressistes» — équité hommes-femmes, conditions de travail, environnement et respect des Autochtones.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait convié lundi à Toronto le ministre mexicain de l'Économie, Ildefonso Guajardo, pour comparer leurs notes. Mme Freeland, qui est par ailleurs responsable du commerce canado-américain, tentera aussi de rencontrer le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, jeudi ou vendredi lors du Forum économique de Davos, en Suisse.

La ronde de Montréal s'amorce sous la menace constante d'un retrait américain de l'ALÉNA, que brandit épisodiquement le président Donald Trump. Or, on apprend que le Mexique a déjà élaboré un «plan B», et ne se gêne pas pour l'agiter sous le nez des Américains, selon des sources.

Le Mexique met la dernière main à un accord de libre-échange avec l'Union européenne, et cette zone économique ne demanderait pas mieux que d'occuper la place laissée vacante par les États-Unis, notamment dans le secteur laitier, plaide-t-on. Par ailleurs, le Mexique négocie depuis 10 mois avec l'Argentine et le Brésil pour assurer ses approvisionnements en maïs et en blé — «et les Américains en sont parfaitement conscients».

Le ministre Champagne n'est pas inquiet

De passage à Montréal lundi, le ministre canadien du Commerce international, François-Philippe Champagne, a lui aussi joué la carte du «plan B» en cas de retrait américain.

«On est prêt à toutes les éventualités depuis le début, a-t-il soutenu. Moi, je ne parle pas d'inquiétude, je parle de préparation. C'est pour cela qu'avec le Québec, par exemple, cette année, en septembre, on a ouvert le plus grand marché en Europe — 510 millions de consommateurs —, on continue à regarder du côté de l'Amérique du Sud, du côté de l'Asie-Pacifique: pour nous, ce qui est important, c'est l'ouverture des marchés, on va continuer de le faire, mais on est prêt à toutes les éventualités.»

M. Champagne et la ministre québécoise de l'Économie, Dominique Anglade, ont rencontré lundi matin à Montréal plusieurs acteurs clés de secteurs qui sont touchés par l'ALÉNA au Québec — culture, agriculture, syndicats et employeurs, municipalités.

La ministre Anglade fait confiance, elle, à une réelle volonté, aux États-Unis, de maintenir l'ALÉNA. «Il y a 10 jours, j'étais encore aux États-Unis, et il y a un élément, à mon avis, qui a changé depuis un an: c'est la prise de conscience, aux États-Unis, de l'importance de l'ALÉNA.

«Au-delà du fait que l'on se soit entendu, ils sont beaucoup plus "vocaux" — ils verbalisent le fait que l'ALÉNA, c'est important. Et cette dynamique-là, elle a changé dans la dernière année. Donc, on comprend, on voit qu'il y a une mobilisation aux États-Unis, indépendamment de l'administration fédérale», a estimé la ministre québécoise de l'Économie.

La sixième ronde de négociations doit se poursuivre jusqu'à lundi prochain, et certains y voient une étape décisive, qui pourrait aussi sonner le glas de l'accord commercial entré en vigueur il y a 24 ans, en 1994.