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20/01/2018 08:15 EST | Actualisé 20/01/2018 14:37 EST

Les femmes se rassemblent dans la foulée du mouvement #MoiAussi

Au moins 38 villes à travers le Canada tiendront des marches.

The Associated Press

Un an après les manifestations historiques provoquées par l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, les femmes de partout au pays ont repris samedi leurs pancartes et leurs bonnets roses pour dénoncer le sexisme en cette année marquée par le mouvement #Moiaussi.

À Montréal, quelques centaines de personnes se sont rassemblées sur l'esplanade de la Place des Arts en matinée pour dénoncer le sexisme et les violences sexuelles perpétrées contre les femmes.

"Nous ne sommes pas des objets sexuels", a lancé Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec, sous un tonnerre d'applaudissements.

"On a un besoin de crier haut et fort qu'on a besoin de respect", a ajouté Mme Michel, qui dit avoir été victime elle-même d'une agression sexuelle.

Nathalie Provost, l'une des survivantes de la tuerie à la Polytechnique, a expliqué dans son discours qu'elle était devenue avec le temps féministe, après qu'elle eut nié l'être devant le tireur, Marc Lépine, qui a fauché la vie de 14 femmes en décembre 1989.

"Ma mère, ses amies, les femmes de son époque avaient à leur manière ouvert les portes. Dans ma tête, dans mes rêves, tout était possible. Il suffisait de vouloir. Mais j'ai compris il y a presque 30 ans, après le 6 décembre, que ce n'était pas rose, pas simple et surtout pas juste. Que rien ne soit terminé, que les mentalités ça ne change pas rapidement", a-t-elle déclaré.

À ce rassemblement, il y avait bien sûr plusieurs femmes, mais aussi des enfants et des hommes. Le rassemblement a attiré plusieurs Anglo-Québécois et quelques Américaines, dont certaines étaient allées au grand rassemblement à Washington il y a un an.

Les conversations, cette année, portaient moins sur le président Trump que sur le mouvement #Moiaussi, qui a amené plusieurs femmes à dénoncer le harcèlement et les agressions sexuelles dont elles ont fait l'objet.

Débats sur #Moiaussi

Des manifestantes ont dit espérer que le mouvement contribue à changer les mentalités pour que ces sévices ne soient plus tolérés.

Selon plusieurs d'entre elles, le mouvement n'est pas allé trop loin comme l'ont suggéré certaines personnalités françaises ou quelques acteurs, dont Liam Neeson, qui a parlé d'une "chasse aux sorcières".

Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des Femmes du Québec, souligne que le mouvement est nécessairement "dérangeant" puisqu'il implique de revisiter toute une culture marquée par les inégalités.

"Ce que les gens considèrent comme étant allé trop loin, moi, je considère ça comme un moment d'inconfort dans lequel on doit s'asseoir et on doit rester pour être capables d'aller de l'avant par la suite", a-t-elle confié en entrevue.

C'est aussi l'avis de Jennifer Fishman, une Américaine qui vit maintenant à Montréal.

"Je crois qu'il y a des plaintes plus mineures, et d'autres plus majeures, mais ça fait partie de tout un continuum dans lequel on ne respecte pas les femmes, leurs droits et leurs corps", a-t-elle déclaré dans la langue de Shakespeare.

Féminisme plus ouvert

Plusieurs militantes ont exprimé leur volonté que le mouvement féministe s'ouvre davantage aux autres cultures et aux différentes orientations sexuelles. Certaines femmes ont été exclues du mouvement #Moiaussi, selon des manifestantes.

"Il y a beaucoup de femmes qui se sentent exclues de ça, il y a beaucoup de femmes pour qui écrire un tweet avec le hashtag #Moiaussi, ce n'est pas sécuritaire: les travailleuses du sexe, les femmes racisées, les femmes migrantes à risque de déportation", a déclaré Sandra Wesley, de l'organisme Stella, qui représente les travailleuses du sexe.

Quelques politiciennes étaient présentes à l'événement, dont la députée du Parti québécois Catherine Fournier et sa collègue de Québec solidaire Manon Massé.

Au moins 38 villes à travers le Canada, dont Halifax, Toronto et Vancouver, avaient organisé des marches, des rassemblements ou d'autres événements lors du premier anniversaire de l'inauguration de Trump.

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