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16/01/2018 16:56 EST | Actualisé 16/01/2018 20:24 EST

Le pape exprime sa «honte» pour les actes pédophiles du clergé

Le pape a évoqué la douleur des victimes et leurs familles.

POOL New / Reuters

Le pape François, au chevet d'une Eglise discréditée par des scandales de pédophilie au Chili, a exprimé mardi "sa honte" et sa "douleur" pour ces abus, au cours d'une visite marquée par des manifestations et une cinquantaine d'arrestations.

"Je ne peux m'empêcher de manifester la douleur et la honte que je ressens face au mal irréparable fait à des enfants par des ministres de l'Eglise", a-t-il dit devant les autorités politiques et civiles réunies au palais présidentiel de La Moneda.

Devant des écrans géants dans l'attente de la célébration d'une messe, des fidèles ont acclamé cette déclaration.

Au cours de la journée, une cinquantaine de personnes ont été arrêtées lors d'une manifestation contre la visite du pape. Les forces anti-émeute ont dispersé le cortège de plusieurs centaines de personnes à l'aide de canons à eau.

"François complice de crimes pédophiles", pouvait-on lire sur une des banderoles qui avait été déployée à un balcon où est apparu un manifestant déguisé en pape au côté de deux fausses bonnes soeurs.

Pour les victimes, demander pardon "n'est pas suffisant". "Nous avons besoin d'actes concrets que le pape ne prend pas au sein de l'Eglise chilienne", a réagi Juan Carlos Claret, porte-parole de l'association des laïcs d'Osorno (sud du Chili), qui lutte notamment pour l'expulsion de l'évêque Juan Barros.

En janvier 2015, le pape François avait pris la décision très controversée de nommer ce prélat à la tête du diocèse d'Osorno, bien qu'il soit soupçonné d'avoir tu les agissements pédophiles d'un vieux prêtre.

- 'Suspicion' générale -

L'octogénaire père Fernando Karadima, un ancien formateur charismatique de prêtres, a été reconnu coupable en 2011 par un tribunal du Vatican d'avoir commis des actes pédophiles dans les années 1980 et 1990. Il a été contraint à se retirer pour une vie de pénitence.

En avril 2011, l'Eglise catholique du Chili avait demandé formellement pardon pour tous les abus sexuels sur des enfants commis par des membres du clergé, et pour son manque de réactivité.

Au cours d'une rencontre très attendue en fin d'après-midi dans la cathédrale de Santiago avec des prêtres, religieux et consacrés, le pape a souligné être très attentif à l'avenir.

"Je connais la douleur qu'ont provoqués les cas d'abus commis sur des mineurs et je suis de très près ce que l'on fait pour surmonter ce grave et douloureux mal", a-t-il assuré.

François a évoqué avant tout la douleur des victimes et leurs familles "qui ont vu trahie la confiance qu'elles avaient placée dans les ministres de l'Eglise".

Mais il a tenu également à parler de "la souffrance des communautés ecclésiales" sous le coup d'une "suspicion" générale.

"Je sais que parfois vous avez essuyé des insultes dans le métro ou en marchant dans la rue, qu'être +habillé en prêtre+ dans beaucoup d'endroits +se paie cher+", a-t-il noté.

Le pape leur a spécifiquement demandé "d'avoir le courage de demander pardon".

Sous la dictature de Pinochet, l'Eglise était admirée pour son rôle en faveur des droits de l'Homme. Aujourd'hui, le Chili est le pays le plus critique d'Amérique latine contre l'Eglise catholique.

- Droits des indigènes -

Au palais présidentiel de La Moneda, où périt le président socialiste Salvador Allende en 1973 lors du coup d'Etat d'Augusto Pinochet, le pape avait tenu plus tôt à s'exprimer devant le gouvernement sur les populations indigènes, thème phare de son voyage au Chili, puis à partir de jeudi au Pérou.

Il faut "écouter" les peuples autochtones, "souvent oubliés et dont les droits ont besoin d'être pris en compte et la culture protégée, pour que ne se perde pas une partie de l'identité et de la richesse de cette nation", a plaidé François.

A Temuco, à plus de 600 km au sud de Santiago du Chili, le pape s'adressera mercredi aux indiens Mapuche (7% de la population chilienne), qui occupaient un vaste territoire à l'arrivée des conquistadors espagnols au Chili en 1541. Cette région, l'Auracania, est aujourd'hui le foyer d'actions violentes d'une minorité radicalisée, qui se bat pour "récupérer" des terres ancestrales.

Trois nouvelles attaques ont été enregistrées contre des églises du pays mardi, dans la capitale et dans la région Araucanía (sud), qui s'ajoutent à cinq autres ces derniers jours.

François est le deuxième pape de l'Histoire à se rendre au Chili, après Jean Paul II en avril 1987.

A l'époque, la venue du pape polonais avait déclenché une bataille rangée entre policiers et opposants à Pinochet, dans le parc public O'Higgins. Quelque 600 personnes avaient été blessées.

Le pape François a célébré mardi une messe plus sereine dans ce même lieu, devant environ 400.000 personnes, dont des femmes Mapuche en habit traditionnel.

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