NOUVELLES
12/01/2018 09:37 EST | Actualisé 12/01/2018 17:13 EST

Le bannissement des sacs en plastique, pas nécessairement un atout

Certains sacs réutilisables doivent être utilisés des milliers de fois avant d'être bénéfiques.

Getty Images/iStockphoto

Recyc-Québec a enfin dévoilé vendredi son étude tant attendue sur l'impact environnemental des sacs en plastique à usage unique. Constat final: rien ne prouve que leur bannissement serait avantageux pour l'environnement.

Les résultats dévoilés vendredi montrent que, une fois tenue en ligne de compte le fort taux de réutilisation des sacs en plastique dits «conventionnels», il est difficile de conclure que le bannissement de ces sacs serait avantageux. Près de 78% des sacs sont réutilisés, notamment comme sac de poubelle.

» Retrouvez les chiffres comparatifs et les descriptions des différents sacs au bas de l'article

«Ces résultats, différents selon les indicateurs et les scénarios, ne permettent pas une conclusion simple quant à une augmentation ou une diminution des impacts environnementaux potentiels à la suite d'un bannissement», indique l'étude préparée par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG).

Rappelons que les sacs en plastique minces sont bannis à Montréal depuis le 1er janvier. Un sursis est toutefois accordé aux commerçants jusqu'à l'été.

Les sacs réutilisables en coton doivent être utilisés entre 100 et 3657 fois afin d'avoir un impact sur l'environnement moindre que le sac en plastique conventionnel.

Selon le CIRAIG, le bannissement aurait un impact positif en ce qui concerne l'impact des sacs abandonnés dans l'environnement. Toutefois, seulement 4% des sacs en plastique utilisés se retrouvent dans l'environnement.

En ce qui concerne la santé humaine, la qualité des écosystèmes et l'utilisation de ressources fossiles, l'impact positif potentiel dépend en grande partie de l'hypothèse selon laquelle le plastique utilisé jusqu'ici pour les sacs minces ne serait pas transféré dans d'autres produits. L'organisme ne se prononce pas sur la probabilité d'un tel scénario.

«Selon les résultats de ce volet conséquentiel de l'étude, [...] le bannissement serait bénéfique dans le "meilleur" cas et avec les sacs réutilisables comme options de remplacement, à condition qu'ils soient suffisamment utilisés», lit-on dans le document.

4 à 3657 utilisations nécessaires

Toujours selon le CIRAIG, le sac en plastique mince performe mieux que les autres types de sacs jetables sur plusieurs aspects. Le sac en plastique épais, qui n'est pas banni, doit être utilisé entre 4 et 6 fois avant d'avoir un impact moindre que le sac mince sur l'ensemble des indicateurs.

Quant aux sacs réutilisables à proprement parler, l'organisme a évalué quatre types différents. Ceux qui utilisent des sacs en coton resteront surpris: ils doivent les utiliser entre 100 et 3657 fois afin d'avoir un impact moindre que le sac en plastique conventionnel.

Dans le meilleur des scénarios, cela signifie au moins deux ans d'utilisation ininterrompue.

Les sacs réutilisables en polypropylène, beaucoup plus répandus au Québec, présentent de bien meilleurs bilans. Selon le type choisi, y compris un modèle «écolo» fabriqué au Québec, il faut entre 16 et 100 utilisations, selon l'indicateur.

Étant donnés ces résultats, le CIRAIG recommande de mener des études additionnelles sur la fréquence d'utilisation réelle des diverses options de rechange au sac conventionnel.

Une mauvaise décision, selon l'industrie

L'industrie du plastique réclame depuis des mois la publication de cette étude. Elle devait être rendue publique en mars dernier, soit bien, avant l'entrée en vigueur du bannissement à Montréal. Recyc-Québec l'a toutefois retenue pour ajouter.

Le porte-parole de l'Association canadienne de l'industrie des plastiques, Marc Robitaille, estime que la Ville de Montréal est sur la mauvaise voie en bannissant les sacs de plastique conventionnels. Surtout si les sacs épais sont maintenus.

«Si on regarde les choix qui nous sont imposés, tripler l'épaisseur des sacs est la mauvaise solution de rechange pour un sac à usage unique», indique-t-il.

Il estime que le rapport est clair: le sac mince est le plus efficace sur le plan environnemental. Il doute que les sacs réutilisables soient utilisés 16 fois, encore moins 100 fois et plus.

«Nous n'avons pas d'études là-dessus. Est-ce que c'est 3 fois, 5 fois, 6 fois? Mais ce n'est certainement pas 72 fois», lance-t-il.

Même son de cloche du côté du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD).

«L'analyse de cycle de vie démontre que les règlements bannissant certains types de sacs dans les municipalités n'étaient pas basés sur la science. Nous souhaitons que les municipalités prennent acte de cette étude et basent dorénavant leurs décisions sur les faits», affirme Jean-Luc Benoît, directeur des relations gouvernementales du CCCD.

La Ville persiste et signe

N'empêche, la Ville de Montréal compte maintenir l'interdiction de sacs en plastique minces.

«On s'attendait à ce que les conclusions ressemblent à ça. On cible les sacs minces à cause de la volatilité de ces sacs. C'est ceux-là qu'on voit dans les berges, dans les arbres», indique Jean-François Parenteau, responsable de l'environnement et du développement durable au comité exécutif.

Selon M. Parenteau, la Ville souhaite étudier l'impact du bannissement sur les comportements des consommateurs. Un rapport à cet effet est prévu en juin 2019, soit un an après la fin du sursis accordé aux commerçants. La Ville aura alors une meilleure idée du nombre de fois que les sacs réutilisables sont effectivement réutilisés.

Voyez ici les chiffres comparatifs ainsi que les descriptions des différents sacs:

Recyc-Québec

Recyc-Québec

Recyc-Québec

À voir également: